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Le primaire de la gauche, la chronique de Guy Konopnicki

Nous savions, depuis un mot fameux de Manuel Valls, qu’il y avait -au moins – deux gauches irréconciliables… 

Les gauches, car il convient d’employer le pluriel, vingt ans après l’explosion de cette gauche singulière, qui se voulait plurielle, les gauches peuvent désormais se déchirer violemment dès lors que l’on parle d’un verre de vin, d’une bonne viande et d’un fromage.

Je croyais que seuls les médecins et les rabbins pouvait débattre pendant des jours et des jours de ce qu’il convient ou non de boire et de manger. Je me trompais.

Fabien Roussel, candidat communiste à l’élection présidentielle, ayant défendu les bases de la gastronomie française, en ajoutant qu’il fallait lutter pour l’accès de tous les Français à une nourriture de qualité, il s’est fait un tollé sur les réseaux sociaux, dans les médias et dans Libération… Roussel n’a rien dit de particulièrement scandaleux, il a seulement évoqué un art de vivre, fondé sur les domaines d’excellence de l’agriculture française. S’il avait eu une mère juive, il n’aurait pas oublié les légumes, mais dans une prestation précédente, Fabien Roussel, député du Nord, avait présenté une spécialité de sa région, une salade de harengs, oignons et pommes de terre. Hering, tsibeless et bulbess, c’est peut-être du Nord de la France, mais ça ressemble furieusement aux nourritures identitaires des juifs polonais.

Deux gauches inter sectionnelles se sont déchaînées contre Fabien Roussel. L’une écolo végane, plus soucieuse du sort des vaches que de celui des prolos qui triment pour gagner leur bifteck. L’autre, portée par l’inévitable Sandrine Rousseau, accuses le candidat communiste d’ignorer la France du couscous, dont elle se figure au passage qu’elle se délecte de l’apport de l’immigration musulmane, en ignorant que ce plat d’origine berbère est arrivé dans l’hexagone avec les rapatriés d’Algérie, les juifs tunisiens et marocains, et, bien sûr les bistros arabes des quartiers populaires, avec licence IV, fort loin des interdits islamiques.

Mais à peine Fabien Roussel avait-il répondu en postant sur tweeter une photo de sa famille attablée devant un couscous, que, dans Libération, Daniel Schneidermann mettait son grain de sel dans ce débat culinaire.

Le chroniqueur médias de Libé, s’arrêtait sur deux images : celle de l’hommage à Charlie, au siège du parti communiste, pour l’anniversaire de la boucherie du 7 janvier 2015 et la défense de la gastronomie française. L’hommage à Charlie était dépourvu de complaisance, Fabien Roussel avait invité un dessinateur, Xavier Gorce, qui défend la liberté d’expression, et le droit de blasphémer, une journaliste, écrivain, cinéaste, et militante féministe, Caroline Fourest, qui selon Schneidermann, défend une laïcité rigide, sans doute parce qu’elle a consacré un film aux femmes combattantes Kurdes affrontant l’État islamique… 

Ayant, la même semaine rappelé le souvenir de Charlie, évoqué Charb et sa lettre ouverte aux escrocs de l’islamophobie, avant de vanter la gastronomie française, Fabien Roussel est, pour Daniel Schneidermann, suspect, tenez-vous bien, de dérive lepéno-zemmourienne… La démonstration occupe une peine page de Libération, daté du 17 janvier.

Le primaire de la gauche s’est exprimé ! Pour Daniel Scheidermann, un candidat qui défend la laïcité et la gastronomie n’est plus de gauche, il est lepéno-zemmourien, autant dire fasciste ! 

On peut reprocher bien des choses à Fabien Roussel, il porte le lourd héritage du parti communiste, mais, aussi étrange que cela paraisse, il est le seul candidat de gauche qui ne toise pas de haut les gens du peuple, à partir d’une posture morale hypocrite. La sainte gauche croit se sauver, en courant après la radicalité, en adoptant les dernières idées à la mode, elle sent outragée quand on parle de la France, qu’elle abandonne à l’extrême-droite. Cette gauche devenue insignifiante est le meilleur agent électoral de Le Pen et de Zemmour.

Guy Konopnicki