Image d'archive de l'avant poste d'Oz Zion en Judée-Samarie (Crédit: capture d'écran vidéo)

En Samarie, Evyatar, nouveau test pour Bennett

Rien n’est encore définitif, mais il semble pourtant que l’on s’achemine vers un règlement amiable dans l’affaire du point de peuplement d’Evyatar. Comme souvent, l’installation de cette implantation avait commencé en avril 2013 après le meurtre d’un Israélien, Evyatar Borowsky, tué dans une attaque terroriste au carrefour Tapuah, dans le nord de la Samarie. Ce que les Israéliens de Judée Samarie appellent une « réponse sioniste » aux attaques palestiniennes. D’autres points de peuplement ont ainsi été créés à la suite d’attentats.

Sur la carte, Evyatar occupe une position stratégique, puisqu’il est à la fois entre trois villages palestiniens et deux implantations israéliennes et qu’il assure ainsi une continuité entre les seconds et la rend impossible entre les premiers. Le terrain avait d’ailleurs été auparavant réquisitionné par Tsahal qui y avait installé une position, abandonnée par la suite. Le point de peuplement est rapidement évacué sur ordre de l’armée et régulièrement visité depuis, sans pour autant être réinvesti. En tout cas jusqu’au début du mois dernier. Le 2 mai, Yehuda Guetta, un jeune étudiant de yéchiva de 19 ans est tué par un Palestinien dans une fusillade au carrefour Tapuah. Et cette fois, la réponse n’est plus deux tentes et une caravane établies à la hâte, mais bien l’installation, financée par l’organisation Nah’ala, et soutenue par le Conseil des Implantations, de 40 maisons en préfabriqué avec une véritable infrastructure, permettant l’arrivée de familles entières, et dont l’armée doit assurer la protection. Le point de peuplement est en zone C, c’est-à-dire sous contrôle israélien et sur une parcelle dont le statut juridique n’est pas encore déterminé.

En Israël, on le sait le mois de mai a été plutôt chargé : entre les onze jours de confrontation avec le Hamas et le marathon politique pour la formation du gouvernement. Mais c’est justement dans ce contexte que le développement de l’implantation d’Evyatar a trouvé un moment particulièrement favorable. Pour ses initiateurs, dont le président du Conseil de Samarie, Yossi Dagan, membre du Likoud, Evyatar devenait une carte à jouer face au bloc de Benyamin Netanyahou, mais aussi en direction de Naftali Bennett, pour influer sur l’issue des pourparlers de coalition.

Finalement, rien n’a été tranché, mais le dossier est resté sur la table de Benny Gantz, qui est aussi le ministre de la Défense du gouvernement Bennett. Il faut rappeler que les implantations de Judée Samarie sont placées sous sa responsabilité. C’est donc Gantz qui a choisi de négocier un compromis plutôt que d’émettre une ordonnance d’expulsion, comme il avait le pouvoir de le faire. Le ministre de la Défense propose que les familles qui se sont installées à Evyatar quittent l’implantation librement et en échange, il s’engage à y installer une yéchiva avec une présence militaire et aussi à réexaminer le statut du terrain, et la possibilité d’y construire, s’il n’est pas une propriété privée. Quelle que soit l’issue choisie, évacuation ou compromis, Evyatar fera office de test, à la fois sur la cohésion de la coalition, car le Meretz est contre cet arrangement, mais aussi sur le plan international, et notamment des Etats-Unis, qui scrutent à la loupe, les gestes du nouveau Premier ministre israélien.

Pascale Zonszain