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La dépression traitée par des suppléments alimentaires et pas des psychotropes, la chronique de Serge Rafal

France.

La dépression traitée par des suppléments alimentaires et pas des psychotropes, la chronique de Serge Rafal
(Crédit : DR)

Le domaine des psychotropes est probablement un de ceux qui a le mieux profité au XXème siècle des progrès accomplis en pharmacologie. Leur avènement dans les années 1950 a constitué une véritable révolution dans l’approche des maladies mentales, permettant à de nombreux malades, dont certains étaient internés (souvenons-nous de Charenton, de Ste-Anne), de vivre libres et insérés dans une vie sociale, familiale, professionnelle. Mais l’efficacité même de ces produits et leurs caractéristiques (une imperméabilisation des émotions, accoutumance, addiction) ont fait que beaucoup de patients s’en sont détournés et ont opté progressivement pour des solutions plus naturelles (plantes, vitamines, oligo-éléments, acides aminés, om-3) afin d’éviter les pilules d’une « vie en rose » artificielle.

Ces produits agissent sur la production ou la concentration de neurotransmetteurs (dopamine, sérotonine, NAD…) dont le rôle est bien sûr essentiel dans les troubles de l’humeur.

Leur efficacité ? Pas du 100%. Ils sont très efficaces dans un tiers des cas, partiellement dans un 2ème tiers, et inefficaces dans un dernier tiers -> D’où la tentation de ne pas y recourir systématiquement mais d’essayer d’autres solutions plus naturelles ou considérées comme moins lourdes. Ceci peut se concevoir dans les formes légères et modérées de dépression, après avoir sollicité l’avis d’un professionnel de santé, du médecin-traitant ou d’un psychiatre. 

En fonction du neurotransmetteur incriminé ou en déficit, les signes du malade sont différents. C’est ainsi qu’un déficit en dopamine entraîne généralement une alternance de périodes on/off de l’humeur où le surmenage (BO) et l’hyperactivité font place à de l’abattement. Les malades décrivent volontiers une fatigue physique et intellectuelle, de la tristesse, une baisse de l’envie, de la motivation, de la concentration, du plaisir, un repli sur soi, un sommeil non réparateur, souvent agité. Un déficit en NAD entraine lui de la fatigue, de l’angoisse, des difficultés dans la régulation des émotions et la prise de décision. Un déficit en sérotonine est responsable d’irritabilité, d’agressivité, d’impatiences, de compulsions et d’addictions, de difficultés relationnelles, d’une fatigue en fin d’après-midi avec besoin de sucre, de troubles du sommeil.

On agit sur les déficits en dopamine ou en NAD par des plantes, principalement la rhodiole et le mucuna pruriens. La 1ère a fait l’objet d’une rubrique en janvier 2021, je n’en reparlerai donc pas, j’y renvoie nos auditeurs. Le mucuna pruriens ou pois mascate nous vient de la médecine ayurvédique. C’est une plante dite adaptogène, longtemps utilisée pour ses propriétés toniques. Nous la prescrivons volontiers sous forme d’EPS, 1 cuiller à café le matin et éventuellement à midi. Nous pouvons prodiguer ici des conseils alimentaires ou proposer une supplémentation de L-tyrosine, un acide aminé précurseur de la dopamine et de la NAD. On le trouve principalement dans les protéines animales (fromage, poisson, viande) mais aussi dans l’amande, l’avocat, la banane, le chocolat, les graines (citrouille, sésame), les légumineuses, la spiruline… On trouve la L-tyrosine dans de nombreux suppléments de (para)pharmacie, la posologie est de 1 à 1g5/jour.

De la même façon que précédemment, on agit sur un déficit en sérotomine avec des produits qui augmentent leur production. Un acide aminé, le tryptophane, précurseur de la sérotonine tout comme le 5HTP, concentré dans une plante africaine, le griffonia. Le tryptophane est un acide aminé essentiel, c'est à dire que l’organisme ne sait pas le fabriquer, il doit donc être apporté par l’alimentation. On le trouve dans de nombreux aliments : banane, chocolat noir, légumineuses, œuf, oléagineux, poisson, produits laitiers, riz complet, viande-volaille- ou dans des compléments alimentaires dosés à 500 mg par gélule. On peut également proposer ici une plante que vous connaissez déjà, le millepertuis, développé dans une rubrique en juillet 2021.

J’y viens. Les vitamines et oligo-éléments sont indispensables pour que les neurotransmetteurs soient correctement synthétisés. Citons les vitamines du groupe B qui ont presque toutes une action sur le SN, le lithium, le magnésium, le zinc. Et n’oublions pas les omégas-3 mis, en exergue par le regretté David Servan-Schreiber.

Vous connaissez le dicton « Pour vivre heureux, vivons cachés « és » ». La dépression, va probablement réclamer dans les années qui viennent des cachets « ets », encore plus ciblés pour une prise en charge plus personnalisée et optimale. En attendant, les patients qui souffrent d’une dépression légère ou modérée, peuvent être améliorés par les solutions naturelles dont nous venons de parler. 

https://youtu.be/8OwHWw3KWRs

Docteur Serge Rafal

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