(Crédit: Twitter)

La vidéo terrifiante du navigateur jordanien brûlé par Daesh, la chronique de Michel Zerbib

L’enquêteur de la DGSI  a cité plusieurs noms d’accusés soupçonnés d’avoir téléguidé les attentats depuis la zone irako-syrienne. – Salah Abdeslam est le seul membre encore en vie des commandos téléguidés par le groupe État islamique. 

Les logisticiens: Mohamed Abrini, ami d’enfance des frères Abdeslam, est accusé d’avoir accompagné le commando en région parisienne et d’avoir participé aux financements et à la fourniture des armes.  Mohamed Bakkali aurait loué les voitures ayant  servi aux attentats. Farid Kharkhach aurait, lui, fourni des faux papiers à la cellule terroriste. Ali El Haddad Asufi aurait participé à la fourniture d’armes tandis qu’Abdellah Chouaa aurait apporté un soutien logistique à Mohamed Abrini. Enfin, Yassine Atar possédait la clé de la planque belge de Salah Abdeslam, ce même appartement où ont été fabriquées les ceintures explosives utilisées à Paris.

Les compagnons de cavale d’Abdeslam : ils sont trois , on y reviendra. 

– Les combattants de retour de Syrie : Adel Haddadi et Muhammad Usman ont emprunté la route des Migrants avec les kamikazes du Stade de France et sont tous les deux soupçonnés d’avoir préparé un attentat. Le Suédois Osama Krayem est soupçonné d’avoir appartenu à une unité d’élite de l’EI et d’avoir été l’un des bourreaux du pilote jordanien en Syrie. Lui et le Tunisien Sofien Ayari sont suspectés d’avoir prévu une autre attaque, peut-être à Amsterdam.

Des cadres de Daech sont jugés par défaut car présumés morts , on aura l’occasion de les présenter.

L’organisation terroriste disposait de deux organes spécifiques pour les attaques projetées à l’extérieur du califat: la Liwa As Saddiq, le bataillon des forces spéciales de l’EI et la cellule COPEX de Daech.

– La Liwa Abou Bajr As Saddiq est le moteur du système des attaques projetées. « On leur demandait d’être mobiles et disponibles. Ils n’avaient pas le droit de se marier », explique l’enquêteur. Ses membres recevaient ensuite une formation approfondie pour acquérir des aptitudes opérationnelles (techniques de combat, maniement des armes lourdes…) Ses membres pouvaient avoir « recours à la violence externe », on leur apprenait à « combattre jusqu’à la mort si nécessaire ». 

– La Copex de l’Etat islamique, une structure dédiée spécifiquement aux attaques projetées. Elle a été créée courant 2014 sous l’impulsion d’Al-Adnani et est organisée en bureaux régionaux (portefeuille Europe, Turquie, Algérie…) Il existait également un portefeuille « explosifs » pour former les combattants de l’EI sur cette question spécifique. Parmi ceux là, Oussama Star.

Moment très difficile du procès, la diffusion des passages d’une vidéo de propagande de l’exécution du pilote de chasse jordanien, qui est l’un des accusés, Osama Krayem était présent ce jour là de janvier 2015.

Dans la mise en scène de l’organisation terroriste, Maaz al-Kassasbeh, vêtu d’une combinaison orange marche autour d’immeuble effondré. On voit derrière lui une rangée de membres de l’Etat islamique, habillés d’un treillis militaire couleur sable et cagoulés. Parmi eux se trouve Osama Krayem.

Le pilote est ensuite placé dans une cage, aspergé d’un liquide inflammable. Sur le plan suivant, on aperçoit un djihadiste tenir une torche, puis allumer le feu qui embrase toute la cage et le corps de l’otage. Des gravats sont ensuite lancés sur la cage et une tractopelle vient écraser l’ensemble. Sur le dernier plan, on perçoit la main brûlée du pilote, ensevelie. L’ ultra violence pour instaurer un climat de terreur par la Katibat d’Abaoud sur la zone

Une autre enquêtrice explique  son rôle de recruteur et de formateur d’opérationnels à projeter des attaques en Europe. 

Abaoud a effectué un premier séjour sur zone en 2013, lors duquel il a rencontré Mehdi Nemmouche, Najim Laachraoui et rejoint la katibat Al Mujajirjin, dans la région d’Alep. 

Leur katibat est engagée dans de nombreux combats autour d’Alep, souligne-t-elle. Dans des vidéos de leur massacre, les djihadistes de cette katibat ont un comportement enfantin dénué d’humanité 

« J’en viens à la tristement célèbre vidéo du pick-up d’Abaaoud », nous explique la policière de la DGSI. Vidéo retrouvée sur le portable du djihadiste, tournée en février 2014 à Hreytan, où sa katibat venait de tuer une centaine de personnes. Abaooud, souriant, doigt levé vers le ciel, conduit un 4X4 dans un champ, traînant huit corps à l’aide d’une corde. Ce dégénéré plaisante devant la caméra: »Avant on tractait des jet-ski, des quads, des motocross … maintenant on tracte les kouffars ! » Derrière la caméra, un djihadiste répète « Allahu akbar » puis se moque du visage d’une des victimes et sa « tête de Schtroumpf ».

A la fin 2014, Abaaoud quitte en effet la Syrie pour gagner la Belgique, en passant par la Turquie, traversant la mer Egée, puis la Grèce. Et oui , si son projet d’attentat est déjoué, lui  échappe aux policiers grecs venus l’interpeller. Au début de l’année 2015, le Belge est donc promu star par la propagande de l’Etat Islamique. A l’époque, Abaaoud devient émir membre de la cellule COPEX, chargée des opérations extérieures. C’est lui qui « sélectionne des nouveaux arrivants en Syrie, en testant leurs motivations, les entraîne aux maniements des armes », puis les renvoie en Europe pour commettre une action terroriste…

Michel Zerbib