(Crédit: bibliothèque nationale d'Israël)

Patrice Quemoun sur Radio J: « Theodor Herzl aura changé le destin du peuple juif »

Patrice Quemoun, réalisateur d’une série de podcasts sur Theodor Herzl, était l’invité d’Ilana Ferhadian ce vendredi matin sur Radio J, à 7h47. Il est revenu sur l’histoire de Theodor Herzl.

Cette année était célébré le 125ème anniversaire de la publication de L’État juif, écrit par Theodor Herzl en 1896. Un personnage historique, considéré comme le père du sionisme moderne, et auquel Patrice Quemoun, grand passionné de ce dernier, lui consacre un podcast. Dans « Les années incandescentes », le réalisateur revient sur neuf années de vie de Theodor Herzl, et ses combats pour faire émerger l’Etat Juif.

« Il y a une trentaine d’années, un ami m’a offert des extraits du journal de Theodor Herzl », explique Patrice Quemoun au micro de Radio J. « J’ai découvert un homme qui se livrait complètement, qui montrait ses combats ainsi que l’âpreté de la vie, ses doutes, ses erreurs, les difficiles relations qu’il entretient avec sa femme. Je me suis dit qu’il fallait absolument faire quelque chose. »

« Les années incandescentes », c’est donc le nom de ce podcast, qui a dores et déjà attiré plus de 3 500 personnes, et qui compte plus d’une dizaine d’épisodes. Un nom qui n’est pas dû au hasard.

« En neuf ans Theodor Herzl va changer drastiquement le cours de sa vie. Et, en changeant le cours de sa vie, il va changer le cours du peuple juif. Il va mettre littéralement le feu à sa vie puisque au bout de ces neuf années, il va mourir d’épuisement, d’une crise cardiaque, après avoir tout sacrifié pour la cause sioniste. En neuf années, il aura changé le destin du peuple juif et il aura totalement consumé sa vie, d’où Les Années Incandescentes. »

Tout au long de sa vie, Theodor Herzl a été préoccupé par la question du peuple juif. Résoudre cette question est devenu une obsession, à tel point que ses amis lui conseillent d’aller consulter un psychiatre. « À partir du moment où il commence à avoir l’idée du sionisme qui l’habite, il y pense matin et soir. Il écrit dans la journée, il écrit au théâtre, il écrit en marchant. » Après quelques temps, il finit par consulter un professionnel : ˝Si vous êtes fou, nous sommes deux. Je suis avec vous. » C’est là que l’aventure sioniste commence selon Patrice Quemoun. Car ce psychiatre n’est pas n’importe qui, c’est Max Nordau, un autre fondateur du sionisme moderne, qui deviendra un de ses plus grands amis.

Sioniste convaincu, Herzl ne demeure pas moins un vrai laïc… Il refuse notamment de faire circoncire son fils, et plaide pour la conversion des juifs, comme l’explique Patrice Quemoun :

« Theodor Herzl est un Juif et un Juif que l’on pourrait appeler laïc et presque totalement assimilé. […] Il va évoluer en se disant que de toute façon les Juifs sont un peuple. […] La force de l’antisémitisme lui fait [aussi] comprendre la possibilité pour les Juifs de vivre dans les pays dans lesquels il réside ne suffit pas. Il faut donc trouver une solution. »

Mais alors qu’est ce qui a motivé Herzl à prendre tant à coeur la « question juive » ? Indubitablement, c’est d’abord l’affaire Dreyfus : « Il est correspondant de presse à Paris. Il assiste en tant que journaliste à la dégradation du capitaine Dreyfus », raconte le réalisateur, qui poursuit : « Mais, il y a aussi l’élection de Karl Lueger quelques mois plus tard à la mairie de Vienne. Karl Lueger est un pré-Hitler. Il va être élu sur un programme violemment antisémite. Toute la communauté juive de Vienne est sous le choc, même l’Empereur refuse de nommer Karl Lueger comme maire. Il faudra plusieurs tentatives. Tout cela fait une sorte de cocktail explosif qui amène Theodor Herzl qui amène à penser à la nécessité de trouver une terre pour les Juifs. »

Dans les « Années incandescentes », par ailleurs, un épisode est consacré à la crise d’Ouganda, lorsque les Juifs, persécutés dans le monde, cherchent une terre d’accueil. Une grave crise traverse alors le mouvement sioniste, comme le raconte Patrice Quemoun :

« C’est la première véritable fracture au sein du mouvement sioniste. Lorsque Herzl va rencontrer le ministre des colonies Joseph Chamberlain en Angleterre, il lui explique qu’un pays pour accueillir les Juifs est nécessaire. » Et Chamberlain lui dit : Si vous trouvez un endroit où l’homme blanc n’a pas encore posé le pied nous sommes prêts à étudier la question ».

Selon Theodor Herzl, l’Ouganda semble être la bonne solution pour abriter les Juifs victimes de pogroms en Europe. Toutefois, lorsque « Herzl va parler de cette solution au Congrès sioniste, il y aura un silence de mort ». Tous les Juifs affirment qu’il « n’est pas question de considérer un autre endroit que la Palestine ».

Dans les « Les années incandescentes », Patrice Quemoun présente beaucoup de correspondances de Theodor Herzl avec ses contemporains. Il évoque notamment le baron de Hirsch, particulièrement frileux sur la question du sionisme, ou encore le baron de Rothschild. Theodor Herzl a multiplié les rencontres avec les chefs d’état, pour tenter d’aboutir au projet sioniste. Mais ces entretiens n’ont cependant pas toujours porté leurs fruits… c’est précisément our cette raison qu’il s’est rendu malade.

Finalement, « Herzl cherche une possibilité de donner un sens à sa vie. Il trouve le sionisme et il va s’y exprimer totalement et il va changer le destin du peuple juif. [Cela contrebalance aussi le fait] que c’est un homme seul, profondément seul. Il a perdu sa sœur lorsqu’elle avait 19 ans. Il va perdre quelques années plus tard, en 1891, son seul et unique ami qui va se suicider. Il va se retrouver seul avec sa femme. Mais, tout de suite après le mariage, les disputes commencent à naître. Le mariage vire au cauchemar. Sa femme menace de se suicider à différentes reprises, même lorsqu’elle est enceinte de leur fils. Il sera question à de très nombreuses reprises de divorce ».

Cécile Breton