Pour Yoaz Hendel, député de Bleu Blanc, "la culture arabe qui nous entoure est une jungle". Source: Twitter de Yoaz Hendel.

Israël et ses démons ethniques

Le candidat du parti Bleu Blanc ne pensait pas à mal quand il a parlé d’Israël composé de « Juifs qui ont grandi au son des concerts viennois et de Juifs qui ont grandi au son des darboukas ». Et pourtant, le député centriste Yoaz Hendel aurait mieux fait de tourner sept fois sa langue dans sa bouche.

En Israël, on appelle ça le « démon ethnique qui sort de sa boite ». A intervalles réguliers, des déclarations maladroites, mais parfois aussi haineuses, réveillent les tensions entre ashkénazes et orientaux, ou entre les différentes vagues d’immigration qui ont successivement peuplé le pays.

Pendant la campagne électorale de 1981, à un meeting du parti Travailliste, Dudu Topaz, un humoriste vedette de l’époque, avait raillé les supporters du Likoud d’origine orientale et marocaine, en les traitant de « voyous », « tout juste bons à monter la garde ». Le lendemain, le Premier ministre Likoud Menachem Begin, dont on connaissait les talents d’orateur, avait rappelé quelques vérités historiques à l’amuseur : « Ashkénaze, Irakien, des Juifs, des Frères, des Combattants ! » avait lancé le Premier ministre conservateur, en relatant l’histoire de ces Juifs de toutes origines, qui avaient  perdu la vie en combattant pour l’indépendance d’Israël.

Cette affaire faisait suite au mouvement social et politique lancé dans les années 70 par des activistes d’origine marocaine, comme Charlie Biton, qui s’étaient inspirés du mouvement de contestation des Noirs américains et s’étaient d’ailleurs baptisés les « panthères noires ». Ils avaient été les premiers à s’élever contre l’élite ashkénaze qui avait fondé le pays et qu’ils accusaient de discriminer les Juifs d’origine orientale et de les maintenir dans une position d’infériorité, leur interdisant l’accès aux postes de pouvoir dans l’armée ou la fonction publique.

Depuis, d’autres épisodes ont vu la stigmatisation de groupes de population tels que les olim de Russie, régulièrement accusés par les orthodoxes de ne pas être juifs. Ou les immigrants d’Ethiopie, victimes de discrimination à l’embauche ou de violences policières, dont le dernier épisode en date, l’été dernier, avec la mort de Salomon Teka, tué accidentellement par un policier, avait déclenché de nombreuses manifestations de la communauté éthiopienne.

Ces crises récurrentes sont le corollaire d’un pays d’immigration qui doit absorber des groupes de population d’origines, de langues et de culture différentes. Chaque groupe doit non seulement trouver sa place dans son nouvel environnement, mais aussi subir sa propre crise culturelle de transition. Ceux qui immigrent à l’âge adulte, ne sont pas armés pour s’adapter à un nouveau modèle social. Ce sont alors les plus jeunes, qui se retrouvent en porte-à-faux entre leur noyau familial traditionnel et la société où ils doivent s’intégrer.

Même s’ils ne forment qu’une seule nation, ces différents groupes restent attachés et déterminés par leurs origines. C’est ce qui fait la spécificité de la société israélienne, mais qui en explique aussi les tensions internes et la susceptibilité ethnique toujours à fleur de peau. Comme le disait le Rav Léon Ashkenazi, il n’est pas facile pour un Juif de redevenir Hébreu.

Pascale Zonszain