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Front Républicain, chronique d'Arié Bensemhoun

France.

Front Républicain, chronique d'Arié Bensemhoun
Le directeur du think tank Elnet France, Arié Bensemhoun - Radio J/Nellu Cohn

Bonjour Arié Bensemhoun, cette semaine, vous souhaitez revenir sur les résultats des élections législatives anticipées 

Bonjour, 

Le 9 juin dernier, après la large victoire du Rassemblement National lors des élections européennes, Emmanuel Macron avait pris l’incompréhensible et l’irresponsable décision de dissoudre l’Assemblée nationale ; la justifiant par une volonté de clarification, tout en se félicitant avec arrogance d’avoir « balancé sa grenade dégoupillée dans les jambes » de ses opposants.

Après quatre semaines d’un cirque politique sans précédent, le peuple français s’est exprimé en masse et la grenade clarificatrice du Président de la République n’aura eu pour effet qu’une Assemblée nationale fragmentée, avec pas moins de 13 formations politiques regroupées en trois blocs, où chacun de ces blocs aspire à l’anéantissement des deux autres, sans qu’aucun ne soit en mesure de gouverner seul. La confusion règne. 

Arié, cette situation est la conséquence directe des désistements du second tour…

Oui. 

Dans 224 circonscriptions, les désistements entre le Front Républicain et le Front dit Populaire pour se sauver et contrer le Front National au second tour auront réussi à inverser les résultats du premier, et à empêcher l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite.

Une bonne nouvelle, certes, mais à quel prix ?

La coalition de gauche et d’extrême-gauche est arrivée en tête et s’imagine maintenant gouverner, bien qu’elle ait été rejetée par les trois-quarts des Français. Pendant ce temps, le bloc d’extrême-droite, largement plébiscité avec 37% des suffrages et plus de 10 millions d’électeurs, voit le RN devenir le premier parti de l’Assemblée nationale, mais se retrouve en être la troisième force politique. 

Nous nous trouvons donc avec une chambre composée de députés mal élus, où la seule majorité absolue possible, excluant les extrêmes, serait une coalition républicaine du PS à LR, en passant par Ensemble. Mais est-elle seulement envisageable ?

Le pays est donc bloqué, frustré. Personne n’a gagné et la démocratie représentative a échoué. Jamais dans l’histoire de la Ve République la situation n’avait été aussi critique et préoccupante.

Arié, nous étions nombreux à pouvoir en douter, mais le barrage républicain contre l’extrême droite a une nouvelle fois fonctionné… 

Oui, bien qu’usé, ce barrage républicain a tenu une élection de plus.

Mais quel sacrifice n'a pas été fait ? Dans la panique d'un raz-de-marée et d'une majorité absolue d'extrême droite, ceux qui étaient censés incarner ce Front Républicain se sont reniés et ont conclu un pacte contre-nature avec l'extrême gauche, avec ceux qui s'allient aux islamistes, avec ceux qui font de la haine des Juifs et d'Israël une stratégie électorale depuis neuf mois.

Le barrage républicain a aussi tenu grâce à l’incompétence crasse du Rassemblement National. Ils sont toujours incapables de former une base locale avec des représentants a minima compétents et qui ne vomissent pas publiquement leur racisme pour certains et leur haine des Juifs pour d’autres. Transformer ce second tour en une sorte de référendum pour ou contre Jordan Bardella Premier ministre aura également fonctionné. Incompétent sur tous les sujets, ignorant et inculte dès qu’il s’éloigne des discours préfabriqués, il n'était pas prêt.

Cela dit, le RN écope quand même du deuxième meilleur scénario possible après celui d’une victoire absolue : ils seront satisfaits d'occuper confortablement les bancs de l'opposition, étant les seuls à ne pas être responsables du chaos institutionnel à venir, tout en transformant la frustration qui en résultera en nouveaux suffrages pour 2027.

Alors justement, Arié, comment imaginer la suite maintenant ? 

Et bien Ilana, la suite, on l’imagine difficilement. 

À force de ne pas répondre aux craintes et aux aspirations des Français, se contentant de se retrancher derrière un barrage républicain censé nous protéger contre la montée des eaux, celui-ci s'use et se fissure. Oui, ce barrage tient bon, plus qu’espéré, mais jusqu'à quand ? Car inexorablement, les eaux montent, encore et encore, atteignant des niveaux records. Si nous ne faisons rien, le barrage finira par céder et le raz-de-marée qui suivra emportera tout sur son passage.

Le vote « extrême droite » reste une expression de craintes et de colère. Le déclassement, le pouvoir d’achat, l'immigration, la sécurité : ces priorités ne peuvent plus être ignorées. Ce vote reflète une angoisse légitime face au délitement de nos valeurs, de notre identité et de notre cohésion sociale. Manipuler la représentation nationale et délégitimer le choix de plus de 10 millions de Français ne résoudra rien, au contraire. 

La République est un idéal exigeant, un projet d'âme et de conscience destiné à donner du sens et de l'espoir aux gens. Elle est aujourd'hui menacée car le système est enrayé.

L'heure n'est pas à la congratulation pour avoir défait l'extrême droite, mais au travail pour l’empêcher d’arriver au pouvoir. Nous avons au minimum 1 an, au maximum 3, pour prendre, enfin, la mesure du gouffre dans lequel notre pays se dirige et agir ensemble pour sauver la République.

Arié Bensemhoun

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