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Le procès va enfin reprendre pour entendre l’homme au chapeau Abrini, la chronique de Michel Zerbib

Après deux faux départs, le procès devrait reprendre pour de bon . Suspendue pendant deux semaines à l’occasion des fêtes de fin d’année, l’audience devait reprendre ce lundi. Mais Salah Abdeslam, le principal accusé, a été testé positif au Covid-19 le 27 décembre Le 6 janvier, la cour d’assises spécialement composée avait renvoyé, le temps de soumettre Salah Abdeslam, qui n’était pas vacciné pour «raisons personnelles», à une contre-expertise médicale. Le seul membre encore en vie des commandos meurtriers «est actuellement guéri» et «depuis le 3 janvier 2022, en application des recommandations en vigueur les plus récentes, il est apte sur le plan médical et sanitaire à assister aux audiences de la cour d’assises», a conclu le rapport.

Selon les deux experts qui signent cette contre-expertise, un infectiologue et un pneumologue, Salah Abdeslam a présenté une infection au Covid le 24 décembre 2021. Il avait été testé positif trois jours plus tard. «Au regard de la maladie infectieuse dont il a été porteur, aucune mesure médicale ne doit être prise en dehors d’un traitement symptomatique, traitement qui lui a été prescrit», ajoutent les deux experts. «Un strict respect des mesures barrières s’impose à lui lors de la reprise des audiences, mais indépendamment de l’infection qu’il a présentée», soulignent-ils. «La persistance d’une PCR positive plus de 10 jours après le début des symptômes chez un patient immunocompétent, vacciné ou non et ayant présenté une forme peu ou modérément symptomatique d’infection à SARS-CoV-2, ne correspond pas à une excrétion de virus viable et n’est donc pas associée à une contagiosité», ont-ils insisté.

Grand ami d’enfance de Salah Abdeslam, ce Belge de 36 ans est passé, en à peine un an, de délinquant multirécidiviste à terroriste radicalisé. 

Lors de son interrogatoire de personnalité devant la cour d’assises spéciale de Paris, Mohamed Abrini est revenu sur sa vie d’avant. Avant qu’il ne transporte les frères Abdeslam de Bruxelles à Paris, le 12 novembre 2015. Avant d’accompagner les deux kamikazes, le 22 mars 2016, à l’aéroport de Bruxelles-Zaventem. Cette vie d’avant commence par « une enfance normale, comme beaucoup de familles ont eu la chance d’avoir », a décrit ce Belge de 36 ans derrière la vitre de l’immense box de verre, tout près de son « pote » Abdeslam. 

Moins médiatique que son acolyte de Molenbeek, Mohamed Abrini n’en fait pas moins partie des accusés de premier plan dans le procès des attentats du 13 novembre 2015. Il encourt la prison à perpétuité. « On n’est pas sortis du ventre de nos mères avec une kazakh à la main : on a été des enfants », avait-t-il tenu à rappeler. L’homme a un visage rond et le teint blafard, après plus de cinq ans en détention, en Belgique puis « à la merveilleuse prison de Fresnes », où il a été transféré début juillet, en vue du procès.

Né le 27 décembre 1984 à Berchem-Sainte-Agathe, une petite commune de Bruxelles, il est le deuxième d’une fratrie de six enfants. Ses parents sont Marocains mais lui n’a que la nationalité belge, comme il a tenu à le rappeler face à la cour. A Molenbeek, il a grandi sans manquer de rien. 

Entre les cambriolages et les allers-retours en prison, il a exercé quelques petits boulots en intérim, en tant que technicien de surface ou serveur chez Quick… 

Il fume du cannabis, boit, sort beaucoup dans les discothèques et fréquente assidûment les casinos. Partout en Europe Et de commenter, à propos de cette période : « J’ai eu plus que ma part de bonheur. »

A Molenbeek tout le monde se connait Mohamed Abrini occupe un rôle central dans la bande de ceux qui deviendront de futurs terroristes. Ses voisins et amis les plus proches s’appellent Abdelhamid Abaaoud (coordinateur des attaques du 13-Novembre),Ahmed Dahmani (emprisonné en Turquie et soupçonné d’être un logisticien de la cellule jihadiste) et bien sûr les frères Brahim et Salah Abdeslam. Le bar Les Béguines, géré par Brahim Abdeslam (le kamikaze du Comptoir Voltaire) est vite devenu le centre de tous les trafics, où l’on vendait et consommait du cannabis sans se cacher. Mohamed Abrini y passe presque tous les jours.

Un événement déterminant va venir bousculer Mohamed Abrini et le faire basculer dans la radicalisation. Alors qu’il est de nouveau incarcéré de janvier à septembre 2014, il apprend, une semaine avant sa sortie, que son petit frère Souleymane a été tué en Syrie, après être parti combattre auprès d’Abdelhamid Abaaoud. Le directeur de la prison lui demande d’appeler sa famille. Dès lors, il n’a plus qu’une obsession : partir lui aussi en Syrie. Lui qui ne connaissait pas grand-chose à la religion se met à lire le Coran, fréquente régulièrement la mosquée de son quartier et commence à s’intéresser de près au jihad.

A la sandwicherie, il convie de plus en plus souvent les frères Abdeslam et Ahmed Dahmani.

En novembre 2014, il envoie plusieurs SMS à sa fiancée, dans lesquels il livre sa haine des non-musulmans et ne cache pas sa volonté de partir faire le jihad « Je vais me battre pour défendre la cause du Tout puissant ».

Du 23 juin au 17 juillet 2015, il effectue un voyage en Turquie, lors duquel il passe la frontière syrienne. Il reste neuf jours dans le pays, dont trois dans la ville où repose la dépouille de son frère. Le reste du temps, il est à Raqqa, où viennent régulièrement le voir Najim Laachraoui, l’un des kamikazes des attentats de Bruxelles, et Abdelhamid Abaaoud.

C’est finalement en France que le délinquant désormais radicalisé va jouer un rôle central, au côté de la cellule jihadiste responsable des attaques de Paris et Saint-Denis, le 13 novembre 2015. Au cours des jours précédant les attentats, il multiplie les allers-retours avec les frères Abdeslam pour réserver les planques des futurs commandos.  

Le 11, il est filmé dans une station-service de l’Oise, au nord de Paris, avec Salah Abdeslam, au volant de la Clio qui a servi deux jours plus tard à commettre les attaques. Le 12, dans l’après-midi, il participe au « convoi de la mort »

Deux jours après les attentats, sa photo circule partout. Le 24 novembre, il fait l’objet d’un mandat d’arrêt international. Mohamed Abrini débute alors sa cavale, qui durera plus de quatre mois. 

 Mohamed Abrini, Najim Laachraoui (l’un des kamikazes de Bruxelles) et Osama Krayem (soupçonné d’avoir renoncé à se faire exploser à la dernière minute lors des attentats de Bruxelles), rejoignent une dernière planque, d’où ils partiront pour commettre les attentats à Bruxelles et Zaventem en mars 2016.

Lors de son arrestation, le 9 avril, Mohamed Abrini a reconnu être « l’homme au chapeau » qui poussait une bombe sur un chariot ce jour-là. Sa cavale aura duré trois semaines de plus que celle d’Abdeslam et s’est achevée à Anderlecht, à quelques kilomètres de la dernière planque de son ami d’enfance. On apprendra peut être autre chose tout a l’heure au tribunal.

Michel Zerbib