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Salah Abdeslam : "Je n’ai pas enclenché ma ceinture d’explosifs", la chronique judiciaire de Michel Zerbib

France.

Salah Abdeslam : "Je n’ai pas enclenché ma ceinture d’explosifs", la chronique judiciaire de Michel Zerbib
(Crédit : Twitter)

Un tribunal et les salles annexes archicombles pour entendre le terroriste vedette (si j’ose dire) avec plus d’une centaine de journalistes venus "couvrir" cette audience. En espérant comme la cour apprendre et comprendre comment le jeune Moleenbeckois est devenu le symbole tu terrorisme et d’un massacre de masse en Europe.

Dans le box vitré, Salah Abdeslam, chemise blanche et coupe soignée, se lève. Il tient à faire une déclaration spontanée:

«Je tenais à dire aujourd’hui que je n’ai tué personne, que je n’ai blessé personne, même une égratignure je ne l’ai pas fait. Depuis le début de l’affaire, on a cessé de me calomnier. "Calomniez, calomniez et il en restera toujours quelque chose" disait Voltaire*. Voilà pourquoi, on voudrait me juger aujourd’hui. Je constate que dans les affaires terroristes, les peines qui sont prononcées sont extrêmement sévères à l’égard de personnes, qui parfois n’ont pas tué, n’ont blessé personne. Je comprends que la justice veuille faire de nous des exemples. Je voudrais qu’on envoie un autre message: à l'avenir, quand il y aura un individu, qui se retrouvera dans un métro, un bus, avec une valise de 50 kg d’explosifs, et qui, au dernier moment, n'a pas envie de le faire, et bien cet individu il n’aura pas le droit. Parce qu’on va le pourchasser, l’enfermer, l’humilier, comme je le suis aujourd’hui. » Oui vous soupirez et vous aurez raison, d’autant que l’individu dira un peu plus tard sans vergogne qu’il a souffert comme les victimes !

Comme toujours c’est le président qui va le premier l’interroger sur sa plongée dans la mouvance radicale. Salah Abdeslam explique: «Le mode occidental impose ses valeurs et son idéologie au reste du monde. On le voit dans des pays arabes et musulmans, les valeurs occidentales prennent le dessus sur les valeurs islamiques. Dans des pays musulmans, il y a des bases militaires occidentales et beaucoup de musulmans sont tuées. C’est une humiliation. À l’État islamique, ils se sacrifient et moi j’admire ça.»

C’est à partir de 2012, que l’accusé soutient la cause. Petit à petit on lui apprend l’aspect spirituel et politique de la religion. Après cet apprentissage, il se positionne «pour l’État islamique, je vois comment Bachar al-Assad traite son peuple, tue des enfants, des innocents. Moi l’État islamique, je les soutiens.» Le président lui fait remarquer qu’il y avait également à l’époque l’Armée Syrienne Libre, mais pour l’accusé ce groupe combattait «pour la démocratie, ce n’est pas pareil. L’État islamique est pour l’ordre islamique.» «L’Islam triomphera de force avec ou sans nous.»

«Si je légitime ou pas? Ca dépend. Je n’en sais rien moi de ce qu’ils ont fait», prétend-t-il.

-Je ne peux pas vous répondre par oui ou non. En France, avant François Mitterrand, il y avait bien la peine de mort et les gens étaient pour, remarque Abdelsam.

-Ca ne faisait pas l’objet d’une propagande dans les médias, ce n’était pas filmé, répond agacé le président.

-Oui mais l’Etat Islamique se conforme au Coran, à la tradition islamique. Et dans le Coran, ça existe ça. Si des gens combattent l’islam, alors il y a des captifs.

-L’esclavage a été aboli dans toutes les démocraties, poursuit le président.

-Oui mais pas dans l’islam. On ne va pas changer de religion pour faire plaisir aux autres.

L’échange se poursuit, dans un débit très dense.

- Quand l’Etat islamique prépare des actions militaires en Europe, ce n’est pas pour voir le drapeau noir de l’EI se lever en Europe, c’était pour faire cesser des bombardements de la coalition, dit Abdeslam.

- Mais une opération militaire, c’est contre des militaires, pas dans une salle de concert, rappelle Jean-Louis Périès

Insolent et très à l’aise : «Monsieur le président, respirons un petit coup.»

L’échange se poursuit : «Je ne suis pas un danger pour la société.»

Interrogé sur la vidéo de son ami d’enfance et coordinateur des attaques, Abdelhamid Abaaoud, dans laquelle il tracte des cadavres à bord d’un pick-up en Syrie, l’accusé explique: «Je vois qu’il traîne des cadavres, moi je ne comprends pas. À ce moment je ne tolérais pas ce genre de comportement. Je trouvais ça insupportable.» Pas mal mais il ajoute «c’est mon frère, mon ami d’enfance. Il n’est plus là, mais j’espère que bientôt moi aussi je vais le rejoindre.» Le terroriste a été tué lors de l’assaut à Saint Denis. Etrange et inquiétante déclaration.

La première question des parties civiles est de l’avocate Me Claire Josserand Schmidt, qui lui rappelle en préambule: «Vous étiez là ce soir-là, vous étiez avec ceux qui ont causé leur drame, vous avez participé à ces faits.» Pourquoi êtes vous devenu rigoriste ?

- La peur, la crainte de celui qui vous a créé. J’ai peur de Dieu, de l’enfer, du châtiment de Dieu. Quand j’ai vu mes frères se faire massacrer en Syrie, j’ai voulu les aider, même si je n’étais pas un homme pieux, même si je n’avais pas une grande connaissance, j’ai voulu aider mes frères. J’ai eu peur de Dieu, j’ai compris que je devais agir pour la cause.

"J’ai vécu une situation que pas beaucoup de gens ont vécu. Je pense que dans cette situation, d’autres personnes peuvent se raviser, se dire moi je n’ai pas envie de faire ça. (…) Je fréquentais des cafés comme ça bien branché, je mettais une chemise, j’étais parfumé… Il y a un moment de doute pour se faire sauter.» Mais il n’a pas « enclenché ce truc ».

Pour Abdeslam des personnes qui n’ont pas tué, on ne peut pas les condamner. La cour évoque son frère, Brahim Abdeslam qui aurait été un agent «dormant» de l’Etat islamique depuis Molenbeek. «mon frère à la base n’est pas quelqu’un de violent.» Puis il poursuit: «Je suis sûr et certain qu’en Europe il y a des gens qui ont prêté allégeance à l’EI, discrets maintenant et qui vont s’activer à un moment.»

Michel Zerbib

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