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La statue de Voltaire, la chronique de Guy Konopnicki

Culture.

La statue de Voltaire, la chronique de Guy Konopnicki
(Crédit : DR)

Zahar Amir Ebrahimi, prix d’interprétation féminine du Festival de Cannes, a remercié la France, où elle a été accueillie quand il lui était impossible de travailler et même de vivre en Iran. Pour l’actrice, née dans la République Islamique, la liberté de vivre sans voile et de se lancer dans l’aventure du cinéma est tout simplement exceptionnelle. Devenue française Zahar Ebrahimi est surprise de la capacité des Français à se dénigrer eux-mêmes et à bouder leur bien le plus précieux, qui est la liberté…

Les journaux et médias ont fort peu reproduit ce passage du bref discours prononcé à Cannes par la récipiendaire du prix d’interprétation féminine. Les mouvements féministes ont totalement oublié de saluer cette femme qui en Iran était passible de prison et de coups de fouet, pour des images privées diffusées à son insu sur les réseaux sociaux.

En France, on ne se bat plus pour la liberté, on n’a de cesse d’exiger qu’elle soit restreinte. On s’inquiète de la liberté de circulation à travers l’Europe, on manifeste pour interdire une représentation théâtrale à la Sorbonne, quand on ne demande pas la censure des grandes œuvres du passé…

A Paris, la statue de Voltaire, rénovée après avoir été dégradée il y a deux ans, ne sera pas replacée au même endroit, dans le petit square de la rue de Seine, derrière l’Académie Française. La Mairie de Paris juge plus prudent de placer l’auteur de Candide dans un espace universitaire, protégé par des grilles. Voltaire est une cible. Certes, le philosophe de la liberté, le défenseur de Jean Calas et du Chevalier de la Barre n’était pas un ange. En homme de son époque, il avait placé de l’argent dans une société qui faisait commerce d’êtres humains. Voltaire ne se contentait pas de railler Moïse et Mahomet dans son Dictionnaire Philosophique, il affichait des préjugés à l’encontre des juifs et des musulmans. Il serait anachronique de parler d’antisémitisme, le mot est apparu cent ans plus tard, mais Voltaire, tout en vilipendant l’Inquisition d’Espagne et du Portugal, n’aimait guère les juifs. Il défendit un protestant, Jean Calas, en demeurant hostile aux Huguenots, ce qui ne l’empêcha pas de s’installer sur la frontière de la République de Genève, pour pouvoir se réfugier chez les disciples de Calvin, au cas où la justice catholique du roi de France tenterait de l’arrêter.

L’histoire n’a pas retenu les petits côtés du personnage, elle garde de Voltaire des chefs d’œuvre imprégné d’un humour acerbe, Candide et Zadig, excusez du peu,  ainsi que l’engagement d’un homme défendant la liberté et la tolérance contre le fanatisme.

C’est ce Voltaire que Paris préfère placer derrière des grilles, pour le protéger des imbéciles.

Le déplacement de la statue ne fait pas plus de bruit que l’éloge de la patrie de la liberté prononcé à Cannes par Zahar Ebrahimi. 

Elle est loin, la France Voltairienne, loin de ce pays où l’on ne s’indigne plus quand un fanatique assassine un vieillard sans autre mobile que la haine des juifs. Elle est si loin que la principale force de gauche prend la défense du droit d’expression du fanatisme islamique !

La statue de Voltaire embarrasse la mairie de Paris. Le hasard du calendrier d’un artisan veut que sa rénovation soit achevée à l’ouverture de la campagne des élections législatives. Il importe donc de ne pas heurter les sensibilités radicales de la gauche parisienne. C’est un tout petit monde, mais avec un fort taux d’abstention, sa mobilisation sera décisive à Paris, comme en 2017, où Danièle Obono, qui avait obtenu 17% des suffrages au premier tour, l’a emporté au second tour avec moins de 20 % des inscrits…

Voltaire et la France des Lumières ne sont que des souvenirs. Une majorité de Français ne sent plus concernée par la démocratie et le suffrage universel. Les Français privilégient d’autres combats, ils sont toujours capables de se lever en masse, mais c’est pour envahir la pelouse du stade Geoffroy Guichard de Saint-Étienne quand le foot les déçoit. Les médias donnent l’exemple, ils ne s’indignent jamais autant qu’à la vue d’une échauffourée devant le Stade de France, à la Plaine Saint-Denis. Une honte pour la France s’écrient en chœur les présentateurs… 

Personnellement j’ai honte en apprenant qu’une place pour un match de foot peut atteindre vingt fois le prix des premiers rangs d’orchestre de l’opéra de Paris, que la différence de salaire entre un musicien et un footballeur est du même ordre, et qu’en dépit des sommes colossales investies dans le foot, dont l’État a financé les lieux d’exhibition, les organisateurs sont incapables de contrôler des billets sans provoquer une émeute dont profite aussitôt une nuée de voyous.

Bien sûr, il ne faut pas stigmatiser les voyous de Seine-Saint-Denis, moins encore les victimes sociales qui en viennent à balancer leur voisin juif par la fenêtre…

On comprend, dans ce climat, que la France ignore la déclaration d’amour d’une actrice iranienne, qui croit, elle à la France des Lumières et de la liberté.

Guy Konopnicki

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