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Que sait-on des Covids longs ? La chronique du docteur Serge Rafal

Le Covid n’est pas seulement une maladie dangereuse pour les personnes à risques (âgées, avec comorbidités), c’est également une maladie qui entraîne chez des sujets plus jeunes, des symptômes chroniques souvent handicapants, fort heureusement transitoires dans la majorité des cas. Mais ce problème est suffisamment fréquent et ennuyeux pour que des consultations spécialisées se soient ouvertes dans les hôpitaux et en particulier à l’Hôtel-Dieu de Paris.

On doit l’évoquer quand les symptômes se prolongent quatre semaines après un épisode qui dure généralement de deux à trois semaines maximum.

Nous manquons de recul donc de données formelles mais on estime que le Covid long touche 5 à 10% des patients qui ont contracté le virus.

Les premiers symptômes dont se plaignent les patients sont en premier lieu une fatigue intense mais capricieuse, des jours sans alternent avec des journées où tout effort, physique ou même intellectuel, est difficile voire impossible. Des signes neuropsychiques sont également très fréquents puisque 2/3 de ces patients se plaignent d’anxiété, de déprime, de troubles + ou – graves de la mémorisation ou de la concentration. D’autres présentent des symptômes cardio-thoraciques à type d’oppression, de tachy ou de bradycardie, d’hypoTA orthostatique voire une atteinte plus grave telle une myocardite (le muscle du cœur) ou une péricardite (l’enveloppe du cœur). Et d’autres enfin souffrent de troubles divers polysystémiques (digestifs, ORL (agueusie, dysosmie), cutanés ou touchant la thermorégulation).

Ce sont plutôt des femmes en âge de procréer dont beaucoup sont allergiques ou souffrent d’un problème immunitaire. Et contrairement à ce qu’on pourrait penser, les formes graves font rarement ensuite des Covids longs.

Ca n’est pas toujours facile car certains patients, dont on sait ou dont on pense qu’ils ont fait le Covid n’ont jamais eu de PCR + et ont une sérologie négative. L’interrogatoire est donc primordial, agrémenté de quelques examens surtout demandés pour ne pas passer à côté d’une autre pathologie. 

Difficile d’être affirmatif car c’est une pathologie nouvelle qu’on découvre peu à peu. Certains patients auraient apparemment du mal à se débarrasser du Sars-Cov qui reste logé quelque part dans l’organisme, souvent le nez.

Nous pouvons rassurer nos auditeurs, ils sont résolutifs dans la majorité des cas mais sur une période qui peut aller jusqu’à 6 à 9 mois. Mais cette évolution n’est pas toujours linéaire, ce qui la rend si détestable. 

Le Covid long peut toucher les enfants, c’est une des raisons pour lesquelles nous préconisons la vaccination des 12-18 ans alors que la maladie n’est pas dangereuse pour eux.

Pour la fatigue, c’est bien sûr repos et réhabilitation par l’activité physique. On a trop tendance à miser sur le repos lorsqu’on est fatigué ce qui est légitime. Mais paradoxalement le sport non intensif l‘améliore. Pour la gêne respiratoire, là aussi c’est repos et kinésithérapie, après avoir éliminé une complication cardio-respiratoire. Contre les douleurs intercostales qui sont parfois aiguës mais sans gravité, nous nous aidons évidemment de médicaments. Pour l’agueusie et les dysosmies, les lavages de nez et la rééducation olfactive sont très efficaces et en viennent généralement à bout.

Dans l’état actuel des connaissances, il n’y a pas de contre-indication à le faire. Il semble même qu’une vaccination avec une dose, deux mois après l’apparition des premiers symptômes, contribue à la guérison.  

Cette complication des formes minimes est suffisamment invalidante pour qu’on tente de l’éviter pour le moment par la vaccination et peut-être demain par des Tts qui ont été jusque-là au second plan mais auxquels on devrait, à ce stade de l’épidémie, s’intéresser de plus en plus. Ils arrivent enfin. 

Docteur Serge Rafal