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Arnaud Lacheret sur Radio J: « L’Iran et l’Arabie saoudite ne souhaitent pas la même chose »

Arnaud Lacheret, professeur de science politique à Bahreïn, était l’invité d’Olivier Issembert ce jeudi matin sur Radio, à 8h50. Il est revenu sur la visite de Yaïr Lapid aux Émirats arabes unis. 

Yaïr Lapid, le chef de la diplomatie israélienne, vient de conclure sa visite historique de deux jours aux Émirats arabes unis. À la clé de cette visite : la signature prochaine de nouveaux accords de coopération. Pour Arnaud Lacheret, toutes ces transitions dont parle Yaïr Lapid se déroulent de la manière suivante : « Ça a commencé en effet entre les Emirats arabes unis et Israël et un petit peu le royaume du Bahreïn par de l’intergouvernemental, par des relations diplomatiques. Très rapidement, les hommes d’affaires israéliens étaient déjà sur place, ils communiquaient déjà avec leurs homologues iraniens, des protocoles d’accord dans le secteur privé, dans le secteur de l’investissement, de la recherche étaient déjà signés. En fait, ce que Yaïr Lapid fait ici à Abou Dhabi et à Dubaï c’est davantage de la relation publique. […] Ce que veut dire Yaïr Lapid quand il parle de relations avec les peuples, il ne parle pas vraiment des peuples émiriens. » 

À la question de savoir si le fait que Benjamin Netanyahou, l’artisan de ces accords d’Abraham, ne soit plus à la tête du gouvernement va induire quelques changements, le professeur de science politique répond : « Force est de constater que non. J’étais persuadé que la personnalité de Benjamin Netanyahou et surtout que sa longévité faisait que c’était peut-être plus simple de discuter avec quelqu’un qui était en place depuis très longtemps. […] Je pensais que la personnalité de Benjamin Netanyahou permettrait une sorte de ressemblance, on se projetterait plus facilement. […] Force est de constater que ce qui s’est passé au début d’année, c’est-à-dire les multiples ratés pour de très bonnes excuses des premières visites de Benjamin Netanyahou à Abou Dhabi et à Bahreïn, montrent le contraire. Et, le fait que Yaïr Lapid soit très bien accueilli […] montre que peut-être la personnalité de Benjamin Netanyahou était trop clivante vis-à-vis du monde arabe. »

Cette étape semble synonyme d’un rapprochement avec l’Arabie Saoudite. « Ça va y contribuer évidemment. […] Le prince héritier, Mohamed ben Salman, cherche à ouvrir au maximum l’Arabie Saoudite. Il cherche à faire venir des fonds étrangers, des touristes étrangers en Arabie Saoudite ». L’Iran cherche quant à lui « exactement le contraire. Il ne cherche pas du tout à s’ouvrir. Il cherche à renforcer un pouvoir interne et à exercer une pression de plus en plus forte sur le peuple. […] Donc, le temps long va plutôt dans le sens d’un rapprochement entre l’Arabie Saoudite et Israël »

Finalement, « il y aura toujours des négociations. Il y aura même peut-être un protocole d’accords entre l’Iran et l’Arabie Saoudite mais, de fait, dans le moyen et le long terme, ces deux pays ne souhaitent pas la même chose. Ils n’ont pas du tout la même vision ». Cela montre donc que l’État d’Israël et des pays arabes « peuvent avoir une politique constructive ».

Cécile Breton