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L'envolée de violence verbale, la chronique de Guy Konopnicki

France.

L'envolée de violence verbale, la chronique de Guy Konopnicki
(Crédit: DR)

Le début de campagne présidentielle est d’une telle violence verbale, que l’on peut légitimement s’inquiéter pour les longs mois qui nous séparent des deux élections majeures du printemps 2022.

Certes, les candidats les plus modérés ne sont pas encore en campagne, celui de la droite républicaine ne sera investi qu’au début du mois de décembre, et s’il semble évident qu’Emmanuel Macron sollicitera un second mandat, le président de la République ne peut se déclarer candidat à cinq mois de l’échéance, alors qu’il devra assurer, au 1er janvier la présidence de l’Union Européenne.

La radicalité des propos permet de baliser le terrain, à droite de la droite et à gauche de la gauche. D’un côté on décrit une France déclinante, dont l’économie serait exsangue et la culture moribonde, et qui aurait déjà abandonné sa souveraineté, au profit d’une Europe dirigée par l’Allemagne, une France aux mains d’élites décadentes prêtes à collaborer avec un ennemi déjà installé sur son sol. De l’autre côté, on décrit un pays où les prolétaires s’enfoncent dans une misère plus sordide que celle des mineurs de Germinal, où les femmes subissent des lois patriarcales immuables depuis le moyen-âge, où les enfants d’immigrés affrontent un racisme comparable à celui de l’Alabama en 1950, où la police exerce une insupportable répression, une France vendue au capitalisme mondial par ses élites corrompues, et placée, par l’Union Européenne, sous la coupe de l’Allemagne.

Je ne suis pas d’un tempérament optimisme, et pourtant, il me semble que ces deux visions confinent au délire. On peut toujours cultiver la nostalgie des gloires passées, rêver de Louis XIV qui laissa une France ruinée, régulièrement frappée par la disette, soumise à l’intolérance et à l’arbitraire, on peut regretter les temps impériaux, qui se soldèrent par deux défaites historiques et pleurer la puissance coloniale, emportée, comme toutes les autres, par le vent de l’histoire. Mais enfin, la France, cinquième puissance mondiale ne s’en pas si mal sortie, et elle demeure une référence, bien au delà de son influence réelle.

On peut raconter à des gens qui ne lisent pas, qui ne fréquentent ni le théâtre, ni le cinéma, ni les salles de concert, les expos et les musées que la culture française est en ruine. Certes attaquée, fragile, mise à mal par les conséquences de la pandémie, la vie culturelle française fait rêver le reste de l’Europe. Aucun pays comparable ne publie autant de livres, ne produit autant de films et de spectacles, et ne dispose d’autant de musées, dont le premier du monde, qui est le Louvre. Le livre a tant d’importance en France, qu’un auteur de best-seller peut se lancer en politique !

Non, l’économie française n’est pas en ruine, elle a beaucoup souffert, mais peu de pays ont distribué autant d’aides aux entreprises et aux salariés, si bien que la relance est au rendez-vous, et que le chômage diminue. Les inégalités, effectivement, s’aggravent, mais le système de protection sociale est unique au monde, 85% des Français ont été vaccinés gratuitement, les plus démunis bénéficient d’une gratuité quasi-totale des soins, et, si l’on doit s’inquiéter de la dégradation des hôpitaux et des excès de la gestion administrative, on ne saurait dire que la France ne préserve pas la santé de ses habitants.

Non tout n’est pas, noir, et n’en déplaise aux écologistes radicaux, la France est aussi le pays dont la production énergétique produit le moins de gaz à effet de serre, grâce à son infrastructure nucléaire.

Et non, il n’y a pas en France de racisme d’Etat, au contraire, le racisme, l’antisémitisme et la négation des crimes contre l’humanité sont des délits sanctionné par la loi, même si certains magistrats louvoient pour ne pas l’appliquer.

Il y a, bien sûr, des tensions, des violences que nous n’avons pas connues depuis la fin de la guerre d’Algérie. Le terrorisme islamiste n’a de cesse de frapper la France, depuis plus de vingt ans, appuyé par le séparatisme, qui sans rassembler, loin s’en faut, la majorité des populations issue de l’immigration, parvient à pourrir des quartiers français et ravage l’école publique. Je n’oublie ni  les tueries de Montauban et Toulouse, ni Charlie, Montrouge et l’hyper-casher de la Porte de Vincennes, ni les attentats de Nice, Strasbourg et Saint-Etienne du Rouvray, moins encore le Stade de France, les terrasses de café et le Bataclan. Et Samuel Paty. Pour autant, nous ne sommes pas plongés dans une guerre civile généralisée et l’on ne saurait prétendre que les gouvernements ont été inconscients et inactifs, moins encore que les trois derniers présidents, Nicolas Sarkozy, François Hollande et Emmanuel Macron a fait montre de la moindre complaisance devant le terrorisme. Ou à l’inverse qu’ils aient répondu par la stigmatisation des musulmans.

A noircir le tableau, pour engranger les voix de Français légitimement inquiets de leur situation sociale et de la menace terroriste, on ne résout rien, et l’on prend le risque d’aggraver ce que l’on prétend dénoncer. 

Comme toujours, ce qui se passe dans l’ensemble de la France, se traduit pas des passions exacerbées dans ce que l’on appelait jadis la rue juive, qui est aujourd’hui une rue virtuelle où l’on s’insulte avec une violence inouïe. Certains d’entre nous, comme Anne Sinclair et Bernard Henri Lévy, reçoivent des injures proprement antisémites, signés de patronymes juifs, dont au voudrait croire qu’ils ont été empruntés pour la circonstance. 

Comme je voudrais croire que cette débauche de violence n’est qu’une fièvre passagère, qui retombera lorsque les extrémistes ne seront plus seuls en campagne, et que l’on débattra, raisonnablement, de la situation réelle de la France, en oubliant les vieux fantasmes…

Guy Konopnicki

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