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Janvier 2015, l’élan républicain contre le terrorisme, la chronique de Guy Konopnicki

France.

Janvier 2015, l’élan républicain contre le terrorisme, la chronique de Guy Konopnicki
(Crédit : DR)

Il y a sept ans, une première vague d’attentats préparés et concertés ensanglantait la France.

Le 7 janvier 2015, deux assassins faisaient un carnage dans les locaux de Charlie Hebdo. Le lendemain, 8 janvier, une policière était abattue à Montrouge. Le 9 janvier, le tueur de Montrouge prenait en otage les clients et le personnel d’un magasin casher de la Porte de Vincennes, et entreprenait d’abattre un à un ses prisonniers…

7 ans… J’essaye de dépasser le double choc personnel… L’assassinat de mes amis de Charlie, Tignous qui avait illustré mes chroniques pendant plus de quinze ans, et tous ceux avec lesquels j’avais partagé des idées, des combats et des rires, Wolinski, Cabu, Honoré, Charb et Bernard Marris… Tous les autres, bien sûr… Et puis, cette image d’un lieu si familier, le pont de chemin de fer qui enjambe le Cours de Vincennes, et cette rue, en contrebas, la rue de la Voûte, où j’ai passé mon enfance, où mes parents ont vécu, jusqu’en 2012. 

Le 9 janvier 2015, je voyais ce direct insensé, la façade du magasin casher, la police protégeant le lycée Hélène Boucher, celui de mes sœurs et de mes copines, c’était merveilleux, à 17 ans, d’habiter en face d’un grand lycée de filles… Il n’y avait pas de magasins casher, quand nous vivions à la Porte de Vincennes, mais on entendait le yiddish dans les cafés, mêlé à d’autres langues, d’autres accents… 

Enfants de l’après-guerre, ados des années 60, nous voulions croire que l’antisémitisme appartenait à ces temps de terreur dont le souvenir hantait nos parents. Non, nous ne pouvions imaginer qu’au pied d’un immeuble, bâti sur les terrains vagues de nos jeux d’enfants, un tueur gorgé de haine abattrait un à un des juifs, venus paisiblement faire leurs courses de shabbat… 

Mais il me faut aller au-delà de mes émotions, de ces jours où l’on a tué des journalistes, parce qu’ils faisaient le même métier que moi et défendaient la liberté de critiquer et de rire, où l’on a tué des juifs, chez moi, sur mon bout de terre natale, à l’Est de Paris…

Je veux aller au-delà de mes émotions, pour essayer de comprendre comment s’est éloignée, en sept ans, notre espérance de voir la France régénérer la République, portée par l’extraordinaire élan de la riposte populaire au terrorisme.


Le 11 janvier 2015, nous étions des millions dans les rues, nous avions retrouvé le sens de la fraternité, nous étions Charlie, nous étions la policière tuée à Montrouge, nous étions les juifs assassinés de la Porte de Vincennes. Par-delà les clivages politiques, toute la France se levait, la gauche, alors au pouvoir, et la droite républicaine…  Certes, l’extrême-droite et une partie de l’extrême-gauche refusaient ce mouvement national, pour des raisons apparemment opposées, ces deux courants n’étaient pas Charlie. De part et d’autre quelques polémistes allaient même oser l’apologie des tueurs, Virginie Despentes, au nom d’une obscure révolte, Éric Zemmour, saluant les valeurs viriles des combattants capables de mourir pour leurs idées.

Mais c’était marginal… Du moins pendant quelques jours, quelques semaines tout au plus. La fermeté de François Hollande et de Manuel Valls, ne convenait guère à une partie de leur majorité. A ces frondeurs du parti socialiste, qui avaient voté à contre cœur les indispensables mesures d’état d’urgence, et qui redoutaient moins le terrorisme qu’un glissement droitier de leur parti. Manuel Valls, qui combattait en première ligne, comme ministre de l’Intérieur puis comme Premier ministre, fut bientôt l’ennemi désigné d’un front hétérogène, mêlant les frondeurs du PS, les Insoumis de Mélenchon et Danièle Obono, et les fidèles des prêches de Tariq Ramandan et Edwy Plenel. Ils furent rejoints par Christiane Taubira, qui quitta le gouvernement, au prétexte que François Hollande et Manuel Valls, proposaient de retirer la nationalité française à ceux qui prennent les armes contre la France, ce que le code pénal prévoyait déjà pour les criminels possédant une autre nationalité.

La gauche est morte, non de sa réforme du Code du travail, portée Myriam El Khomri, membre du parti radical de gauche comme Christiane Taubira, mais du décrochage d’une grande partie de ses élus et de ses militants, qui refusaient d’assumer la lutte contre l’islamisme terroriste.

A cette époque, Daesh recruta près d’un millier de jeunes Français, qui devinrent massacreurs, tortionnaires et esclavagistes, en Syrie et en Irak, tandis que les attentats se succédaient, à Nice, à Strasbourg, à Saint-Etienne du Rouvray, au Bataclan et dans les rues de Paris. Mais nos braves frondeurs et nos insoumis, s’inquiétaient de l’islamophobie, quand ils ne dénonçaient pas la répression du terrorisme menée par Manuel Valls.

Sept ans après, on cherchera en vain la trace de l’élan républicain du 11 janvier 2015 ! Il n’en reste rien. Qui se souvient qu’un gouvernement de gauche en avait pris l’initiative, en y associant toutes les forces républicaines ?

Sept ans après, nous voici immergés dans la plus lamentable des campagnes présidentielles de la Vème République. Un vide sidéral et sidérant d’idées, de principes, et de projet politique, des populistes, de gauche et de droite, reproduisant face à la crise sanitaire l’irresponsabilité qu’ils avaient manifestée devant le terrorisme.

Les mêmes, avec la même démagogie, agitent les libertés, aujourd’hui contre la vaccination et le passe sanitaire, comme hier contre l’état d’urgence face au terrorisme…

L’irresponsabilité se porte bien !

Guy Konopnicki

pad-konopniki-7h05

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