(Crédit: capture d'écran Channel 13)

Israël vers un duel à droite ?

Durant les jours qui viennent, il y aura probablement des tractations en coulisses pour tenter de trouver encore un compromis entre les partenaires de la coalition qui permettrait d’éviter de nouvelles élections anticipées. Mais au vu des accusations mutuelles que se sont déjà adressé publiquement les leaders du Likoud et de Bleu Blanc, les chances de prévenir le divorce semblent de plus en plus faibles. On le sait, tout se joue autour de la question du Budget de l’Etat pour 2020 et 2021, toujours bloqué.

Pour faire tomber la proposition de loi de dissolution de la Knesset, votée mercredi en lecture préliminaire, il faudrait, si un compromis entre Gantz et Netanyahou se révèle impossible, trouver d’autres partenaires pour former un gouvernement alternatif. Mais là aussi, les chances paraissent très faibles. Dans l’opposition, on ne trouvera pas les soutiens nécessaires. Il faudrait que le parti de Benny Gantz rejoigne celui de Yaïr Lapid, ce qui parait à ce stade, hautement improbable. Quant à Benyamin Netanyahou, il ne se tournera surement pas vers Naftali Bennett. Le patron de Yamina ne voudra pas griller ses chances de se présenter comme le nouveau leader de la droite israélienne.

Car c’est là que devrait se jouer l’enjeu de ce quatrième scrutin depuis 2019. En choisissant de rejoindre les bancs de l’opposition, Naftali Bennett a creusé son sillon politique au cours des derniers mois et a travaillé à se donner une stature de Premier ministrable. Le chef du parti Yamina a concentré toute son activité publique et sa communication sur la crise sanitaire et les moyens de vaincre le coronavirus et de relancer l’économie israélienne. Au passage, il n’a pas oublié de battre en brèche la gestion de Benyamin Netanyahou et de critiquer sa posture politicienne, pour mieux apparaitre comme le seul à se soucier réellement du sort du pays.

Et c’est ce qui inquiète le patron du Likoud. Pour la première fois, ce n’est pas sur sa gauche, mais sur sa droite que vient la concurrence. Au lieu d’intégrer le parti conservateur israélien, Naftali Bennett a choisi de créer sa propre organisation politique, dont il veut faire le nouveau Likoud, le nouveau parti gouvernant de droite.

Mais il y a encore loin du projet à sa concrétisation. Au cours des trois derniers scrutins, le parti de Bennett était arrivé sous le seuil de représentativité lors de l’élection d’avril 2019. Et à celle de mars, il n’a obtenu que cinq sièges à la Knesset. Naftali Bennett n’a pas encore réussi à stabiliser sa base électorale. Et c’est bien là-dessus que compte Benyamin Netanyahou. Dans les sondages de ces derniers mois, Bennett est en progression constante, grâce au soutien qu’il semble gagner du côté des déçus du parti Bleu Blanc. Mais il ne parvient pas encore à détourner l’électorat traditionnel du Likoud. Et surtout, son alliance avec le parti Union Nationale est jugée trop droitière par les électeurs de la droite modérée.

Pour que Naftali Bennett puisse capitaliser sur sa progression dans l’opinion, grâce à ses positions sur la lutte contre la Covid-19, il faut que les élections aient lieu le plus tôt possible, tant que la crise sanitaire continue. Pour la même raison, Benyamin Netanyahou fera tout pour les retarder, si possible jusqu’au début de la campagne de vaccination. Car ce serait son meilleur atout électoral.

Pascale Zonszain