(Crédit: Forces de défenses israéliennes)

La Russie va-t-elle fermer l’espace aérien syrien à Israël ?

Comme toujours avec la Russie, le message n’est pas direct. Le 19 juillet, après une frappe attribuée à Israël contre un objectif iranien dans la région d’Alep dans le nord de la Syrie, c’est un officier russe qui a réagi. Sur les huit missiles tirés par des chasseurs bombardiers israéliens, sept ont été interceptés par des missiles sol-air et un dispositif de défense aérienne russes, a expliqué à l’agence Tass, avec force détails, le vice-directeur du Centre russe pour la réconciliation inter-syrienne. Quand ce genre de communiqué émane de l’armée d’Assad, on peut s’interroger sur sa fiabilité, mais quand il s’agit d’un organisme militaire russe, sa crédibilité semble déjà plus sérieuse. Ce n’est pas la première fois que la défense aérienne russe entre en action dans le ciel syrien, mais il n’est pas fréquent que le fait soit rendu public et surtout de cette façon.

Surtout que ce n’est pas le seul élément nouveau. Ce weekend, ce sont des responsables russes, sous couvert de l’anonymat, qui se sont confiés au journal Asharq al Awsat. Selon les sources du quotidien londonien en langue arabe, Moscou n’exclut pas l’idée de fermer l’espace aérien syrien aux appareils de Tsahal, autrement dit, de renforcer encore son dispositif de défense aérienne et surtout de s’en servir. Et l’article indique encore que la patience des Russes aurait atteint ses limites.

Petit retour en arrière. C’est en septembre 2015 que la Russie a augmenté sa présence militaire en Syrie et notamment pris le contrôle de son espace aérien, pour venir en aide au régime de Bashar Assad, déjà affaibli par trois ans de conflit civil. Israël de son côté avait déjà commencé à opérer en Syrie par des frappes aériennes qui avaient deux objectifs principaux : empêcher le transit des cargaisons d’armes au Hezbollah vers le Liban et contrer l’installation de l’Iran sur le territoire syrien, près de la frontière israélienne. C’est la fameuse doctrine de « Campagne entre les guerres ».

A l’époque, c’est la réaction rapide de Benyamin Netanyahou et ses bonnes relations avec Vladimir Poutine, qui vont permettre d’établir un modus vivendi avec les Russes. Israël ne touche pas à Assad et la Russie laisse Israël frapper l’Iran. Ce qui n’a pas empêché quelques tensions, comme lorsque en septembre 2018, la défense aérienne syrienne qui visait un avion israélien, avait par erreur abattu un avion russe et tué son équipage. Ce qui avait entrainé un sérieux refroidissement des relations entre le Kremlin et Jérusalem. Mais dans l’ensemble, le système avait bien fonctionné.

Jusqu’à ces nouveaux signaux envoyés par Moscou qui pourraient indiquer un changement de politique. Il est vrai que le conflit intérieur syrien est en voie de règlement et que Bashar Assad a retrouvé le contrôle de la quasi-totalité de son territoire. Ce qui le remet en selle vis-à-vis des autres pays de la région, dont certains régimes sunnites qui envisagent de lui redonner sa place, surtout si cela peut aider à calmer les appétits de l’Iran. Et si les Etats-Unis poursuivent leur désengagement, ils préféreront aussi une Syrie apaisée, même avec un dictateur à sa tête. Dans ce cas, Israël devra repenser son mode opératoire. En attendant, le ministre de la Défense Benny Gantz assure que rien n’est changé et que le dialogue tactique avec les Russes fonctionne comme au premier jour.

Pascale Zonszain