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Haddadi et Usman auraient dû faire partie des commandos du 13 novembre, la chronique de Michel Zerbib

Le procès historique et hors normes avance dans sa connaissance des accusés, de leurs parcours, engagements, missions et implications parfois plus directes que l’on imagine avec les commandos du 13. Et c’est l’occasion de mettre l’accent sur la coopération européenne, la police autrichienne et demain la police belge (mais à distance, par vidéo au grand dam de la défense). Mais hier l’enquêteur autrichien a bien fait le déplacement .
Costume gris, cravate noire, chevelure argentée, le policier qui se présente à la barre, se prénomme Thomas. Il est entouré de deux interprètes, ce qui va rendre l’audience un peu difficile. Il est venu, ce mercredi, raconter au procès du 13-Novembre les auditions dans son pays de deux des accusés de ce procès :Adel Haddadi et Mohamed Usman interpellés à Salzbourg le 10 décembre 2015, dans un foyer de réfugiés.  

Pour lui, incontestablement, Haddadi l’Algérien et Usman le Pakistanais auraient dû faire partie d’un commando parisien selon les enquêteurs. Ils étaient partis de Syrie début octobre 2015 avec les deux Irakiens qui se sont fait exploser au Stade de France.
C’est donc en Autriche que leur chemin s’était arrêté , le 15 novembre 2015. Au surlendemain des attentats parisiens, le commanditaire présumé leur a ordonné de se terrer quelque temps en Autriche, plutôt que de poursuivre leur mission. 
Thomas est l’un des enquêteurs qui les a interrogés, à de multiples reprises. Au total, il y a eu 14 auditions pour Haddadi, sept auditions pour Usman.

Après avoir gardé ensuite le silence pendant quelques auditions, Haddadi a finalement rappelé les enquêteurs, en leur disant qu’il avait. Et il a donné sa vérité, un départ en Syrie dès février 2015. Il a fourni des détails sur l’entraînement au califat, les prières en fonction du lever du soleil, et la manipulation des armes comme l’AK-47, la kalachnikov. Puis il a fondu en larmes : Muhammad Usman le Pakistanais n’affichait aucune émotion  » il a dit qu’il se rendait en France pour tuer  » et « devait faire tout ce que Abou Ahmad, qui est le nom de guerre d’Oussama Attar le commanditaire des attentats, accusé mais présumé mort en Syrie, disait ».

Une assesseuse lui a demandé qui était le meneur, et qui était le suiveur dans le couple Usman-Haddadi ? Usman bien sur dit le policier. Dans son box, Adel Haddadi écoute et regarde. Muhammad Usman baisse la tête. D’ailleurs ,Muhammad Usman qui souvent semble somnoler à son procès. Maitre Didier Seban, avocat de parties civiles demande comment ces deux-là ont réagi quand les Autrichiens leur ont parlé du nombre de victimes des attentats ? Ni compassion ni regrets, assure l’enquêteur. 
Des avocats de la défense ont bien essayer de limiter les dégâts
L’une des avocates d’Adel Haddadi, s’est levée pour sa défense. Son client conteste une partie de ce qu’il vient d’entendre, ainsi que les conditions dans lesquelles ont été recueillis ses propos en Autriche. Là-bas, elle critique le fait qu’Haddadi n’ait pas eu d’avocat et donc n’a pas pu se défendre .

L’ avocat de Muhammad Usman explique le problème pour l’audition autrichienne de son client pakistanais: Usman parle ourdou, le dialecte officiel du Pakistan.Mais il a été interrogé par un indien fulmine l’avocat. Les avocats de la défense font montre de leurs talents oratoires mais c’est déjà difficile pour leurs clients.

Vous savez que les avocats des accusés sont choisis parmi les meilleurs . Beaucoup sont d’anciens secrétaires de la conférence du stage, des avocats élus chaque année par leurs pairs lors d’un concours d’éloquence. C’est par ce truchement que la plupart d’entre eux sont devenus les défenseurs des accusés de ce box, comme dans toutes les affaires de terrorisme de ces dernières années. C’était le cas l’an dernier pour les accusés des attentas de Charlie Hebdo, de Montrouge et de l’hypercacher. Oui la France est vraiment un pays de droit !

Michel Zerbib