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« Hugo c’était mon fils, mon confident, ma parcelle d’éternité », la chronique de Michel Zerbib

Il faut bien choisir de le cadre de cette chronique parmi les extraordinaires récits des parties civiles. Des récits  qui nous disent beaucoup aussi sur notre pays ,sur ses forces, ses grandeurs, sa jeunesse, ses crainte et ses espoirs. À l’écoute de ces victimes, on continue à apprendre et à espérer.

Stéphane Sarrade, 56 ans est un chercheur au centre d’énergie atomique. Il est venu pour parler de son fils de 23 ans tué au Bataclan de deux balles au niveau de l’artère fémorale. Un portrait de lui s’affiche sur les écrans de la salle d’audience. Hugo « c’est d’abord son sourire… une vie pétrie d’empathie, attentif à la misère du monde. »

Stéphane avait parlé de ce sentiment obscurcie son fils, que sa vie serait plus courte, sans doute déjà trop affecté par la marche du monde.

Mais Hugo était aussi un étudiant en master  informatique, passionné de musique, un guitariste qui avait crée un groupe avec lequel il avait écumé les festivals. Parfois il avait besoin d’aller seul en concert, c’est ce qu’il fera ce funeste 13 novembre.

Stephane et son fils étaient aussi fous du Japon ou ils voyageaient ensemble « Hugo c’était mon fils, mon confident, ma parcelle d’éternité », nous dit il des sanglots dans la voix et son petit accent du sud. Hugo parlait avec lui des difficultés qu’il avait vécues lors du divorce de ses parents, de ses soirée joyeuses et alcoolisées.

D’ailleurs « le jour ou il serait libéré de tous ses démons, il devait se faire tatouer les deux signes de jiu, traduisant le mot liberté en japonais. Et justement deux semaines avant les massacres, Hugo s’était fait tatouer ces deux signes sur son torse, raconte son père qui, un an plus tard, ira retrouver la tatoueuse au Japon pour s’y  faire les mêmes signes sur sa peau « il est parti libre », se dit Stéphane.

« T’inquiète pas papa , on se retrouve dans 15 jours », ça  sera  son dernier coup de fil. Et son dernier sms le soir des attentas « ça sent la bière , super ambiance, à toute à l’heure ». Il n’y aura plus de toute à l’heure. Et plus de nouvelles, l’attente atroce de nouvelles. Stéphane allume la télévision, les réseaux sociaux, regarde les images des victimes ensanglantées espérant y voir son fils ; il envoie frénétiquement des sms puis se dit que s’il est otage, il vaut mieux arrêter « j’arrête de te contacter , rappelle moi ». Ce sera son dernier message. « Le 14 novembre a été la plus longue journée de ma vie ». Il oscille entre espoir « un poison puissant (Pas lui , pas ça!) » et désespoir.

Un journaliste à la télévision annonce sans ambages que c’est un massacre, ils sont tous morts. Pour Stéphane c’est le début du cauchemar mais il espère encore.

« Pour la première fois , je me suis senti vieux , j’ai senti quelque chose se casser en moi ; j’ai hurlé de désespoir », Stéphane nous raconte la terrifiante épreuve de l’ identification de la victime , de son fils. « Il souriait   comme un enfant malade », le médecin dit « vous avez de la chance car vous allez voir Hugo » la chance ? Car bien des des victimes ne sont pas montrables. Alors Stephane voit le corps de son enfant avec les deux trous rouges. Il pense au poème de Rimbaud, le dormeur du val « il a deux sous rouges sur le coté ». Il se souvient du « ballet macabre des cercueils » à la sortie de l’institut médico légal. Hugo partait pour Montpellier.

Stephane nous dira son travail admirable dans les universités contre la radicalisation « face à ceux qui se revendiquent Daesh », lance- t- il à l’endroit d’a Abdeslam « jusqu’à à mon dernier souffle , moi aussi je serai un combattant, celui du savoir et de la connaissance ». Six ans après ce papa tente de se relever « le deuil est un chemin dont on ne connait pas la destination », « j’ose espérer qu’il est parti vite en sachant que nous l’aimions ». Son regret éternel « lui avoir offert les billets de ce putain de concert ».

Il faut dire que les audiences jeudi sont marquées par les questions de plus en plus pressantes des familles : pourquoi la France n’a pas pris aux sérieux les menaces qui pesaient sur le Bataclan après un attentat en Egypte 2009. Nous y reviendrons largement dans nos prochaines chroniques.

Michel Zerbib