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Retour sur le « procès bis » du 13 novembre qui s’est ouvert à Bruxelles la semaine dernière, la chronique de Michel Zerbib

Deux procès pour un dossier tentaculaire ! La justice belge se saisit à son tour du dossier des attentats jihadistes du 13 novembre 2015. Alors que la cour d’assises spéciale de Paris juge depuis sept mois 20 accusés, dont le seul survivant des commandos, Salah Abdeslam , ce tribunal doit établir les responsabilités de 13 autres hommes et une femme. Ils comparaissent à Bruxelles pour avoir apporté une aide, même minime, aux terroristes.  

Un deuxième procès parce que les attaques en France, revendiquées par le groupe Etat islamique, ont été préparées en bonne partie depuis le territoire belge, où la cellule jihadiste disposait d’une demi-douzaine de planques. Les personnes mises en cause dans cette procédure ont été écartées de celle instruite en France. En effet, elles sont soupçonnées de faits d’une gravité moindre que ceux jugés en ce moment par la cour d’assises spéciale de Paris. Douze prévenus comparaissent d’ailleurs libres à Bruxelles. Les deux autres sont jugés par défaut car donnés pour mort en Syrie.  La plupart gravitaient dans l’entourage de Salah Abdeslam et d’Abdelhamid Abaaoud, le coordinateur des attentats parisiens, et des deux frères El Bakraoui, les cousins du « cerveau » des attaques, Oussama Atar, qui se sont fait exploser dans le métro et à l’aéroport de Bruxelles le 22 mars 2016.

Onze hommes – dont Youssef Bazarouj, présumé mort– doivent répondre de « participation aux activités d’un groupe terroriste », ce qui leur fait encourir jusqu’à cinq ans de prison. L’un d’eux, Abid Aberkane, est jugé pour avoir caché Salah Abdeslam dans la cave du domicile de sa mère, à Molenbeek, près de Bruxelles, les derniers jours précédant l’arrestation du jihadiste français, le 18 mars 2016. Un autre, Youssef El Ajmi, a accompagné deux fois son ami Ibrahim El Bakraoui à l’aéroport à l’été 2015, d’abord à Amsterdam-Schiphol puis, un mois plus tard, à Paris-Charles-de-Gaulle.

C’est là aussi tout l’enjeu de ce procès Selon l’accusation, Youssef El Ajmi ne pouvait ignorer qu’Ibrahim El Bakraoui voulait à tout prix rejoindre la Syrie à partir du sol turc. Michel Bouchat, avocat de l’un des prévenus à l’AFP. Parmi les prévenus figure aussi Ibrahim Abrini, le frère de Mohamed Abrini, « l’homme au chapeau » des attentats de Bruxelles, jugé à Paris. Il est poursuivi pour avoir fait disparaître des éléments compromettants pour le groupe terroriste – dont un ordinateur  Un autre suspect, considéré par l’accusation comme le « dirigeant » de ce groupe, encourt, lui, jusqu’à quinze ans ferme. Il s’agit du deuxième prévenu jugé par défaut, le Belgo-Ivoirien Sammy Djedou. Il serait mort en Syrie, où il comptait parmi les hauts responsables de l’Etat islamique. La seule femme du dossier – pour la fourniture de faux papiers aux membres de la cellule à l’origine des attentats de Paris et Bruxelles. Il s’agit de Meryem El Balghiti, soupçonnée d’avoir épaulé son époux Farid Kharkhach, jugé à Paris, dans la confection et la délivrance de ces faux papiers.

Sept personnes se sont constituées parties civiles au procès, contre plus de 2 000 dans la procédure française. Le procès qui se déroule à l’ancien siège de l’Otan, rebaptisé « Justitia », est placé sous haute protection policière. Il doit se poursuivre jusqu’au 20 mai à raison de deux ou trois journées d’audience par semaine. Sauf imprévu, le tribunal compte rendre son jugement le 30 juin au plus tard, soit quelques jours après le verdict du procès parisien, qui est attendu pour le 24 juin. La justice belge n’en aura pas fini avec le dossier des attentats puisque le procès des attaques de Bruxelles, qui ont fait 32 morts et plus de 300 blessés, doit s’ouvrir en octobre prochain au Justitia. Six des 20 accusés du procès à Paris y seront: Salah Abdeslam, Mohamed Abrini, Sofien Ayari, Osama Krayem, Oussama Atar (jugé par défaut car présumé mort en Syrie) et Ali El Haddad Asufi. Daesh continue à mener l’Europe d’autres attentats , d’où l’importance de ce petit procès bis pour dissuader les futurs candidats au crime terroriste.

Michel Zerbib