La Radio Juive

Se faire vacciner contre la grippe ? La chronique du docteur Serge Rafal

Elle va se dérouler en 2 phases, une 1ère période jusqu’au 15 novembre pour les personnes à risques ou éligibles, celles qu’on connaît pour le Covid, les plus de 65 ans plus les comorbidités plus les personnes séjournant dans un établissement de soins plus les professionnels de santé, munies du bon de prise en charge, et une deuxième ensuite, ouverte à tous. Notons toutefois que les jeunes de moins de 16 ans devront justifier d’une prescription médicale.

La grippe est une affection virale saisonnière dangereuse, puisqu’elle touche 6 à 8 millions de personnes par an, est responsable de 8 à 10 000 décès et en moyenne de 2000 séjours en réanimation. Malgré ces chiffres, le taux de vaccination n’a jamais été très élevé dans la population générale et même parmi les professionnels de santé. 

Nous avons un bilan précis, réalisé en 2018, c’est à dire avant le Covid. 83% des cas graves étaient des candidats à la vaccination avec au moins un gros facteur de risque : La moitié des personnes hospitalisées en réa étaient âgées de plus de 65 ans, 1/3 avait moins de 65 ans mais souffrait d’une ou plusieurs pathologie(s) chronique(s), 1% était enceinte, 1% obèse. Ce qui veut dire qu’un patient sur 6 ne présentait aucun facteur de risque. Le Dr Lévy-Bruhl, infectiologue à Santé Publique France, déplorait que seulement le 1/3 des cas graves avait bénéficié du vaccin antigrippe alors qu’il représente LE moyen le plus sûr de diminuer son impact. La vaccination évite en France environ 2000 décès chez les plus de 65 ans.

Vaccin ARN ? Non, c’est un vaccin à l’ancienne, produit sur l’œuf. Sa fabrication est décidée très en amont, à partir des souches inactivées du ou des virus qui ont circulé l’hiver précédent, dans l’hémisphère austral. Sa composition varie donc chaque année, une 50aine de souches a déjà été utilisée depuis 1989. Il s’agit donc d’un mélange prédictif, plus ou moins efficace en fonction de sa composition, la souche responsable de l’épidémie chez nous, n’étant pas toujours celle qui a sévi à l’autre bout du monde quelques mois plus tôt. Les Israéliens nous ont rassuré il y a une 15aine de jours en confirmant que le vaccin utilisé cette année était efficace contre la souche circulante.

Pourquoi cette défiance à l’égard de ce vaccin ? Précisément en raison de son manque d’efficacité, autour de 50%, c’est à dire qu’il protège 1 personne sur 2, loin des 90% auxquels nous ont maintenant habitués les ARN. Mais aussi par la sous-estimation du danger grippal, synonyme dans l’esprit du public de « petit » épisode viral, pourtant responsable d’environ 500 000 décès/an dans le monde.

Nous disposons de 3 vaccins tétravalents, c’est à dire qu’ils contiennent 4 souches différentes, utilisables pour la majorité de la population (Fluarix, Influvac, Vaxigrip) et un 4ème hautement dosé, Efluelda°, pour les plus de 60 ans.

Le risque d’une complication grave due à la grippe est « beaucoup beaucoup » plus important chez les personnes à risques que la vaccination. Une rougeur, une douleur au point d’injection moins aiguë qu’avec les ARN, qqs dls musculaires, des nausées peuvent parfois s’observer provisoirement mais elles sont sans le plus souvent très brèves et sans conséquences.

On peut effectuer les 2 vaccins grippe et Covid le même jour mais sur 2 sites d’injections différents, soit un dans chaque épaule. Pour ceux qui ne le souhaitent pas, il n’y a aucun délai à respecter, ça peut être le lendemain ou la semaine suivante.

Si le risque fait partie de la vie ou de l’art comme en témoigne cette belle citation de Neil Simon, dramaturge, scénariste américain : « Si nul ne prenait jamais de risques, Michel-Ange aurait peint les planchers de la Chapelle-Sixtine ». Il n’en est pas de même en médecine où tout doit être fait pour les réduire au maximum. Ca passe par la vaccination de 17 millions de personnes en France. 

Docteur Serge Rafal

LE 24-10-22 - 09:48