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47 enfants ne diront plus jamais Papa et des parents "désenfantés", la chronique de Michel Zerbib

France.

47 enfants ne diront plus jamais Papa et des parents "désenfantés", la chronique de Michel Zerbib
(Crédit : Twitter)

Comme dit la Bible « assez séjourné dans la Vallée de larmes ? » Pas encore . Ce lundi, les avocats ont en fait évoqué le destin brisé d’une vingtaine de personnes décédées comme Raphael au bar Le Carillon, entouré de ses amis et collègues ; Asta franco-malienne ou encore Lamia, magnifique jeune femme dont la vidéo projetée à l’audience a ému toute la salle. Comme la semaine dernière, les avocats des parties civiles ont abordé aussi des thématiques comme « la liberté de haïr ou de ne pas haïr » ; « l’amour » ; « la mémoire » ; « la liberté de créer » ; « les enfants » ; « la musique » ; « la fête, la danse, le football » et enfin, « le goût du plaisir ». Mutualisation des plaidoiries.

C’est d’abord Me Frédérique Giffard qui s’est lancé dans un discours thématique très émouvant sur l'amour. Ce soir-là, il y avait des amoureux de tous genres : « Un qui aimait sa collègue en secret, des amours de trente ans, des nouveaux rendez-vous Tinder ». Certains amoureux sont partis ensemble comme Marie et Mathias, Lamia et Romain, Thierry et Marie-Aimée, Anne et Pierre-Yves.

Me Frédérique Giffard a évoqué aussi la difficulté pour certains rescapés de conserver une vie sexuelle après le traumatisme des attentats. « Un préjudice largement sous-estimé par le fonds d'indemnisation. Ça serait bien qu'un jour on prenne ce problème au sérieux »

Sans fard, Me Giffard évoque désormais la sexualité présumée des terroristes, estimant que Daech a mis en scène  leur "misère sexuelle". Elle juge en effet que la promesse d'un paradis avec 72 vierges prépubères est franchement grotesque et ridicule. Elle fait remarquer que les accusés ne se sont pas inscrits en faux face à cette à ces propositions pseudo-religieuses.

Ce sont Me Vinckel et Me Levy, avocats des parties civiles, qui ont planché sur la thématique de la mémoire. « J’ai beaucoup de mémoire, parfois trop », a ainsi écrit Nadine, mère d'une victime qui aimerait bien ne plus tout le temps y penser.Des propos rapportés par l’avocate.

Me Levy a parlé aussi des projets mémoriels mis en place par des proches pour se souvenir de leur disparu : un lieu qui porte son nom, un festival, des concerts-hommage, des prix, une association ou un fonds d'aide par exemple. Avec comme un fil conducteur , la promotion de la Culture. « Entretenir la mémoire, créer du souvenir, voici encore la difficile épreuve des proches des victimes »,selon Me Levy.

« Certains rescapés ont la mémoire ancrée dans le corps, comme Maryline qui a reçu un boulon dans le visage au Stade de France ». L’image choque.

« Deux syllabes », a lancé Me Helena Christidis. « 47 enfants ne diront plus jamais Papa, 20 ne diront plus jamais Maman. Deux enfants ne diront plus jamais ni l'un, ni l'autre ». « les anniversaires, les bougies, les rires insouciants, les câlins. Grandir, mais de façon bancale », c’est fini !
Elle évoque aussi bien sûr tous ces parents qui ont perdu leur fils ou leur fille ce soir-là et qui se retrouvent désormais "désenfantés". Expression utilisée au début du procès.

Me Christidis va jusqu’au bout de sa thématique sur les enfants en abordant aussi les "Lionceaux du Califat", ces enfants enrôlés par Daech pour devenir de futurs combattants. Elle évoque aussi les enfants des accusés qui n'ont pas, eux non plus, demandé à vivre dans ce monde.

Me Mhissen a poursuivi sur la question des enfants en évoquant le cas du « petit Amara, qui n'avait qu'un an et dix jours quand il s'est retrouvé au milieu d'une scène de guerre ». L'enfant se trouvait dans la Clio où sa tante Asta a été tuée par des balles de kalachnikov. Dix balles ont directement visé la voiture. « Aux bruits des balles a suivi le silence. Amara n'a pu commencer son suivi psychologique qu'en moyenne section ». L’enfant est pourtant pris de terreur lorsqu'il « entend des sirènes de pompiers ou une fourchette qui tombe ».

C’est ainsi que Me Thevenet va évoquer celle qu'on considère comme la 132e victime des attentats : France-Elodie qui s'est suicidée à l'automne dernier. Elle qui avait pourtant survécu à l'attaque des terrasses ne s'est jamais vraiment remise de ces attentats, a expliqué l'avocat. Elle laisse derrière elle deux enfants, âgés de 13 ans et un an. Aux accusés, l'avocat explique combien ils ont privé ces deux enfants de ce qu'ils chérissent pourtant eux-mêmes : l'amour d'une mère. Les accusés dans le box baissent la tête.

https://youtu.be/4IU_REOBVd8

Michel Zerbib

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