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Le temps des plaidoiries : au nom de toutes les victimes, la chronique de Michel Zerbib

France.

Le temps des plaidoiries : au nom de toutes les victimes, la chronique de Michel Zerbib
(Crédit : Twitter)

Ce qui change par rapport au procès de Charlie Hebdo , hyper cacher . Ces représentants de parties civiles ont en effet consacré leurs plaidoiries à différentes thématiques, comme la radicalisation, la notion de combattant et bien sur souligné la douleur des rescapés et des proches de personnes mortes ce soir-là. Plusieurs avocats ont profité de cette audience pour charger les accusés, et notamment Salah Abdeslam, seul membre des commandos encore en vie.

Me Frédérique Giffard s’avance devant la cour, l’avocate s’adresse au président puis aux accusés, "qui ont la chance d’être assistés d’excellents" conseils, selon elle. "Ça fait six ans qu’on compose pour que nos clients ne soient pas doublement éprouvés", notamment "d’avoir été au mauvais endroit au mauvais moment. Ce procès n’a pu se tenir dans les conditions de temps prévues, uniquement car des parties civiles n’ont pas pris la parole comme c’est le cas dans un procès ordinaire.

Charlotte, Émilie, Fabrice, Stéphane, Lola, Quentin, Estelle…

Les représentants évoquent chacun de ces noms de victimes et prononcent quelques mots pour raviver leurs souvenirs. Les robes se succèdent à la barre. Comme prévu, les interventions sont courtes. Me Billing se présente et évoque par exemple le parcours de Christopher, son client. Le père de famille a été assassiné le soir du 13 novembre 2015 au Bataclan. 

La photo de Thibault, autre victime des attentats, est projetée devant la cour pendant que son avocat, Me Avramesco, brosse son portrait. Le visage de Marion, portant deux chatons noirs dans les bras, apparaît ensuite sur l’écran du rétroprojecteur, selon le souhait de sa famille. Son avocate, Me Bensousan, dit quelques mots pour rappeler qui était cette femme originaire de Chartres.

Voici la thématique de la plaidoirie qu’entame maintenant Me Sylvie Topaloff. Son époux, le philosophe Alain Finkielkraut, est venu y assister. Elle prend une profonde respiration et commence. «  Ils ne portaient pas d’uniforme, ne défendaient aucune cause. Ils buvaient un verre en terrasse, profitaient d’un match de foot. Et ils ont été frappés. Nous avons tous vacillé. Mais on ne choisit pas ses ennemis, ce sont eux qui nous choisissent  », avant de s’interroger : «  Pourquoi cette fureur vengeresse est-elle venue nous frapper ? Qu’est-ce que nous avons fait ?  

Alors on dira que le propre du terrorisme est de s’en prendre par surprise à des gens désarmés. […] Mais lâcher une bombe dans la foule c’est autre chose que de tuer à bout portant, 130 fois. 

Maitre Topaloff évoque la radicalisation des accusés, cite certaines de leurs déclarations pendant le procès. Parle de Salah Abdeslam qui "n'est pas un érudit ". Puis elle enchaîne sur la propagande de l’État islamique, "son idéologie totalitaire", et dont certaines vidéos ont choqué l’avocate : « Daech, c’est le mal, les meurtres, les égorgements, la barbarie. Un peu comme si les nazis avaient affiché les camps de la mort. »

Me Jean Reinhart avocat de plusieurs parties civiles prend la suite

«  Le mal est survenu et les victimes ont appris des mots. Elles ont appris à attendre, à espérer, à désespérer puis espérer de nouveau », commence-t-il avant de se remémorer le soir des attentats. Il plante le décor, devant le Stade de France et parle de la seule victime décédée autour de l’enceinte en marge du match de football entre la France et l’Allemagne. «  Sa femme n’entendra plus jamais sa voix. Le mal était là, tapi, prêt à venir."

La question du "mal" au cœur de sa plaidoirie poignante. « Ce procès nous aura permis de comprendre que le terrorisme se nourrit du faux et embarque les hommes dans des contrées noires. Pour finir, faisons comme cette jeune femme cachée dans les toilettes du Bataclan, cassons le plafond et regardons les étoiles, car nos disparus sont peut-être là-bas… »

Durant sa plaidoirie, l’avocate reprend les thèmes qu’elle a évoqué dans ses prises de parole depuis le début du procès : " la radicalisation et l’endoctrinement qui mènent à l’acte terroriste ". Les victimes que le conseil représente " ont été tuées parce qu’elles aimaient la vie. Les accusés visaient notre mode de vie. " 

L’avocate franco-tunisienne égrène les noms de plusieurs victimes et de rescapés. Elle va s’adresser aux accusés : « Tout au long du procès, ils ont tenté de vous faire croire que les actes terroristes qu’on leur reproche sont simplement l’application de la charia  », poursuit Me Samia Maktouf avant de s’adresser à la cour " ne vous trompez pas, identifiez le mal. Car nous sommes face à une idéologie salafiste meurtrière. Cette idéologie appelle à des assassinats de masse. " Dans le box, Salah Abdeslam, qui s'est rasé le crâne, fixe l'avocate, celle à qui il n’a jamais voulu répondre, sans émotion.

Me Gérard Chemla parle de ce « monstrueux procès » tout au long duquel « on ne peut s’empêcher de se rapprocher dans une recherche infinie d’une communauté humaine entre les juges, les avocats, les victimes, les accusés, qu’on croise au quotidien. On s’apprivoise et on recherche une parcelle d’humanité dans leurs propos. Je n’ai entendu aucun regret, aucun aveu »
«  Un certain nombre de mes clients m’ont parlé de l’œil de celui qui essayait de les tuer et il n’y voyait aucune agressivité ", poursuit Me Chemla avant d’évoquer les accusés qui seront fixés sur leurs sorts fin juin, "ceux qui ont raté, ceux qui ont aidé les actes commis par leurs amis."

L’avocat ,haut de taille et lunettes rondes estime que les accusés "n’ont pas fendu l’armure. Le principal accusé (Abdeslam) avait dit au président "vous m’avez bousillé la vie, et a reproché aux victimes de vouloir faire condamner un innocent. Autrement dit, il devenait la victime des victimes", dit Me Chemla, qui "n’a pas cru aux larmes" et aux déclarations des prévenus." Leur seul vrai regret est ce qui leur arrive à eux, estime l’avocat. Le principe et le mensonge dans lequel ils se sont enfermés ne me permettent pas d’imaginer un avenir avec eux. Ils se décrivent comme des vendeurs de shit. Ils ne sont pas à la hauteur de leur procès."

https://youtu.be/n9nxvrEE9rA

Michel Zerbib

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