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Omicron, un variant plus infectant mais moins dangereux, la chronique du docteur Serge Rafal

Le 24 novembre 2021, l’Afrique du Sud signale à l’OMS la présence d’un nouveau variant du coronavirus sur son territoire. Il est vite classé variant préoccupant (VOC = variant of concern) en raison de l’augmentation considérable et rapide du nombre de cas de Covid-19. Beaucoup de pays suspendent rapidement leurs liaisons aériennes avec ce pays mais rien n’empêche sa diffusion en Europe où il est d’abord confirmé aux Pays-Bas, en Ecosse puis bien sûr chez nous. 

Omicron présente plus d’une trentaine de mutations sur sa protéine de pointe, soit beaucoup plus que les variants précédents. Ceci pouvait faire craindre une dangerosité plus grande et une résistance aux vaccins qui avaient tous été fabriqués à partir de la souche initiale de Wuhan. Les scientifiques ont vite constaté une réduction drastique (par 25) du taux des Ac neutralisants chez les personnes vaccinées avec 2 doses, d’où la décision prise immédiatement de proposer une 3ème dose pour retrouver un niveau d’efficacité équivalent aux études préliminaires et aux 1ère injections. Nous savons maintenant que ce rappel appelé « boost » est efficace contre les formes graves, beaucoup moins malheureusement sur l’infection et la transmission. C’est ainsi que nous avons constaté des cas certes peu graves mais fréquents chez des vaccinés 2 et même 3 doses. On peut donc affirmer qu’Omicron échappe en partie à l’efficacité des vaccins actuellement sur le marché, presque exclusivement Pfizer et Moderna en France, même si ceux-ci continuent à protéger des formes graves. Ces laboratoires ont promis un nouveau vaccin qui pourrait être disponible en mars-avril. 

Les différences entre la maladie déclenchée par Omicron et celle par Delta commencent à être bien connues puisque Omicron supplante prestement delta. Notons d’emblée que le nombre effarant de cas annoncés chaque jour (plus de 300 000) est de l’Omicron mais que les malades actuellement en réanimation sont très majoritairement des delta, ce qui confirme la contagiosité extrême d’Omicron mais sa moindre virulence. Les Africains l’avaient d’ailleurs constaté : ils avaient noté par rapport aux vagues précédentes une contamination de patients plus jeunes (36 ans au lieu de la 50aine), plus souvent des dames alors que la prédominance était auparavant masculine, moins de comorbidités (23% contre 52%), et surtout moins de problèmes respiratoires (31% contre 72%) et d’hospitalisations (dont 2/3 de non-vaccinés), en outre beaucoup plus courtes (3 jours contre 8) : la maladie et la mortalité (3% contre 30%) semblaient d’emblée moindre. Ceci s’est confirmé totalement chez nous avec un décrochage entre le nombre des cas et celui des hospitalisations et surtout des séjours en réanimation.

Omicron est à présent largement majoritaire, 2 mois après son arrivée chez nous, environ 80% la semaine dernière. Mais le delta continue encore à circuler et à envoyer des malades à l’hôpital.

Moins spectaculaires que ceux du delta, les signes d’une contamination avec Omicron ressemblent à un rhume ou à une grippe. Les personnes touchées sont plus jeunes : 32 ans de moyenne d’âge, ont peu de facteurs de risque. On note chez elles, le nez qui coule, un mal de tête, la gorge qui gratte, des éternuements, de la fièvre, des douleurs musculaires, une toux sèche mais pas d’essoufflement ou de tachypnée (la maladie attaque beaucoup moins le poumons), des sueurs nocturnes ou une forte transpiration, une grande fatigue volontiers persistante++ (asthénie), pas de perte de goût et d’odorat, des éruptions cutanées (boutons ou plaques rouges) chez 15% des enfants. -> Un nez qui coule, des éternuements, des maux de tête qui apparaissent brutalement ne sont pas forcément un rhume surtout s’ils s’accompagnent de fièvre, ça peut être une contamination par Omicron. Rappelons que delta, c’était dans l’ordre : fièvre supérieure à 38,5 pendant 2-3 jours, toux, douleurs musculaires, nausées, diarrhée. Et pour la grippe, c’est habituellement la toux qui se déclare en premier  

Le Covid nous a réservé de nombreuses surprises depuis son apparition en novembre 2020, je me garderai donc bien de la moindre conclusion définitive. Même les scientifiques sont divisés, certains pensent que la virulence moindre de ce variant sonne le glas prochain de l’épidémie, d’autres nous expliquent que le delta n’a pas dit son dernier mot et pourrait rebondir. D’autres, dont l’OMS, redoutent l’apparition d’un nouveau variant plus dangereux. Faisons comme nos amis les Anglo-saxons, prônons le « Wait and see ». C’est plus sage que des pronostics hasardeux qui nous ont déjà fait trop de mal depuis le début de cette pandémie déroutante à bien des égards.

Docteur Serge Rafal