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NSO blacklistée aux USA

Décidément, le dossier NSO continue de perturber la diplomatie israélienne. Le Département américain du Commerce a annoncé le 3 novembre, avoir placé la société spécialisée en surveillance informatique sur sa liste des entités étrangères, où figurent toutes les personnes physiques ou morales, sociétés commerciales ou institutions publiques, dont les activités sont contraires aux intérêts de sécurité nationale ou de politique extérieure des Etats-Unis. Cette liste, qui couvre des dizaines de pays et qui est régulièrement mise à jour, comporte surtout des entités liées à l’industrie militaire, à l’espionnage ou aux armes de destruction massive.

Le groupe israélien NSO s’était retrouvé en juillet dernier au cœur des révélations d’un collectif international de médias, qui l’avaient mis en cause pour la vente du logiciel de surveillance Pegasus à des Etats qui s’en seraient servis pour espionner à l’intérieur, mais aussi à l’extérieur de leur territoire. C’est ainsi que le Maroc avait été cité pour avoir utilisé le logiciel israélien afin de cibler les téléphones de plusieurs personnalités politiques en France, à commencer par celui d’Emmanuel Macron. Le président avait aussitôt réuni un conseil de défense, puis téléphoné à Naftali Bennett pour réclamer une enquête. Le ministre israélien de la Défense Benny Gantz s’était ensuite rendu en personne à Paris, pour tenter de calmer la colère des Français et de désamorcer la crise. Le mois dernier, c’est Eyal H’ulata, le conseiller à la sécurité Nationale du gouvernement israélien qui se rendait à son tour à l’Elysée pour discuter un règlement du contentieux. Car entretemps, la presse israélienne a rapporté que la France avait déjà pris des mesures de rétorsion, en gelant une partie de ses relations avec Israël, notamment dans les domaines de la sécurité et du renseignement, en attendant que l’affaire soit éclaircie. Le conseiller israélien aurait depuis fourni à son homologue français des informations sur le rôle du logiciel de NSO et promis que les exportations futures de matériel israélien de surveillance informatique ne pourraient être utilisées contre des cibles françaises, comme c’est déjà le cas avec d’autres pays alliés.

C’est dans ce contexte que Naftali Bennett avait pu rencontrer Emmanuel Macron dimanche à Glasgow en marge de la Cop26. Le Premier ministre israélien l’aurait de nouveau assuré de sa détermination à régler l’affaire dans la transparence et dans la discrétion.

Mais voilà donc que le scandale NSO traverse l’Atlantique avec la décision du Département américain du Commerce, qui revient à interdire toute transaction avec la société israélienne. Ce n’est pas la première fois qu’une firme israélienne se retrouve sur la liste noire, mais jamais au centre d’une telle exposition médiatique planétaire. La Secrétaire américaine au Commerce a d’ailleurs souligné que sa décision « faisait partie des efforts de l’administration Biden de placer les droits humains au centre de la politique étrangère des Etats-Unis, y compris en freinant la prolifération d’instruments numériques servant à la répression ». Si NSO se retrouve visée avec des sociétés de Russie et de Singapour, c’est quand même une nouvelle désagréable pour le gouvernement israélien, qui n’a d’ailleurs été prévenu qu’une heure avant et alors que Naftali Bennett a plus que jamais besoin de la confiance de son allié américain sur des enjeux stratégiques.

Pascale Zonszain