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Alex Carrimbacus accuse Yacine Mihoub : « Je suis un voleur, pas un tueur », la chronique de Michel Zerbib

A la barre le jeune homme de 25 ans aujourd’hui, ancien SDF, parle plutôt clairement. Il s’exprime bien et précisément mais sans grande émotion. Il rencontre Mihoub à Fleury Merogis qui lui dit être incarcéré pour trafic d’armes avec « les Russes ». Ça en impose en prison. « Si j’avais su que c’était pour agression sexuelle, je n’aurais pas trainé avec lui », ajoute Carrimbacus qui tourne le dos à son co-accusé qui souffle et fait monde la tête. Libéré de prison en janvier 2018 , ils ne se revoient que  le 22 mars 2018 soit la veille du crime abominable. Mihoub l’a appelé pour un plan « thune », dit-il .

Il pense que c’est pour un travail mais quand il arrive sur place, il comprend que Mihoub veut cambrioler la maison de la vieille dame. Mireille Knoll est assise sur son fauteuil médicalisé, elle discute avec Mihoub, nous apprend-il. Ils parlent de la guerre d’Algérie, de la 2ème guerre mondiale, la Résistance mais aussi du fait, qu’ à cause d’elle, il n’a pas pu assister à l’enterrement de sa sœur. Carrimbacus se souvient du tour gênant et inquiétant que prend cette conversation et les reproches de Mihoub faits à Mireille. Pourtant, je vous l’avais, raconté, Mireille Knoll n’avait jamais voulu même croire à l’agression sexuelle à laquelle Mihoub s’était livré dans son propre appartement et qui avait valu à son auteur une peine de prison. Tout cela Carrimbacus ne peut pas l’avoir inventé nous dira Maître Goldnadel qui croit en son récit tout en considérant que l’individu est une « énigme morale ».

Arrivé dans l’appartement vers 16h10 ce 23 mars, Mihoub lui demande d’aller chercher une bouteille de Porto au Super U en bas. Lorsqu’il remonte, deux minutes après, il voit que Mihoub insiste dans sa conversation avec Mireille. Le ton est monté avec la fragile grand-mère juive. Pendant que Mireille Knoll se rend aux toilettes, Mihoub lui décide d’aller fouiller l’appartement. Il met des objets dans un sac. Il lui montre un manteau en fourrure et une chevalière.

 Là , c’est sur , son plan Thune , c’est un cambriolage . Lui qui voudrait se ranger , se réinsérer, se dit finalement « pourquoi pas ». « Je fouille à sa demande mais sans rien prendre ». « Mihoub , alcoolisé est toujours en train parler de la mort de sa sœur et le ton monte avec la vieille dame et d’un seul coup il va porter Mireille ‘comme une princesse’ dans sa chambre ». La suite Carrimbacus va la raconter : « elle m’ appelle, Marcel, Marcel en criant. » 

Je pense qu’elle est tombée des bras de Mihoub et je veux lui apporter son déambulateur pour la relever et c’est là que je le vois ( Mihoub ) le couteau à la main en criant Allah hou Akbar et tentant en plus de l’étrangler « elle a payé pour ce qu’elle a fait! » Il donne plusieurs coups de couteaux encore. J’étais tétanisé , j’avais peur … il me dit dépêche toi , l’infirmière arrive à 20 heures … je vomis sur ma veste , il s’énerve et me demande mon briquet … il met le feu au rideau de la chambre , allume le torchon de la cuisine et ouvre les boutons de gaz et puis veut bruler dans le salon le fauteuil ». Mihoub prend la bouteille de porto , les verres utilisés et le fameux couteau et les deux hommes montent au 7e chez la mère de Mihoub Zoulika . « Ça y est la vieille n’est plus de ce monde », lance-t-il à sa mère qui prend les objets et les jette dans le vide-ordure (sauf étrangement le couteau qu’on retrouvera chez la frère de Mihoub ). Carrimbacus va vomir encore , il n’a rien fait, rien empêcher Pourquoi n’a-t-il pas pris la fuite. « Je suis un voleur, pas un tueur. Enfin, j’étais un voleur. »

Bonne question. C’est la question qui s’est posée à la barre Pourquoi ne s’est-il pas interposé pour sauver l’octogénaire, l’interroge le président. Ou même pris la fuite et prévenu les secours ? Le magistrat rappelle qu’ils sont restés près de quarante-cinq minutes dans l’appartement après le meurtre de Mireille Knoll. « Vu ce qu’il avait fait, j’avais peur. J’étais dépassé. Je regrette, je sais que j’aurais dû appeler les secours, les pompiers. » Droit dans le box, les mains jointes devant lui, il explique son comportement par la crainte que lui inspirait Yacine Mihoub, précisant que ce dernier lui avait fait croire qu’il avait été condamné pour un trafic d’armes avec des Russes, qu’il avait un « réseau ».

Selon son récit  ses faits et gestes lui sont dictés par Yacine Mihoub : c’est lui qui lui dicte le texto à envoyer à une amie pour brouiller les pistes. C’est lui encore qui lui intime l’ordre de continuer de fouiller l’appartement de Mireille Knoll. Lorsqu’il lui demande son briquet, il s’exécute. Tout comme il le suit chez sa mère après avoir quitté l’appartement de l’octogénaire : « Tout ce qu’il m’a dit de faire, je l’ai fait. » Me Sébastien Journe, l’un des avocats de la famille Knoll, s’étonne, rappelle qu’il pratiquait à l’époque le Krav Maga, le free fight et le self-défense. Loin, donc, de la posture de soumission qu’il décrit.

Dans le box , plutôt tranquille Mihoub souffle un peu mais un peu plus tard il va répondre aux questions sur sa personnalité en toute décontraction (qui contraste avec l’abomination qu’on lui reproche et qu’il nie). Ce dernier est interrogé ce lundi 8 novembre 2021 sur les faits. Mais vendredi la cour a commencé à comprendre.

Michel Zerbib