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Mort de Milan Kundera, star de la littérature mondiale et témoin engagé du siècle

France.

Mort de Milan Kundera, star de la littérature mondiale et témoin engagé du siècle
Crédit : Le Parisien

L’auteur de l’inoubliable «  l’insoutenable légèreté de l’être » laisse une oeuvre considérable.

L’écrivain Milan Kundera est mort à l’âge de 94 ans, a annoncé la télévision tchèque mercredi matin. Le Franco-tchèque est décédé dans sa ville natale de Brno, ce mardi, à la suite d’une longue maladie, a précisé à l’AFP la porte-parole de la Milan Kundera Library.

Mondialement connue, l’œuvre de Milan Kundera a été traduite dans plus de 80 langues. Après son premier roman « La plaisanterie » en 1967, il avait notamment publié « Risibles amours » en 1969. Son best-seller « L’insoutenable légèreté de l’être » paru en 1984 avait été adapté au cinéma en 1988 par Philip Kaufman.

Sa vie d’écrivain se confond avec l’histoire du siècle du communisme stalinien

Né le 1er avril 1929 à Brno en Tchécoslovaquie d'un père musicologue et pianiste, le romancier a d'abord été poète. Sa vie d'écrivain se confond bien sûr avec la littérature mais aussi avec l'Histoire d'un siècle qui a vu le communisme s'écrouler après avoir conquis une grande partie de l'intelligentsia européenne.

Cette histoire génèrera  la vocation de Milan Kundera qui publie en 1967 son premier roman La Plaisanterie.  Louis Aragon,  en écrit la préface lors de la publication du livre en France en 1968 («ce roman que je tiens pour une œuvre majeure»), cette œuvre puissante au style baroque et très enlevé explore une des thématiques fondamentales de son œuvre: la confrontation à la fois dramatique et comique entre la vie intime de l'individu, son caractère insaisissable et aléatoire et la fiction d'une idéologie collective, en l'occurrence le communisme stalinien.

Désillusion du communisme

Milan Kundera se rend vite compte de l'imposture du socialisme d'Etat, qui bride les consciences, celle d'un régime autoritaire  que Kundera qualifiera plus tard de kitsch pour sa lourdeur enthousiaste et sa bêtise bruyante. Cette désillusion est narrée dans La Plaisanterie, dont un des personnages principaux, le jeune Ludvik, sera exclu du parti pour avoir écrit sur une carte postale envoyée à une amie : «L'optimisme est l'opium du genre humain. L'esprit sain pue la connerie. Vive Trotsky».  «Moi aussi, j'ai été dans la ronde. C'était en 1948, les communistes venaient de triompher dans mon pays et moi je tenais par la main d'autres étudiants communistes. Puis un jour, j'ai dit quelque chose qu'il ne fallait pas, j'ai été exclu du parti et j'ai dû sortir de la ronde» écrit-il dans Le livre du rire et de l'oubli, premier de ses romans publié en France en 1979.

Kundera sera  définitivement exclu en 1970 après sa participation active au printemps de Prague en 1968. Kundera est alors membre de l'Union des écrivains - il participe à l'opposition d'un régime qui sera normalisé par l'intervention soviétique. Pour être contestataire, Kundera n'est cependant pas un libertaire à la mode soixante-huitarde. Après avoir publié Risibles amours (1971) La Valse au adieux (1976) et La vie est ailleurs (1973) qui lui vaudra l'attribution du prix Médicis étranger, Milan Kundera affirme ne plus vouloir écrire. Mais il va heureusement revenir sur cette décision pour le plaisir de ses thuriféraires.

Le succès mondial de l’Insoutenable légèreté de l’être

En 1981, François Mitterrand l’un de ses admirateurs , lui octroie la nationalité française . Il va considérer  Paris comme sa «deuxième ville natale». En 1984, il connait un grand succès avec L'Insoutenable légèreté de l'être , notamment grâce à l'adaptation en 1988 de son roman au cinéma par Philippe Kaufman et Jean-Claude Carrière. Le roman  du refus de l'esprit de lourdeur et qui explore le conflit pouvant exister, en chacun de nous: comment aimer sans être dupe de soi et de l’autre? Si l'amour et l'érotisme forment une grande part de la trame de ses romans depuis La Plaisanterie c'est que l'amour est une épreuve de vérité qui ne souffre aucune échappatoire.

Beaucoup de  libertinage et romantisme habitent  les personnages kunderiens en quête d'identité et qui cherchent, à travers l'autre, la révélation de leur propre vérité.

Les romans de Kundera sont tous habités par la hantise de l'insignifiance sans pour autant céder au désespoir nihiliste d'un Cioran. L'amour authentique est aussi de ce monde, nous rappelle l'écrivain dans un de ces derniers romans L’Identité (2003). Son œuvre a été saluée par de grands écrivains étrangers comme Philip Roth ou John Updike et soutenue en France par Philippe Sollers, Alain Finkielkraut ou Bernard-Henri Levy.

Milan Kundera écrira directement en français et vivra à Paris dans la discrétion

Milan Kundera ne donnait plus d'interview depuis 1985, mais il affirmait que le roman est un art total, et peut intégrer toutes les formes de littérature formes .  Maitrisant parfaitement le français Kundera écrira désormais directement dans cette langue et publiera en 1993 La Lenteur un roman où il passera au crible de son ironie l'esprit contemporain fondé sur la vitesse et le culte bruyant de la nouveauté pour la nouveauté.

La post modernité occidentale souffrent d'un autre fléau : celui d'un bavardage médiatique qui ne s'interrompt jamais comme si le silence, la prière ou la simple contemplation étaient devenues d'étranges manies.  Dans un de ses derniers romans, La Fête de l'insignifiance (2003), Kundera montre à quel point notre époque vouée à la lourdeur de l'esprit de sérieux est «d'autant plus drôle qu'elle a perdu tout sens de l'humour».

Le plus européen des écrivains

Kundera sera à l'origine, en 1987, de la revue Le Messager européen initiée par Alain Finkielkraut et consacrée en particulier aux écrivains et penseurs dissidents du bloc de l'est. Ni réactionnaire ni moderniste, la pensée de Milan ressort dans une  lettre à Philippe Sollers publiée en 1989 Kundera écrivait : «Le discours prédominant de nos jours n'a rien de voltairien ; le monde technocratisé dissimule sa froideur sous la démagogie du cœur.» Les menaces sur la culture l'inquiétaient : «Un jour toute la culture passée sera complètement réécrite et complètement oubliée derrière son rewriting».

Publiée dans la Pléiade, son oeuvre aura connu la consécration de son vivant

Publiée dans La Pléiade en 2011, son œuvre a connu une consécration qui transcende les clivages idéologiques et philosophiques. Milan Kundera a obtenu plusieurs prix littéraires dont Le grand prix de littérature de l'Académie française en 2001, le prix mondial Cino Del Duca en 2009 et le prix de la Bibliothèque nationale de France en 2012. Il fut réhabilité par son pays natal qui lui rendu sa nationalité en 2019.

MICHEL ZERBIB

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