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La juge belge démonte les arguments des accusés, la chronique judiciaire de Michel Zerbib

Durant la première partie de l’interrogatoire, la juge Isabelle Panou a chargé plusieurs accusés. Ce qui allait inévitablement entraîner, de la part des avocats de la défense, un contre-interrogatoire musclé. On pense notamment aux avocats de Salah Abdeslam, représenté par Me Ronen et Me Vettes, Mohamed Abrini (Me Violleau et Me Eskenazi), et à ceux de Yassine Atar (Me Kempf et Me Saint-Palais).

Interrogée par une avocate sur le fait que Salah Abdeslam a affirmé au procès avoir renoncé à se faire exploser le 13-Novembre, la juge remarque que pour la justice belge, « il se balade avec une ceinture explosive au cœur de Paris… alors a-t-il renoncé, pas renoncé ? L’acte de participation est en tout cas avéré. »

La magistrate commente le voyage jusqu’à Paris de Mohamed Abrini, dans le convoi des terroristes, avant de revenir précipitamment à Bruxelles juste avant les attaques : « faire 300 kilomètres avec trois voitures, des explosifs, des armes. Il prend tout de même des risques inconsidérés pour dire, soit-disant, au revoir à quelqu’un à qui il a déjà dit au revoir ! Et je remarque qu’il n’avait pas d’argent pour le retour, et il est rentré… en taxi ! répond , ironique la juge.

Considéré comme un des logisticiens du commando, ce dernier est accusé d’avoir loué des voitures en vue des attentats et d’avoir loué, sous une fausse identité, des planques pour la cellule djihadiste. « Quand on dit qu’il a travaillé, ce n’était pas à la vente d’électroménager ? » demande ironiquement Me Gérard Chemla, avocat de parties civiles. « Non, il a été utilisé pour désigner la fabrication d’explosifs », répond la magistrate belge.  Me Chemla passe au cas de Salah Abdeslam. « Mohamed Abrini nous a expliqué que Salah Abdeslam n’avait pas, au départ, l’intention de participer aux attentats du 13-Novembre, mais la volonté de partir en Syrie avec Ahmed Dahmani Isabelle Panou précise qu’elle n’était pas au courant de cette volonté du principal accusé d’aller en Syrie.

Confrontation musclée ; Me Judith Lévy, s’étonne « de l’exercice auquel on assiste aujourd’hui, j’ai l’impression d’avoir assisté depuis trois heures à une distribution de bons et de mauvais points, selon vos convictions qui vous sont, parfois, chevillées au corps », commente d’emblée l’avocate.

Sa question concerne le rapport de la police des polices belge sur les failles de l’enquête Les éléments n’étaient pas très puissants, en février 2015, avant les attentats. (…) C’est extrêmement facile de refaire l’histoire après coup », lance Isabelle Panou. L’accusé prend la parole. Voici en substance ce que dit Kharkash : « J’étais en pleurs, et même aux urgences juste avant. Je ne remets pas en cause le travail de la juge, mais c’était une stratégie pour les enquêteurs de mettre la pression pour obtenir des aveux. On m’a menti, on m’a demandé de collaborer, de reconnaître le mot radical. Je ne savais même pas ce que signifiait ce mot » veut convaincre l’accusé. « Il pouvait se taire, il ne l’a pas fait » en guise de réponse de la juge. « Votre audition, c’est un peu retour vers le futur. Vous nous avez dit la même chose. Entre votre premier passage le 14 septembre (2021) et aujourd’hui, il ne s’est rien passé. » assène Maître Vettes avocat d’Abdeslam. « Je suis venue avec les connaissances du dossier. Personnellement, j’ai tourné la page du terrorisme. Mais si les failles étaient si béantes, je m’étonne qu’on ne me l’ait pas signalé durant les cinq années d’instruction. » rétorque la juge Panou.

L’avocat de Yacine Attar s’adresse à la juge, il veut ainsi insister sur le fait que c’est son client qui a fait cette demande de vérifier ses téléphones : « pensez-vous que quelqu’un qui expose sa vie puisse avoir une volonté de dissimulation ? » La magistrate belge y croit pourtant !

« Excusez-moi, mais je suis ici en tant que témoin, j’aimerais que le ton diminue. Vous pouvez reprocher énormément de choses à l’instruction, mais ça peut se faire de manière cordiale. » Le président, qui reprend régulièrement cet avocat lors de ses questions, la défend.

L’avocate de Mohamed Bakkali, elle, rappelle que son client s’était présenté de lui-même aux forces de l’ordre belges : « Ce n’est pas légion, mais ça arrive, notamment dans des affaires criminelles. Mais on se présente à la police, et on est exonéré de toute responsabilité… ce serait un peu simple ! », commente la juge, qui ne se laisse pas démonter ! C’est elle qui aura eu le dernier mot.

Michel Zerbib