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Tension à surveiller en Judée-Samarie

Clairement, on peut parler d’escalade. Au mois de mai, le Shin Bet, les services de sécurité intérieure ont recensé 592 incidents en Judée Samarie, et 178 pour la région de Jérusalem. Soit plus de 600 attaques le mois dernier, alors qu’on en dénombrait une centaine en avril. Le mois de mai a surtout été marqué par les onze jours de confrontation avec le Hamas et l’opération Gardien des Murailles qui a répondu aux 4300 roquettes tirées depuis Gaza par l’organisation palestinienne. Si la violence a été moindre en Judée Samarie, elle a donc pourtant relevé la tête. Elle a fait une victime israélienne, Yehuda Guetta, tué début mai par un terroriste palestinien dans le nord de la Samarie. D’autres fusillades qui n’ont pas fait de victime, ont visé des soldats de Tsahal, mais aussi des véhicules civils. Ce sont surtout des jets de bouteilles incendiaires qui ont constitué l’essentiel des attaques recensées le mois dernier, auxquelles il faut ajouter des charges artisanales et aussi des incendies volontaires, des tentatives d’attaque à la voiture bélier, agressions à l’arme blanche. Et aussi les accrochages entre émeutiers palestiniens et soldats de Tsahal sur les checkpoints et les barrages, qui ont fait plusieurs tués côté palestinien.  

La plupart de ces attaques émanent d’individus isolés et non de cellules terroristes organisées. Mais comme on l’a vu tout au long du mois de mai et de l’escalade qui a accompagné le début du Ramadan, le Hamas et les autres organisations terroristes ont alimenté le climat d’hostilité, même s’ils n’ont pas orchestré les attaques de manière spécifique, comme dans le cas d’un attentat organisé. C’est justement la mission du Shin Beth de surveiller en permanence et de prévenir la reformation des cellules terroristes palestiniennes en Judée Samarie, et de mener régulièrement des opérations d’arrestation dans les localités palestiniennes pour interpeller des terroristes recherchés.

C’est Jérusalem qui a servi de carburant au Hamas pour attiser les braises et tenter de reprendre pied en Cisjordanie, et d’y affaiblir l’Autorité Palestinienne et le régime de Mahmoud Abbas. Le fait que le dirigeant de l’Autonomie ait décidé une nouvelle fois d’annuler les élections qui n’avaient plus eu lieu depuis quinze ans, a évidemment contribué à dégrader le climat politique intérieur palestinien. Et cela a paradoxalement servi l’organisation islamiste de Gaza, qui a vu sa cote de popularité remonter en flèche en Cisjordanie, surtout après la confrontation du mois de mai.

Le fait que la situation reste sensible dans les quartiers est de Jérusalem, en particulier à Sheikh Jarrah et que le Hamas continue d’inciter les Palestiniens à « défendre al Aqsa », maintient un foyer de tension qui peut se réveiller à tout moment. Et outre les attaques contre des Israéliens, il faut aussi mentionner les tensions croissantes et les incidents entre Palestiniens et Israéliens autour de certains points de peuplement juifs.

Ce qui signifie qu’il est en train de s’accumuler un certain nombre de facteurs de risque pour un regain de violence en Judée Samarie, indépendamment de ce qui se passe sur le front de la Bande de Gaza. Le seul point positif est que, plus le Hamas devient menaçant en Cisjordanie, et plus le chef de l’Autorité Palestinienne a intérêt à poursuivre sa coordination sécuritaire avec Israël. Mais pour les services de sécurité israéliens, cela veut dire aussi que le front sud n’est plus le seul à surveiller de près.

Pascale Zonszain