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Les Accords d’Abraham : les défis et l’espoir de la paix, la chronique d’Arié Bensemhoun

Au lendemain des commémorations de Yom HaShoah où nous rendions hommage à la mémoire des six millions de Juifs victimes de la barbarie nazie, et à la veille des célébrations de Yom Haatsmaout où nous fêterons la création de l’État d’Israël, le Sénat français a accueilli ce lundi un colloque sur les accords d’Abraham.

Longtemps, l’horizon de la paix entre Arabes et israéliens semblait impitoyablement s’éloigner et les rêves que portait celle-ci ne relevait que de l’utopie. Utopie d’hier, vérité de demain, car si les dynamiques géopolitiques à l’œuvre au Moyen-Orient sont complexes, les lignes ne cessent de bouger depuis presque deux ans.

La normalisation des relations entre Israël, le Bahreïn, les Émirats-Arabes Unies, le Maroc et le Soudan portent l’espoir d’un mouvement plus large qui pourrait conduire s’il était encouragé, à l’établissement d’une paix globale entre l’ensemble du monde arabe et Israël.

C’est donc dans cette perspective et sous le haut patronage de Gérard Larcher, président du Sénat, qu’ELNET et le campus francophone du collège académique de Netanya, ont réuni au Sénat :

  • Les Ambassadeurs d’Israël et du Bahreïn en France, Yaël German et Shaikh Khalifa bin Ahmed Al Khalifa 
  • Xavier Chatel, Ambassadeur de France aux Émirats Arabes Unies, 
  • Roger Karoutchi, 1er vice-président du Sénat, Président du groupe d’amitié France Israël
  • Olivier Cadic, sénateur, président du groupe d’amitié avec les Émirats Arabes Unies
  • Robert Greenway, président du Abraham Accords Peace Institute et plusieurs autres personnalités, notamment des députés israéliens, des anciens ministres, des personnalités françaises, et des personnalités du monde arabe.

L’objectif : porter un message de paix et d’espoir et cette mission a été parfaitement accomplie.

Tout au long de l’après-midi, devant un public concerné et intéressé, les intervenants de ce colloque ont décrypté ce rapprochement historique que représente les Accords d’Abraham pour le monde libre. Un constat s’impose à tous : il est indispensable d’encourager et de poursuivre nos efforts en œuvrant au rapprochement des peuples pour conduire le Moyen-Orient vers le chemin de la prospérité.

Jamais depuis les accords d’Oslo en 1993, un événement tel que les Accords d’Abraham ne s’était présenté à nous, laissant entrevoir la lumière de l’espoir ! C’est une opportunité et une chance incroyable de réconcilier définitivement les peuples, et pour cela la France et l’Europe ont un rôle à jouer.

Hôte des plus grandes communautés juive et musulmane d’Europe, notre pays à la possibilité d’impulser un nouveau souffle dans cette région du monde en contribuant à élargir le cercle de la paix à d’autres pays arabes. Le Liban, par exemple, l’un des partenaires privilégié de la France pourrait être encouragé à s’engager sur cette voie.

Le Président Macron, rappelons-le, lors de son intervention lors de la 75ème Assemblée Générale des Nations Unies, qualifiait, à juste titre, ces accords de « gage d’espoir pour la vie ». Il faut désormais transformer les paroles en actes et saisir cette occasion unique pour bâtir les fondements d’une paix juste et durable au Moyen Orient.

D’autant plus que la France et l’Europe plus largement, ont à la fois des atouts pour faire œuvre utile et un intérêt certain à s’impliquer dans ce processus que ce soit pour des raisons politiques, stratégiques ou économiques.

Si nous voulons jouer un rôle particulier dans ce combat pour la paix, la France doit à l’aube de ce nouveau quinquennat, inscrire, les Accords d’Abraham à l’ordre du jour de sa politique étrangère. C’est en effet, par la justice et la vérité, pour les Israéliens comme pour les Palestiniens, qu’il sera possible de cheminer vers cette fameuse paix durable que tout le monde semble appeler de ses vœux.

Au-delà de la reconnaissance mutuelle qui se joue derrière les Accords d’Abraham, c’est la pacification des relations entre les grands monothéismes sur le lieu de leur naissance qui est en jeu. La reconnaissance de l’altérité juive et de son héritage millénaire est un événement majeur à chaque fois qu’ils sont reconnus par des pays musulmans, car la paix passe par l’acceptation de l’héritage.

Seule une approche pragmatique et lucide en prise avec les réalités du terrain permettrait à notre pays, à la France, de faire entendre sa voix. Le temps est venu d’agir avec discernement et audace. Le train de l’histoire est En Marche et la France ne peut le regarder passer en restant sur le quai. Alors que la guerre frappe à la porte de l’Europe, la France doit prendre toute sa place dans ce processus de paix en jouant de tout son poids pour inviter d’autres pays arabes à rejoindre les Accords d’Abraham, seule possibilité pour faire reculer la haine et entrevoir des jours meilleurs. 

C’est notre responsabilité et c’est aussi celle de l’Europe de cultiver ce nouveau paradigme qui seul pourra contribuer à apporter non seulement la paix au Moyen Orient mais aussi la possibilité pour l’ensemble des pays qui sont autour de la Méditerranée d’atteindre un certain niveau de prospérité.

Arié Bensemhoun