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Caroline Fourest: « Je pense que tout le monde est ému et pas seulement la communauté juive »

L’essayiste et chroniqueuse pour LCI, Caroline Fourest était l’invitée de Shlomo Malka, ce dimanche matin dans Le quatre-quarts politique (10h), sur Radio J. A quelques heures de la manifestation prévue à 14h, ce dimanche 25 avril, elle réagit au verdict de la Cour de cassation dans l’affaire Sarah Halimi. 

Caroline Fourest parle d’une grande émotion à l’idée que le meurtrier de Sarah Halimi puisse peut-être marcher librement dès la semaine prochaine, « ce serait terrible et très inquiétant ». 

Le débat sur le discernement lui paraît nécessaire surtout parce que la France est une démocratie, mais pour elle, il n’y a pas de doute sur la nature du crime. Il s’agit bel et bien d’antisémitisme : « Pourquoi quand quelqu’un croit être poursuivi par le démon et qu’il voit une Torah, pense que le démon est en face de lui ? » Il s’agit d’un conditionnement et que même si la personne peut avoir un épisode psychotique, il n’empêche qu’elle commet un crime antisémite. Priver d’un procès a aussi privé d’examiner les origines de ces conditionnements. D’autres crimes terribles ont eu lieu, mais ils ont bénéficié d’un procès. Le problème n’est donc pas un problème de loi, mais plutôt la décision de la justice de ne pas aller en Cour d’Assises. Examiner toute l’affaire, avec une reconstitution des faits notamment, aurait apporté quelque chose. « Même quand on est très ému, il faut arriver à toujours garder sa raison pour proposer quelque chose qui à partir de l’émotion ne change pas la règle pour tous. » Selon elle, il faut faire en sorte que lorsque les crimes sont de nature raciste ou antisémite, l’auteur ne soit pas si facilement dedouané même s’il était sujet à un épisode psychotique au moment des faits.

L’émotion est aussi présente dans l’opinion: « Je pense qu’il y a beaucoup plus d’émotion aujourd’hui qu’il n’y en avait il y a quelques années » et Caroline Fourest pense notamment à l’affaire Ilan Halimi, assassiné en 2006, où peu de gens s’étaient mobilisés. « Les Français ont compris qu’on était face a un vrai retour de l’antisémitisme et que c’est un véritable danger qui nous menace tous ».

Enfin, quant au silence de certaines classes politiques, le peu d’investissement d’associations de lutte contre le racisme, ou de défense des droits de l’Homme, Caroline Fouster explique qu’il existe un phénomène de militantisme identitaire qui ne s’intéresse guère à l’antisémitisme.  A l’absence de soutien des associations féministes, elle répond: « Sarah Halimi n’a pas été tuée parce qu’elle était une femme mais parce qu’elle avait une Torah.« 

Lucie Claudon