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Nir Hefetz, la pièce maitresse de l’accusation dans le procès Netanyahou

Nir Hefetz : c’est le nom que l’on va entendre très souvent pour les deux semaines à venir dans les médias israéliens. Nir Hefetz est un ancien journaliste, devenu en 2009 le chargé de communication du centre national d’information, en gros le porte-parole de l’Etat, avant de devenir celui de la famille Netanyahou. Lors de l’enquête sur les agissements de l’ancien chef du gouvernement israélien, il a été entendu comme témoin, puis comme suspect. Au fil des interrogatoires, Nir Hefetz, qui avait commencé par garder le silence, a fini par accepter de parler, en échange de l’immunité. C’est ce qui s’appelle le « témoin pour l’Etat », qui existe aussi en droit anglo-saxon. Si Nir Hefetz a pu obtenir ce statut, c’est parce que les services du procureur ont estimé qu’ils avaient là une chance inespérée de prouver la culpabilité de Benyamin Netanyahou. Hefetz, durant près de huit ans, a été l’un des plus proches conseillers de l’ancien Premier ministre, celui qui était de tous les secrets, à l’exception peut-être des affaires relevant de la sécurité de l’Etat. Mais surtout, celui qui était l’homme de confiance de Benyamin Netanyahou avait gardé des enregistrements de toutes ses conversations téléphoniques. Hefetz était au plus près de l’ancien chef du gouvernement pour tout ce qui touchait à sa communication politique et à son image médiatique, l’obsession numéro un de Benyamin Netanyahou, selon lui.

Ce qui rend évidemment son témoignage intéressant dans le dossier 4000 ou dossier Bezeq-Walla, la plus grave des trois affaires qui forment le procès en cours, et pour lequel Benyamin Netanyahou est accusé d’avoir favorisé une fusion acquisition d’un groupe de communication, en échange d’une couverture médiatique favorable. Or, Nir Hefetz est censé avoir été le principal intermédiaire, le porteur de messages entre Benyamin Netanyahou et Shaul Elovitch, le propriétaire du groupe Bezeq Walla. Comme lorsque ce dernier demande au Premier ministre d’accélérer les formalités de validation de son achat de l’opérateur de télévision Yes, avant les élections de 2015. Ce qui pour l’accusation doit permettre de prouver que Benyamin Netanyahou est intervenu pour permettre la réalisation d’une transaction commerciale et ensuite qu’il en a tiré avantage. C’est le cœur de la charge de corruption, dont il est accusé.

Le ministère public va donc devoir prouver que l’ancien Premier ministre a bien bénéficié d’articles favorables sur le site Walla pour améliorer son image et sa cote de popularité, mais surtout il lui faudra prouver que l’accusé savait que c’était la contrepartie de son intervention personnelle pour faciliter l’acquisition par Shaul Elovitch de la société de télévision Yes, et ainsi établir la corruption. Cela passe par le témoignage de Nir Hefetz, qui doit non seulement rapporter des faits dont il a été le témoin, mais avec le plus de détails possibles sur le comportement de l’accusé, mais aussi de son épouse et de leur fils Yaïr, ce qui fait évidemment le miel des médias, qui rendent compte de l’audition du témoin pour l’Etat.

Mais c’est justement parce qu’il est la pièce centrale de l’accusation que le témoignage de Nir Hefetz est aussi sensible. Selon qu’il sera considéré crédible ou problématique par les juges, il aura un poids déterminant dans leur décision. C’est pourquoi, quand le relais passera à la défense, les avocats de Benyamin Netanyahou feront tout pour démonter le témoignage de son ancien homme de confiance.

Pascale Zonszain