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La France lumineuse, la France sombre, la chronique de Guy Konopnicki

France.

La France lumineuse, la France sombre, la chronique de Guy Konopnicki
(Crédit : DR)

Le hasard de l’histoire nous vaut de passer, de la célébration de la France lumineuse, celle du 14 juillet, à la commémoration de la France sombre, celle des rafles du 16 et 17 juillet 1942.

Le pays, qui a vu l’abbé Grégoire, député du baillage de Lunéville, porter aux États Généraux de 1789 les Cahiers de doléances des juifs du ghetto de Metz, la première nation d’Europe à inscrire dans sa loi fondamentale, la Déclaration des Droits de l’homme, que nul ne peut être inquiété en raison de ses opinions religieuses, et celle qui donna aux juifs la pleine citoyenneté, quand, partout ailleurs, ils bénéficiaient, aux mieux, de la tolérance d’un prince ou d’un évêque…

Et pourtant, c’est bien le même pays, qui, 150 ans après l’émancipation des juifs, leur imposa un statut infâmant, ordonna à sa police de procéder aux rafles massives de l’été 1942, et organisa les transferts vers les camps de la mort. 

Cette France était, bien sûr, vaincue et occupée par l’Allemagne nazie, mais, comme l’a dit le président Jacques Chirac, « La France a commis l’irréparable ».

Elle conserve les deux visages de son histoire, la France. 

Je ne devais pas être le seul à éprouver une vive émotion quand, à la tribune de l’Assemblée nationale, Élisabeth Borne a évoqué son père juif, résistant et déporté, qui comme Primo Lévi n’était jamais vraiment revenu d’Auschwitz. Oh ! cette filiation ne m’oblige pas à approuver la politique que mènera son gouvernement, mais, elle devrait imposer le respect. La Première ministre de la France, est une femme, pupille de la nation parce que son père ne pouvait survivre, et elle a réussi à intégrer la plus prestigieuse des écoles. 

L’opposition de gauche lui a fait un accueil indigne. Bien sûr, les députés de la NUPES avaient le droit de déposer une motion de censure, ce n’était jamais qu’une opération politique, dont Adrien Quatennens a dévoilé le sens, en reprochant au Rassemblement National de n’avoir pas saisi cette occasion de faire tomber le gouvernement. Parce que ce député LFI accepterait les voix de l’extrême-droite pour faire tomber le gouvernement… Ce qui s’appelle une alliance rouge-brune…

Au-delà du jeu politicien, les députés LFI ont affiché leur haine d’Élisabeth Borne. Car c’est une chose de combattre la Première ministre sur le terrain politique, c’en est une autre de manifester d’une manière haineuse quand elle s’exprime. Mathilde Panot, présidente du groupe LFI, peut toujours jurer qu’elle ne pensait qu’aux résultats électoraux en traitant Élisabeth Borne de « rescapée ». Cela signifie seulement qu’elle se fout de l’histoire, qu’elle ignore le sens des mots, et n’a aucune considération pour le parcours et la personnalité de la Première ministre. 

Et qu’elle traite Élisabeth Borne par le soupçon…

Certes, il y a toujours deux gauches. La mairie de Paris a rebaptisé les allées centrales du boulevard de Ménilmontant, en leur donnant les noms de femmes juives remarquables, les Résistantes Stefa Skurnik et Hannah Kamienecki, ainsi que Mireille Knoll, victime de l’antisémitisme contemporain.

Mais le coup de force de Mélenchon a étouffé la gauche républicaine, démocratique et laïque, sous un verbiage révolutionnaire qui n’est que le masque des haines, dont l’antisionisme n’est pas la moindre.

LFI a érigé l’attaque personnelle en système politique, afin d’être systématiquement relayée sur les réseaux sociaux, qui jouent désormais le rôle de la presse d’extrême-droite dans les années 30.

Et nous savons bien qu’à l’opposé, la prudence tactique affichée par le Rassemblement National, contient difficilement d’autres haines, d’autres ressentiments.

Les deux faces de la France ne sont pas seulement une affaire de calendrier. Il nous reste l’optimisme grinçant de Sholem Aleichem, merveilleux conteur yiddish né à Kiev, qui écrivait, en peine affaire Dreyfus : « un pays où un juif peut être capitaine, et n’a que la moitié des gens contre lui, je veux y aller tout de suite ».

La France est toujours ce pays-là, où la fille d’un juif déporté à Auschwitz est à la tête du gouvernement, la France est aussi ce pays où s’affiche un antisémitisme décomplexé…

Nous pouvons fêter le 14 juillet, la République émancipatrice, et commémorer, le lendemain, le souvenir de nos familles arrêtées, il y a 80 ans, en juillet 1942.

Guy Konopnicki

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