La Radio Juive

« Nous ne plaidons pas pour l’acquittement mais pour une peine plus juste », la chronique de Michel Zerbib

(Crédit : Twitter)

On continue ce matin à raconter la façon dont les avocats de la défense tentent de trouver des raisons atténuantes en dépit des lourdes charges qui pèsent sur leurs clients .C’est Karim Laouafi, pour la défense de Muhammad Usman, qui se présente à la barre. Comme l’Algérien Adel Haddadi, Muhammad Usman aurait été missionné pour commettre une attaque-suicide en France. Il est jugé pour “association de malfaiteurs terroriste criminelle” et risque lui aussi vingt ans de prison, peine requise vendredi par le Parquet antiterroriste, assortie d’une période de sûreté des deux tiers.

« Je vais vous faire une confidence, commence Me Laouafi, . Je me suis complètement planté, toute la défense de Muhammad Usman s’est planté sur ce que l’on attendait des réquisitions. »

L’avocat critique le réquisitoire, qui a notamment évoqué une vidéo utilisée comme preuve de guerre montrant Usman au combat en Syrie et qui fait débat « Muhammad Usman a été interrogé, il a toujours été constant, il n’a jamais exécuté personne, affirme l’avocat. “Quand a été filmée cette vidéo ? On ne sait pas. Où a été filmée cette vidéo ? On ne sait pas. Je ne dis pas que c’est un deep fake, je dis que dans un procès pénal on ne peut pas l’utiliser. » 

L’avocat montre une capture écran de cette vidéo, imprimée sur une feuille A4, sur laquelle on voit un homme de profil, dans un environnement très sombre. Il fait remarquer que l’individu a des cheveux, contrairement à son client. « Cet homme ressemble plus à un avocat de la défense », remarque -t-il en faisant sourire l’auditoire.

L’avocat fait un sort à la notion de dissimulation (Takkya double jeu) de sa religion, dont il a également beaucoup été question lors du procès au sujet de son client. « Pour faire monter la mayonnaise, ça le ministère public est très fort ! s’agace l’avocat. Je suis pas là en train de vous plaider un acquittement ou une peine aménageable donc mon client n’a aucune raison d’être dans la dissimulation ! »

« Si Muhammad Usman a encore du mal à expliquer certaines choses, le fait est que depuis le début de la procédure, il a toujours cherché à s’expliquer », rappelle son avocat . Il note que son client a aujourd’hui une parole « explicative » et non plus « idéologique ». « Il a accepté la procédure, à aucun moment il ne s’est présenté comme djihadiste, ça devrait être un élément à décharge ça ! « Je vais couper court à tout suspense, nous n’allons pas plaider l’acquittement. Monsieur Usman a séjourné en Syrie, il y a un dessein criminel en France quand bien même il ait demeuré inachevé, l’association de malfaiteurs terroriste est caractérisée mais ce qui est injustifié ici c’est qu’on vous réclame le maximum légal, expose l’avocat.

« Un autre point où tout le monde est d’accord dans cette salle c’est qu’il y aura un avant ce procès. La tristesse inouïe des accusés, la tristesse inouïe des victimes, nous l’avons bu jusqu’à la lie, insiste l’avocat. On vous demande l’exemplarité, ça ne veut pas dire la sévérité. »

Adel Haddadi, Algérien de 34 ans, est lui aussi soupçonné d’avoir été missionné en Syrie par Oussama Atar, le cerveau des attentats, pour commettre une attaque-suicide en France. Il est jugé pour “association de malfaiteurs terroriste criminelle” et risque vingt ans de prison, peine requise vendredi par le Parquet antiterroriste, assortie d’une période de sûreté des deux tiers.

Maitre Simon Clémenceau : « Adel Haddadi a une position singulière. Il a reconnu les faits, il a coopéré, relève son avocat en détachant les mots. Et pourtant on l’a peu écouté. Ses déclarations ont permis d’accéder à la vérité judiciaire » » Il égrène : les passeurs, les faux passeports, éléments sur lesquels l’accusé a apporté un éclairage. « Et pourtant on a eu de cesse de l’interroger sur ce dont on ne l’accuse pas », juge l’avocat. 

« Vous ne pouvez pas passer sous silence qu’Adel Haddadi a permis d’identifier le cerveau des attentats, répète l’avocat. Monsieur le président, mesdames et messieurs de la cour, vous n’écrivez pas l’histoire, vous décidez de l’avenir de ces accusés. C’est le destin d’un homme, de celui-là que vous avez entre les mains. » Même du coté des parties civiles ce mercredi , on a trouvé du talents à ces robes noires qui ont fort à faire pour défendre ces hommes dans le box.

Michel Zerbib

LE 16-06-22 - 09:47