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La chronique de Guy Konopnicki : Vladimir Poutine qualifie le président Zelensky de "honte pour le peuple Juif"

La chronique de Guy Konopnicki : Vladimir Poutine qualifie le président Zelensky de "honte pour le peuple Juif"
Guy Konopnicki Crédit : Nellu Cohn/RadioJ
Vladimir Poutine devait un jour ou l’autre s’en prendre aux origines juives du président ukrainien Volodomir Zelensky. C’est fait. Selon le président russe, l’homme qui conduit la résistance de l’Ukraine à l’agression de son pays est la honte du peuple juif. Naturellement, Poutine n’est pas antisémite, il s’empresse de rappeler qu’il a des amis juifs, depuis l’enfance. Pourquoi pas… Un homme qui a grandi à Leningrad dans les années 50 et 60 a certainement pu fréquenter des juifs, à l’école et au lycée. C’est à Leningrad que s’est déroulé le dernier grand procès antisémite de l’histoire soviétique, en 1970. Un groupe de juifs avait été interpellé près de l’aéroport de Léningrad et accusé d’avoir tenté de détourner un avion pour se rendre en Israël. Deux sentences de mort et une dizaine de condamnations à de lourdes peine d’emprisonnement pour un détournement d’avion imaginaire. Les fausses preuves à l’appui du réquisitoire avaient été fabriquées par le KGB de Léningrad, ce qui n’empêcha Vladimir Poutine de sentir en lui une vocation… Il a donc postulé…Interrogé par la commission des cadres, il n’a pas dû leur dire qu’il avait des amis juifs, ce n’était pas très bien vu… Par la suite, tandis que le jeune Vladimir Poutine grimpait les échelons de la hiérarchie, sous les règnes de Brejnev et Andropov, le KGB de Leningrad se distinguait par son zèle dans la chasse aux refuzniks. Les juifs étaient surveillés, harcelés et tout comportement « antisocial » était réprimé. Pour le KGB de Leningrad et d’ailleurs, un comportement antisocial se manifestait par le fait d’allumer deux bougies le soir du shabbat, de posséder des livres en caractère hébraïque et, pire encore, de recevoir du courrier de ses cousins vivant en Israël… Et s’ils demandaient à les rejoindre, les juifs de Leningrad devenaient des parias, perdaient leur emploi alors que le travail était une obligation. Si bien que le KGB leur retrouvait un travail et un logement, au Goulag… Les persécutions ne s’arrêtèrent que lorsque Mikhaël Gorbatchev entreprit, en 1986, de lever les entraves à la liberté de culte, et les discriminations qui frappaient les juifs d’URSS. Gorbatchev amorça  alors un rapprochement de l’URSS et d’Israël, qui se traduisit un an plus tard par la levée de l’interdiction faite aux juifs de quitter le territoire soviétique. Jusque-là, en tant qu’officier du KGB, Vladimir Poutine participait à la persécution des juifs soviétiques. Sa provocation contre Zelenski ne doit rien au hasard : il a lancé cette petite phrase au forum économique de sa bonne ville de Leningrad, pardon, Pétersbourg, au moment où la première dame d’Ukraine, Olena Zelenska arrivait en Israël, où elle rencontre de nombreuses personnalités, avant d’être reçue lundi par le président Isaac Herzog. En traitant Zelensky de mauvais juif, Poutine, répète une nouvelle fois les classiques de la propagande russe, accusant le gouvernement ukrainien d’être aux mains des nostalgiques des fascistes, qui existent bel et bien, mais ne représentent qu’une petite minorité au Parlement de Kiev et ne participent pas au gouvernement. Au demeurant, Vie et Destin, le roman de Vassili Grossman, fut interdit jusqu’à la fin l’époque soviétique, parce qu’il racontait comment d’anciens dignitaires communistes avaient pu passer à la collaboration et participer, aux côtés des nazis, à l’extermination des juifs. Quand Poutine en faisait partie, le KGB interdisait toute évocation de la participation des population ukrainiennes au massacre des juifs. Le mot juif ne figurait pas sur le monument de Bab Iyar… L’histoire de l’Ukraine est proprement terrifiante, et s’il y eût bien des bandes nationalistes menées par Bandera ainsi que des Ukrainiens engagés dans la Waffen SS, il y eut aussi plusieurs centaines de milliers de soldats ukrainiens dans l’armée rouge, de nombreux officiers, dont le maréchal Semion Timochenko, le seul qui tenta de résister à l’offensive allemande de juin 1941 et parvint à replier une partie de ses troupes après les lourdes défaites de Minsk et de Kharkov. Depuis le début de la guerre, Poutine n’a de cesse de présenter l’armée russe comme l’unique héritière de l’armée soviétique victorieuse du nazisme. Au long de sa formation soviétique, il a appris l’art de falsifier et d’usurper l’histoire. Pour un peu, il nous ferait passer Evgueni Prigojine, chef de la milice Wagner, pour la réincarnation des combattants antifascistes, quand avec sa légion de tueurs recrutés dans les bas-fonds et dans les prisons, il multiplie les crimes de guerre, les massacres de civils, qu’il justifie à grand renfort de déclarations xénophobes et racistes. La propagande russe a, entre autres objectifs, d’intimider Israël, pour que l’État hébreu se tienne à l’écart du conflit et ne vende pas à l’Ukraine les dispositifs anti-missile, expérimentés contre des engins de fabrication soviétique qui équipent le Hamas, la Syrie et le Hezbollah. Poutine donne des leçons de judaïsme, il sait lui ce qu’est un bon juif, ce qui ne l’empêche pas de soutenir les ennemis d’Israël que sont la Syrie, l’Iran et les organisations terroristes. Il reste à souhaiter à Olena Zelenska un bon séjour en Israël. Guy Konopnicki  

konop18-06-23

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