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L’hypertension artérielle chez les femmes, la chronique du docteur Serge Rafal

Jusqu’à 55 ans, puisque la maladie reste longtemps plus masculine que féminine. Mais avec la survenue de la ménopause, les chiffres s’inversent et l’hypertension artérielle gagne ensuite progressivement en fréquence chez nos compagnes : + 44% entre 55 et 65 ans, 55% entre 65 et 80 ans, 80% au-delà. Or les maladies cardio-vasculaires, et tout particulièrement l’hypertension artérielle, exposent davantage les femmes aux complications notamment cérébrales.

C’est le moins qu’on puisse dire puisqu’elles constituent chez nous la deuxième cause de mortalité chez les messieurs et la première chez les dames avec 75 000 DC/an soit 200 DC par jour sur les 1800 qui se produisent quotidiennement.

Trois éléments essentiels : l’hérédité, l’environnement, le mode de vie… dont les parts respectives sont variables. On ne peut en principe pas grand-chose sur l’hérédité encore que l’épigénétique nous ait appris récemment qu’on pouvait dans une certaine mesure moduler son impact. On peut agir sur l’environnement mais c’est souvent plus compliqué et pas toujours entièrement sous notre contrôle. L’état de santé de la patiente impose parfois la prise de certains médicaments (Ains, corticoïdes, immunosuppresseurs, pilule) qui interfèrent sur la TA ou le système cardio-vasculaire, certaines maladies endocriniennes ou rénales, les apnées du sommeil favorisent ou aggravent l’hypertension artérielle. Et chez la femme se rajoute un risque cardio-vasculaire spécifique, le statut hormonal, impliqué chez elle lors de 3 périodes critiques : la contraception, la grossesse, la ménopause. Il est finalement relativement plus facile d’agir sur l’hygiène de vie, raison pour laquelle nous concentrons nos recommandations et nos efforts sur le tabagisme, le surpoids ou l’obésité, l’alimentation (attention au sel), la sédentarité, le stress chronique.

Cette maladie est longtemps silencieuse dans les 2 sexes et peut donc détériorer le système cardio-vasculaire à bas bruit. Chez la femme, de tous petits signes peuvent et doivent alerter mais ils ne sont pas vraiment spécifiques : mal de tête en fin de nuit ou fin d’a-m, difficultés de concentration, fatigue, sensation vague d’oppression thoracique… tous symptômes facilement mis sur le compte des troubles climatériques, terme consacré pour désigner les nombreux désagréments de la ménopause. L’hypertension artérielle doit être recherchée attentivement avant qu’elle ne se manifeste bruyamment ou ne se révèle par une complication, en particulier cérébrale.

Sur les chiffres tensionnels. Mais une mesure unique en consultation ne suffit pas car elle est souvent parasitée par l’effet « blouse blanche » qui les augmente volontiers. Il faut donc facilement lui associer une automesure TA (= AMT) que la patiente prend tranquillement chez elle à l’aide d’un tensiomètre (plutôt au bras qu’au poignet) ou demander dans le doute une MAPA (mesure ambulatoire de la PA), encore appelée holter TA qui nous donne les chiffres moyens de 24h. Le diagnostic d’hypertension artérielle est porté lorsque la TA est > 135/85 mm de mercure le jour et/ou > 120/70 la nuit.

L’hypertension artérielle impose un traitement à vie impose un traitement à vie, c’est pourquoi il convient de confirmer le diagnostic par des mesures réitérées, de bien évaluer le risque cardio-vasculaire via les facteurs de risque dont nous avons parlé, de compléter l’exploration par un bilan sanguin, une écho-doppler des vaisseaux du cou, une échographie rénale, éventuellement un coronoscanner. Aucun traitement n’est institué à la légère.

Bien expliquer à la patiente la balance bénéfices-risques des médicaments, l’impliquer fortement et lui fixer des objectifs chiffrés afin d’augmenter l’observance qui est toujours moyenne dans des maladies relativement peu symptomatiques comme l’hypertension artérielle.

Il est important de convaincre puis de prendre en charge le cœur des femmes et leur système vasculaire. Cela passe par le contrôle indispensable de leur TA. Une ligne à haute tension, c’est indispensable dans certaines circonstances, un système cardio-vasculaire en surtension, c’est non seulement inutile mais vraiment dangereux tout le temps. Alors sus à l’hypertension artérielle, ne sous-estimez pas son risque, il est réel même s’il est trop longtemps discret.

Docteur Serge Rafal