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Procès attentats 13 novembre 2015: témoigner pour faire revivre un moment leurs enfants assassinés, la chronique de Michel Zerbib

Tous ceux qui assistent à ce procès comme moi sont frappés par l’extraordinaire niveau des témoignages des parents au sens large du terme. Bien sûr celles et ceux qui s’expriment sont volontaires et sélectionnés pour affronter cette épreuve du tribunal. Ou vont ils puiser cette force pour témoigner ? Dans la nécessité de rendre hommage , de faire en sorte que ces morts ne soient pas oubliés, de rester debout face à ces terroristes et tous ceux qui voudraient encore s’en inspirer et qui menacent encore notre pays. Mardi, la Cour faisait du droit pour la recevabilité des personnes morales et leur recevabilité mais aujourd’hui la voix des personnes physiques est revenue résonner dans la grande salle devant cette  cour spécialement composée et sous très haute surveillance , un véritable bunker.

Alors oui mardi, la Cour a entendu les témoignages des familles qui ont perdu une fille, un frère, une sœur sur les terrasses lors de cette nuit terrible «une nuit jamais terminée » celle du  13 novembre 2015. Mais aussi entendu des personnes blessées au bar La Belle équipe ou après l’explosion d’un kamikaze au Comptoir Voltaire. Oui ces témoignages sont nécessaires même s’ils sont parfois insoutenables et voilà pourquoi : c’est d’abord la parole d’Alix 28 ans qui s’adresse à Abdeslam le principal terroriste  d’emblée « le Dieu auquel vous croyez vous punira ». Elle raconte , dans sa voiture avec son amie , voir arriver des hommes en noir qui tirent méthodiquement « je fixe Brahim … il faut qu’on sorte et qu’on court avec Charlotte qui fait demi tour » dit elle mais une balle de Kalachnikov qui traverse la portière ; incroyablement elles ne sont pas blessées mais traumatisées . Elle est venue sans avocat mais elle avait promis de témoigner « ces hommes ne sont pas des fous ou des animaux mais ce sont des assassins » lancera -t-elle au box en avouant sa culpabilité pesante de témoigner non blessée.

L’Islam que j’ai connu prône l’amour et la tolérance affirme Sarah 34 ans qui dit sa chance d’avoir été placée dans la seule table qui restait dans le fond du restaurant. Elle raconte les tirs, elle pleure. Elle cherche son amie « Chloé » ! « arrivée devant le porte , je me fige, les corps enchevêtrés, les visages figés, les hurlements ; on n’arrive pas à enjamber les corps. Chloé est vivante touchée au bras mais Halima la soeur d’Hoda  la gérante est morte ! » Sarah voudrait terminer son témoignage en parlant elle aussi à Abdeslam , citant Gandhi « oeil pour oeil et le monde finira aveugle » le terroriste baisse la tête. Et justement c’est au tour de Khaled, frère de Hoda et d’Halimah, Hoda qui jouait le rôle de chef de famille inspirante pour cette famille détruite. Le jeune homme athlétique  raconte , lui aussi, les scènes de désolation ; je n’avais plus envie de vivre , je voulais que tout le monde meurt et puis je me suis reconstruit en intervenant dans les écoles pour prévenir des départs en Syrie . « La vie est plus forte que ces monstres , avec ou sans religion. »

Gregory nous touche avec le visage de sa compagne assassinée qu’il arbore sur son tee shirt. Justine, c’était sa moitié, cette jeune  femme lumineuse  a été abattue. Depuis il n’a jamais refait sa vie et est resté dans l’appartement qu’ils allaient habiter ensemble. Elle est morte de suite me dit on mais je n’étais pas là ! On devait faire un enfant, je n’ai pas eu le courage de regarder son test de grossesse ; je cherche aujourd’hui dans la rue quelqu’un qui lui ressemble… « peut-être ce procès va m’aider à vivre ». Le président le remercie pour ce récit très émouvant. 

Marie Amelie témoigne pour sa sœur avec à ses cotés son neveu orphelin. Elle est devenue sa tutrice. Son père, lui meurt de chagrin deux ans plus tard . « Nous avons tous nos croyances, aucune n’est légitime pour tuer ». Sa mère vit dans le passé, faute de mémoire immédiate, là « où les morts ne sont pas encore morts. »

Ces voix chères qui se sont tues mais évoquées admirablement par leurs parents. Jean Bernard père d’ Anne Laure tuée elle aussi à la Belle Equipe. « J’aimerais serrer dans mes bras tous les survivants … prononcer le nom de ma fille … pour moi ces gens là sont des sans noms .. je n’attend pas d’excuses de ces âmes faibles. Anne Laure n’est plus là, elle si brillante qui savait dire en grec en chinois en russe le mot justice.

Fanny, Corinne, José viendront parler aussi de leurs enfants avec une force et une dignité qui impressionne le tribunal. Une photo celle de Victor assassiné à 24 ans, le point levé, la veille de sa mort, le fils de Corinne et José s’affiche en grand sur l’écran, « nous démontrerons à ces créatures du mal notre force de vie face à la barbarie, nous sommes Charlie, nous sommes libres. Vous serez oubliés ». « Il était beau notre fils même dans la mort », oui ils étaient beaux tous ces jeunes massacrés par la barbarie islamonazie. Ce mercredi débutent les témoignages du pogrom du Bataclan. 

Michel Zerbib