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Marc Knobel sur Radio J : « Ces parallèles sont les plus odieux et les plus violents possibles »

Marc Knobel, historien, essayiste et auteur de Cyberhaine, propagande et antisémitisme sur Internet paru aux éditions Hermann, était l’invité d’Olivier Issembert ce jeudi matin sur Radio J, à 8h50. Il est revenu sur le pass sanitaire comparé à la Shoah et à l’Apartheid.

Pour tenter de faire cesser la propagation du variant Delta plus dans notre pays, Emmanuel Macron a annoncé lundi une série de mesures fortes qui ont du mal à passer pour certains, et ce dans la classe politique comme sur les réseaux sociaux. Mercredi, des milliers de personnes ont d’ailleurs manifesté en France à ce sujet. Le pass sanitaire étendu dans de nombreux lieux à compter du 21 juillet, l’obligation vaccinale pour les soignants : voici certaines des mesures qui ne passent pas. Le problème est qu’un parallèle avec la Shoah, l’Apartheid ou encore la dictature a été dressé. Face à cette situation, Marc Knobel n’est pas surpris puisqu’il a déjà pu constater « depuis plusieurs mois que ces parallèles existaient et se manifestent dans les réseaux sociaux ».

L’essayiste explique de surcroît que, « dans les réseaux sociaux, les gens manifestent leur désapprobation, leur colère ou bien leur peur. La peur peut être irrationnelle. Nous sommes dans un temps de pandémie mondiale qui marque l’opinion publique, qui impose des restrictions au niveau de notre liberté publique. Tout cela s’entrechoque et, un certain nombre de gens qui ont peur d’être vaccinés ou qui ne veulent pas, vont affirmer leur colère. Ils vont chercher l’empathie ou bien ils vont chercher à gagner à leur pseudo-thèse un certain nombre de gens en collant des images fortes. On a vu par exemple des images de Macron en officier allemand avec une petite moustache sur la lèvre. [On a vu aussi] des comparaisons : la France serait la Corée du Nord ». Les hashtags « Corée du Nord », « dictature », ou « Shoah » sont même devenus des tendances. « Ces parallèles sont les plus odieux et les plus violents possibles ».

« Si on met une étoile jaune et qu’on remplace le terme ‘Juif’ par ‘non-vacciné’ ou autre chose, évidemment que ça a un impact », ajoute Marc Knobel. « D’abord on relativise ce qui n’a absolument pas lieu d’être et cette tentative est absolument monstrueuse, elle est absolument odieuse, elle est même dangereuse. On ne peut pas tout mettre sur le même plan. »

L’antisémitisme n’est donc pas « très loin derrière« . Parmi ceux « qui brandissent un symbole aussi lourd, aussi puissant historiquement que l’étoile jaune, les protestataires qui veulent marquer l’opinion publique, un certain nombre de gens proviennent des extrêmes, quelque fois de l’extrême droite, et se shootent aux théories conspirationnistes ». Théories qui d’ailleurs font circuler bon nombre de préjugés et de désignations bouc-émissaire. « C’est là que peut se trouver l’antisémitisme. »

Parmi ces personnes se trouvent aussi certaines qui sont ignorantes de l’Histoire et de l’impact que de tels gestes et paroles peuvent avoir. « Chacun peut aller de son sentiment, de sa réaction, de son incertitude, de ses doutes, de ses peurs. La liberté veut que nous exprimions les uns et les autres ce que nous pensons. […] Chacun peut exprimer ce qu’il veut. Après il y a une réalité. Et la réalité est extrêmement inquiétante aujourd’hui. […] Il y a bien des gens qui sont tout à fait de bonne foi, ils expriment une peur. Mais, il faut s’interroger sur la manière que l’on a de parler de ce sujet. […] Ce n’est pas en choisissant ces images que l’on peut faire avancer cette discussion autour du vaccin. »

Cécile Breton