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La prison est une école du Djihad pour l’islamologue Hugo Micheron, la chronique de Michel Zerbib

Premier témoin à la barre du tribunal de Paris , le chercheur Hugo Micheron, 33 ans. Il enseigne à la fois à l’université de Princeton (États-Unis) et à Sciences Po Paris. Il a vécu en Syrie et en Irak en 2008 et 2009, il a appris la langue arabe. Micheron est l’auteur du livre Le Jihadisme français. Quartiers, Syrie, prison avec la préface de Gilles Kepel son directeur de doctorat. Hugo Micheron est l’un des chercheurs les plus brillants et le meilleur pour nous faire comprendre la logique du Jihadisme.

Le jeune chercheur parle sans notes de son travail qui prend tout son sens depuis le 13 novembre et qui l’a conduit à enquêter sur le terrain dans les zones de Djihadisme Syrie et Irak, en Turquie et au Liba . Mais aussi les quartiers en France et en Belgique  et enfin dans les prisons « endroit où se termine le Jihadisme mais lieu aussi de sa production. Expliquer ce n’est pas justifier, c’est comprendre », dit Micheron qui parle de l’éthique du chercheur. Car au Tribunal ce genre de témoignages est soumis à la critique de la défense des terroristes dans le box.

Le Jihadisme n’est pas réductible aux attentats, cette idéologie et son action existe entre deux attentats explique-t-il. Ni réductible aux organisations Jihadistes. Vous pouvez détruire l’organisation, il existe encore ; les combattants d’Afghanistan 80 89 se recyclent en Bosnie puis en Algérie (le GIA 1994 96 en France). Ces terroristes trouvent aussi exil dans le monde. Ce sera le Londonistan, Molenbeck, Copenhague, Malmö, Roubaix  et sud ouest de la France : la géographie du Jihadisme Des pics d’enrôlement en 96 puis 2001 après le 11 septembre puis les premiers départs des Européens pour le Djihad en Irak.

Mais ce que démontre le chercheur de Princeton, c’est qu’il y a toujours une période d’entre deux : une de force et une de faiblesse. Depuis la chute de Daesh qui avait crée son califat en 2014 , on est dans cet entre deux. Le Jihadisme de l’ombre pour se reconstituer. 6000 Jihadistes européens ont répondu à l’appel de Daesh sur 45 000 qui ont fait le voyage et Micheron a étudié les quartiers et la dimension familiale de façon très fine : Marseille et ses musulmans n’a pas envoyé de terroristes comme Lunel. Trappes qui voisine Chanteloup les vignes n’ont pas approvisionné de la même manière la filière Jihadiste.

En France, Hugo Micheron a rencontré en prison 80 djihadistes, qu’ils soient prévenus – non encore jugés – ou déjà condamnés, y compris dans des affaires de droit commun. Beaucoup de ces détenus ont « rencontré les idées djihadistes pour la première fois en prison », affirme le savant.

Selon lui, le terreau terroriste a progressé derrière les barreaux, via le prosélytisme très actif . « C’est exactement l’inverse d’une évasion ! La prison est djihadogène : certains jeunes détenus de région parisienne présentaient le profil type du recruté, aux yeux de ceux qui revenaient de Syrie ou d’Irak. »

L’appel de Daech à rejoindre la Syrie et l’Irak, « va alors être entendu par 6 000 Européens, dont 2 000 Français entre 2012 et 2019 », indique Hugo Micheron. « Des hommes pour deux tiers d’entre eux, mais aussi des femmes, tous convaincus que l’État islamique va reconstruire un petit paradis sur Terre. » Un vrai projet de vie pour ces tueurs violents.

Pour la cour, Hugo Micheron analyse « la logique totalitaire » des  attentats. « La propagande, c’est 50 % du djihad. Et la propagande, elle se base sur la terreur. »

Pourquoi la France a-t-elle payé le prix fort, ce 13 novembre 2015 ? « Notre pays a été perçu par Daech comme l’usine à idées du monde occidental », résume le chercheur. 

Mais attention Hugo Micheron considère que la défaite militaire de l’État islamique en Syrie et en Irak ne signifie pas la fin de la « guerre sainte ». « Daech est plutôt, en ce moment, dans une phase de recrutement. » Ne l’oublions pas !

Michel Zerbib