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Salah Abdeslam, plus qu’un petit délinquant minable ? La chronique de Michel Zerbib

Dans ce box transparent mais anti balles , Abdeslam est celui qui attire l’attention. Son statut d’unique survivant des commandos du 13-Novembre l’a projeté sur les devants de la scène . Muet  pendant cinq ans et demi, le Franco-Marocain de 32 ans désormais ne se tait plus. Au contraire, même : des quatorze hommes assis sur les bancs des accusés, il est le plus bavard. Il ne se renie en rien. Et en fait des tonnes.

Son ancien avocat belge l’avait qualifié de « petit con à l’intelligence d’un cendrier vide » qui n’a lu du Coran que son interprétation sur internet. Salah Abdeslam se veut aujourd’hui théoricien du djihad  , présentant les attaques de Saint-Denis et Paris comme une réponse aux opérations françaises en Syrie ou appelant au « dialogue » pour éviter de nouveaux attentats.( je vous l’ avais raconté ) 

Abdeslam est notamment jugé pour « meurtres et tentatives de meurtres en bande organisée et en relation avec une entreprise terroriste ».  Son prosélytisme s’exerce jusqu’en prison. Depuis sa cellule de Fleury-Mérogis , il partage, dit on , avec ses codétenus ses lectures salafistes ou wahhabites. Il se voit comme un gourou !

Délinquant, condamné pour des délits routiers, des violences et un cambriolage raté. Ses proches parlent surtout de lui comme d’un gros fêtard, buveur, fumeur, amateur de jeux d’argent et de filles et les prières sont rares . Un gars de Molenbeeck.

Comme neuf autres accusés sur le banc , Salah Abdeslam a passé sa vie là. La commune bruxelloise est connue pour être  un foyer d’islamistes radicaux. C’est ici que l’assassin du commandant Massoud a vécu. A Molenbeeck qu’ont été planifiés en partie les attentats de Casablanca en 2003. 

Les parents, originaires du Maroc, sont tous deux nés en Algérie française. Une famille , parait il  ouverte et libérale, pas portée sur la religion »,

« Ce n’est pas du tout une famille radicalisée. La maman est une bonne vivante. Le papa, un très bon vivant. » dit un de ses amis d’enfance.

En classe, Salah Abdeslam brille par son absence. Il décroche de justesse un bac électrotechnique et entre à son tour à la Stib (transports belges comme son père). Il est licencié au bout d’un an et demi, après son placement en détention préventive pour le braquage raté d’un garage automobile avec son ami Abdelhamid Abaaoud. Les deux garçons ont grandi ensemble, et sont devenus inséparables dans la rigolade comme dans les mauvais coups. 

Salah est incarcéré un mois. Il devient gérant du café que son frère Brahim a ouvert. Dans cet établissement, on  consomme abondamment de la drogue aussi. Et bientôt de la propagande jihadiste à flots. Abdelhamid Abaaoud est parti rejoindre les rangs du groupe État islamique en Syrie.

Salah Abdeslam a envie de le rejoindre mais il n’ira jamais en Syrie contrairement à Brahim, un aller-retour express, le temps d’un entraînement au tir. Les deux frères arrêtent l’alcool et se mettent à la religion. À l’été 2015,  Salah sillonne l’Europe pour récupérer douze jihadistes arrivés clandestinement de Syrie. Son ami Abaaoud fera de lui un factotum dans l’organisation des attentats de Paris et Saint-Denis dont il est le coordinateur. 

Comme on le sait, le 13 novembre 2015, après avoir déposé les trois terroristes du Stade de France, Salah Abdeslam abandonne son gilet explosif et demande à deux amis molenbeekois de venir le chercher. Il est donc le seul membre des commandos à ne pas être allé en Syrie et à être vivant.

« J’aurais voulu être parmi les martyrs […] J’aimerais juste pour l’avenir être mieux équipé. » Mais aux enquêteurs belges qui l’interrogent en mars 2016 après son arrestation, il affirme avoir voulu se faire exploser au Stade de France, avant de changer d’avis ou d’avoir eu peur. Six ans après, le mystère demeure sur ses intentions. La cour d’assises spéciale a encore sept mois pour le découvrir. Nous allons continuer à suivre également le procès des assassins de Mireille Knoll qui reprend ce mardi matin à 9h30.

Michel Zerbib