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Le safran, une épice qui n’a pas de prix, la chronique du docteur Serge Rafal

Le safran est connu et utilisé depuis l’Antiquité comme une épice, un parfum, un remède médicinal aux multiples indications : troubles nerveux, urinaires, infectieux, digestifs, respiratoires. Et durant la période d’avant le Viagra, il est même considéré comme un aphrodisiaque majeur qui augmente le désir, la détente musculaire, la qualité de l’érection, la lubrification vaginale. Plus récemment, des études ont évoqué ses propriétés stimulantes de l’humeur, lui faisant intégrer le groupe des plantes prescrites dans les dépressions légère et modérée.

La plante la plus utilisée est le millepertuis, autrefois appelé « chasse-diable », pour souligner son action sur les « mauvais esprits ». D’autres lui préfèrent le griffonia, une légumineuse qui pousse en Afrique, où elle est traditionnellement utilisée comme un aliment-santé car riche en protéines, mais également comme une plante médicinale aux vertus purgatives, vomitives et antitussives. Depuis les années 80, la découverte de la présence dans ses graines de 5-HTP, le précurseur de la sérotonine, en a fait une des plantes vedettes des troubles de l’humeur et du sommeil. Citons également la rhodiole qui nous vient, elle des pays nordiques (Scandinavie, Sibérie) où elle a longtemps eu la réputation de favoriser la mémoire, l’endurance, la vigueur sexuelle… Elle possède en réalité de remarquables propriétés adaptogènes, c’est-à-dire qu’elle accroît la résistance de l’organisme contre les stress physiques ou psychiques. D’autres études plus récentes ont évoqué son action anti-dépresseur. Et depuis peu donc, le safran.

Ce dernier agit probablement par la modulation qu’il exerce sur 2 de nos principaux neurotransmetteurs cérébraux, la dopamine et la sérotonine. Il a d’ailleurs été proposé dans la maladie d’Alzheimer où il améliorerait les capacités cognitives des patients. Mais ça reste à confirmer.

Le condiment ne suffit évidemment pas. On peut se procurer en officine des dosettes de 0,1 g de poudre de safran pour se préparer une tisane par jour. Certains compléments de parapharmacie associent de l’extrait de safran, du 5-HTP, des vitamines et minéraux, d’autres du safran et de la rhodiole.

Bien sûr. Une meilleure hygiène de vie qui commence par le contenu de son assiette, bien qu’il n’existe pas de régime ou d’aliment miracle de l’humeur. Rappelons toutefois l’intérêt des vitamines du groupe B, de la vitamine D pas seulement utile pour l’os, des oméga-3 (huiles de colza ou de lin, poissons gras) à prendre de préférence au dîner, des aliments riches en sérotonine (citons ananas, banane, brocoli, céréales, chou, légumes verts, légumineuses, maïs, tomate) et en tryptophane (citons fromages et laitages, œufs, oléagineux, poisson, volaille). Sans oublier l’activité physique qui libère nos endorphines, efficaces sur la douleur et utiles sur l’humeur.  

Même si la santé n’a pas de prix, celui très élevé du safran, autour de 30 à 40 euros le gramme, en limite l’utilisation courante pour une pathologie qui réclame souvent plusieurs semaines ou quelques mois de traitement. De façon générale, il faut faire très attention aux achats de médicaments sur Internet. Et tout spécialement ici où un safran trop bon marché pourrait être en réalité une vulgaire épice ou du curry, plus intéressants pour assaisonner votre poulet au riz que pour calmer ou stimuler votre cerveau. Prudence, prudence.

Docteur Serge Rafal