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L’Île de France, un désert médical préoccupant, la chronique du docteur Serge Rafal

France.

L’Île de France, un désert médical préoccupant, la chronique du docteur Serge Rafal
(Crédit : DR)

Selon une étude de la DREES datant de janvier 2021, on comptait en France autour de 215 000 médecins, environ 120 000 spécialistes et près de 95 000 généralistes alors que ces derniers étaient plus de 105 000 en 2012. Quand on parle de déserts médicaux, on image immédiatement la Creuse ou la Lozère, départements nommés sans arrière-pensées. Mais ce qu’on sait moins, c’est que la désertification concerne également l’IDF, la région la plus peuplée de France et d’après les statistiques la plus sinistrée médicalement parlant de la France métropolitaine.

Le médecin de quartier ou le médecin de famille à Paris, c’est presque de l’histoire ancienne. L’âge moyen de départ à la retraite des médecins français est de 65 ans et demi. Or la moitié des praticiens franciliens a plus de 60 ans et le quart plus de 65 ans. D’ici 5 ans, d’après des prévisions syndicales, la profession pourrait perdre jusqu’à la moitié de son offre libérale. Or, chaque généraliste qui bat en retraite laisse environ 1500 patients sans MT. Dans Paris intra-muros, nos auditeurs ont pu ou dû constater qu’il était de plus en plus difficile d’en trouver un.

Les raisons de cette hémorragie : une non-attractivité pour les plus jeunes qui ne souhaitent plus la charge de travail des anciens avec des journées très longues et trop chargées, avec une vingtaine de patients en moyenne par jour. Des tarifs de consultation beaucoup trop bas (c’est 75€ en Allemagne, 90 à 185 en Suisse, 170€ aux USA… et 25€ chez nous !) qui retardent ou empêchent l’installation, des difficultés locales d’organisation (flambée du prix des loyers, mise aux normes des locaux à un prix acceptable, circulation automobile infernale d’où des visites difficiles voire impossibles en journée. Les nouveaux médecins aspirent à de meilleures conditions de travail, préférant être salariés, travailler des centres polymédicaux ou des maisons de santé, plutôt qu’en libéral. 

On doit en effet ajouter aux raisons que je viens d’énumérer, le numerus clausus qui depuis un demi siècle fixait chaque année, le nombre d’étudiants admis en 2ème année de médecine. Il a entraîné un retard délicat qu’on ne pourra pas combler rapidement. Il a certes été levé récemment mais les capacités d’accueil des facs étant restreintes, son efficacité immédiate est limitée, près de 6500 places seulement ont été allouées à la rentrée 2021. 

« Il y a plus de vieux ivrognes que de vieux médecins » écrivait Rabelais dans Gargantua. La crise de l’hôpital, dévoilée par le Covid, n’épargne évidemment pas la médecine de ville. Il nous faut pourtant mettre en place URGEMMENT une politique de santé digne de ce nom et revaloriser l’acte du médecin généraliste, pivot central du système et pas seulement sur le papier.

https://youtu.be/za6zkc_l9FE

Docteur Serge Rafal

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