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Marie Peltier : « Il y a une dizaine d’années, personne n’en avait rien à faire du conspirationnisme »

Marie Peltier, historienne et autrice de « L’ère du complotisme, la maladie d’une société fracturée« , était l’invitée d’Eva Soto ce mercredi matin, à 8h50, sur Radio J. Elle est revenue sur les propos de Jean-Luc Mélenchon et le complotisme. 

Le leader de la France insoumise a été mis en cause après ses propos concernant les attentats. Accusé de conspirationnisme, il a désormais ouvert un contre-feu en dénonçant la vidéo du blogueur d’extrême droite, Papacito. Un match nul est-il en train d’être joué ? « Ce sont deux problèmes de nature différente », explique Marie Peltier. « On sait ce qu’est l’extrême droite. Et, on sait historiquement ce à quoi l’extrême droite mène. L’extrême droite est violente. L’extrême droite vise les minorités. L’extrême droite ne s’en prend pas seulement d’ailleurs aux militants de gauche mais à toutes les personnes perçues comme progressistes ou en tout cas issues des minorités dans notre société. Par contre, Mélenchon, c’est un problème d’une autre nature. C’est un problème de conspirationnisme qui, malheureusement, est répandu très largement à travers notre société et un opportunisme politique de la part d’un leader qui utilise cet imaginaire conspirationniste dans une visée essentiellement électoraliste à mon avis. »

Il semble alors que l’opportunisme politique ait un lien avec la confusion politique que la France a pu connaître avec les Gilets jaunes. Pour Marie Peltier, « c’est le même imaginaire politique. […] C’est un imaginaire de la défiance à l’égard des institutions démocratiques qui a pris beaucoup d’ampleur ces dernières années. Et, effectivement, quand un imaginaire politique prend de l’ampleur, il est logique que les leaders politiques, à un moment donné, s’en emparent. Malheureusement, on sait, par exemple avec ce qui s’est passé aux États-Unis, que ça peut conduire au pouvoir des personnes qui sont élues sous une rhétorique conspirationniste. » Et, cette situation n’est pas sans danger. « C’est un risque pour cette campagne, en France particulièrement. Il y a une continuité effectivement avec les Gilets jaunes : c’est de rentrer en quelque sorte dans un imaginaire antisystème, un imaginaire de rejet qui est un imaginaire violent in fine, qui peut être violent, qui peut être insurrectionnel et c’est ça le danger. »

De tels discours peuvent parfois mener « à des victoires », estime l’historienne. « Le Brexit a eu lieu et c’était la même rhétorique. Trump a été élu et c’était la même rhétorique. Donc je pense qu’il ne faut pas du tout sous-estimer la force électoraliste de ce type de discours. »

Finalement, il ne faut pas oublier « qu’il y a une dizaine d’années, personne n’en avait rien à faire du conspirationnisme. […] Maintenant, c’est plus le cas. On nous écoute. Je suis dans les médias à peu près tout le temps donc ça montre bien qu’il y a un intérêt pour la question donc c’est quand même une évolution positive. Mais, en contrepartie, il y a une banalisation de cette parole, il y a un mainstreamisation de cet imaginaire, c’est-à-dire que c’est devenu un imaginaire extrêmement répandu dans la société. Et donc très diffus aussi, parce qu’il faut rappeler que le conspirationnisme se répand à des degrés divers. Quelque chose qui se répand à des degrés divers et qui est diffus comme le conspirationnisme n’est pas facile à combattre. »  

Cécile Breton