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De Jérusalem à Berlin, la douloureuse mémoire de la Shoah

Israël.

De Jérusalem à Berlin, la douloureuse mémoire de la Shoah
(Crédit : Facebook)

Il y a deux ans, plus de 45 chefs d'Etat étaient venus à Jérusalem pour marquer le 75ème anniversaire de la libération d'Auschwitz, réaffirmer la préservation de la mémoire de la Shoah et la nécessité de lutter contre l'antisémitisme. La capitale de l'Etat d'Israël prenait alors une dimension supplémentaire aux yeux du monde : celle du symbole de la permanence du peuple juif, plus fort que la plus effroyable entreprise d'extermination de son histoire. Hier, à Berlin, c'est le président du parlement israélien qui s'est à son tour fait un symbole. Devant le parlement allemand, Mickey Levy a montré que la dictature nazie n'avait pas réussi non plus à empêcher la réalisation du rêve du peuple juif de refonder son Etat et d'en faire une démocratie. Et le président de la Knesset n'a pas hésité à rappeler que c'était dans l'enceinte du Bundestag que l'Allemagne avait montré la capacité des hommes à exploiter la démocratie pour la défaire. "C'est dans ce lieu que l'humanité a repoussé les frontières du mal, où la perte des valeurs a métamorphosé une démocratie en tyrannie raciste et discriminatoire" a déclaré Mickey Levy. Ces mots terribles, les députés allemands les ont entendus prononcer en hébreu, résonnant dans la démocratie allemande de 2022.

Mais ce rappel n'était pas seulement douloureux pour eux. Le président de la Knesset, qui s'était promis de tenir son statut officiel de représentant de l'Etat d'Israël, a lui aussi pris conscience de ce qu'il était à ce moment précis. Un Juif, un Israélien, né après la Shoah, mais qui portait en lui les six millions de Juifs, hommes, femmes et enfants broyés par la machine nazie. Et la voix du politicien chevronné s'est brisée. Son discours qu'il voulait grave, mais apaisé, est devenu un plaidoyer, un hommage, mais aussi une plainte : celle d'une douleur qui ne peut pas s'éteindre. Comment ne pas céder à l'émotion quand il faut ouvrir le livre de prières reçu par un jeune garçon allemand pour sa barmitsva, le 22 octobre 1938, quelques semaines à peine avant la Nuit de cristal ? Ce recueil de prières est aujourd'hui au Mémorial de Yad Vashem à Jérusalem. Mais jusqu'à aujourd'hui, personne n'a retrouvé le nom de son propriétaire, ni su ce qu'il était advenu de ce jeune Juif allemand de treize ans qui devait rêver d'une vie heureuse. C'est dans ce recueil que le président de la Knesset a lu le Kaddish, avant de se prendre la tête dans les mains.

Cette émotion qui a submergé les députés du Bundestag, le président allemand, s'est doublée par celle d'Inge Auerbacher, 88 ans, qui a raconté en mots simples et en allemand, ses souvenirs de petite fille de sept ans, déportée à Theresienstadt et qui a rappelé la mémoire de sa sœur, Ruth, qui n'est pas revenue.

Et c'est tout l'enjeu de la transmission, de la mémoire de la Shoah, alors que les survivants disparaissent et que les derniers encore en vie, étaient presque tous des enfants. L'émotion, ou plutôt l'horreur ne peut-elle être réellement perçue et ressentie que lorsqu'elle est exprimée par ceux qui l'ont vécue, par les témoins directs ? N'est-il possible d'empêcher une nouvelle catastrophe, une autre tentative d'anéantissement qu'en faisant appel à l'émotion, à l'empathie ? Si c'est le cas, alors la pente est dangereuse. Il faut que les valeurs fondamentales prévalent, que le sens du bien et du mal soient plus forts que la tentation de la haine. Et ce combat doit être gagné.

Pascale Zonszain

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