Iron Dome in action on May 13, 2021. (Avichai Socher/IDF)

Israël-Gaza, la guerre des images

Sur Radio J, c’est 11 jours de combats entre le groupe terroriste Hamas et l’Etat d’Israël que nous avons couvert, jour après jour. Mais bien au-delà de ces hostilités militaires, c’est aussi une guerre des images dont on est témoin dans chaque conflit entre l’Etat juif et la bande de Gaza. Dans le monde entier, entre désinformation et propagande, des influenceurs et autres célébrités ont réussi à diffuser le récit selon lequel les Israéliens sont des «oppresseurs» et les Palestiniens des «opprimés». Récit qui transcende tous les esprits et toutes les communautés. Et puisque le Hamas crée chaque fois l’illusion, et avec brio, qu’Israël est l’agresseur, aujourd’hui c’est une véritable contre-attaque que tentent de mener Tsahal et les autorités israéliennes.

Par Ilana Ferhadian

Si l’armée israélienne peut se targuer d’avoir obtenu d’importants succès tactiques, notamment d’avoir gravement endommagé le réseau de tunnels terroristes du Hamas et les usines de production de roquettes, les messages d’auto-défense de Tsahal ont eu beaucoup de mal à passer sur internet et dans les médias. Le Hamas réussit ce en quoi il excelle depuis des années : montrer une image victimaire au reste du monde. On a pu le constater dès le début du conflit, dans un titre très partial du Figaro du 10 mai dernier : «au moins 20 morts et plus de 100 blessés à Gaza lors de frappes israéliennes».

Ainsi, ce titre omettait la réalité : le premier barrage de centaines de roquettes tirées sur Israël, ces maisons israéliennes détruites dans le sud du pays, et dores et déjà les menaces du Hamas et du Jihad Islamique de provoquer une guerre.

Cheikh Jarrah, l’épicentre des tensions

Dans le même temps, les médias s’emparaient d’une toute autre affaire, cette-fois juridique, à Jérusalem, dans le quartier de Shimon Hatzadik, désormais mondialement connu sous le nom de «Cheikh Jarrah». En effet, depuis des semaines, sans réel retentissement médiatique, des affrontements se déroulaient sur le Mont du Temple à Jérusalem. Comme à chaque Ramadan, une période propice aux bagarres entre musulmans et soldats israéliens, Israël devait contenir la rage de ceux qui l’accusaient alors d’«exproprier» des arabes de leurs maisons dans la ville sainte. Une vidéo, partagée par le média de propagande qatari AJ+ montre ainsi un homme juif menaçant une femme arabe de lui prendre sa maison. Vidéo qui tourne rapidement sur les réseaux sociaux, ce qui attire l’attention du public international, public qui commence à s’intéresser fortement à cette histoire, et surtout, à s’en indigner.

En réalité, il s’agit d’un contentieux vieux d’un demi-siècle, entre des locataires musulmans et leurs propriétaires juifs, désireux de récupérer leurs biens après leur expulsion par la Jordanie en 1948. Malgré de nombreuses offres des propriétaires ces dernières années, et notamment un accord conclu en 1982 pour que ces arabes payent un loyer à leurs propriétaires légitimes, ces derniers n’ont jamais accepté de compromis, et n’ont tout simplement… jamais payé. D’où cette décision récente, en 2021, de la Cour Suprême d’expulser ces personnes de ces maisons où elles vivent gratuitement depuis des années.

Ni plus ni moins ! Mais c’était déjà trop tard et le mauvais message était passé. Fleurissaient alors sur internet les hashtag #savessheikhjarrah ou encore #freecheikhjarrah.

Au même moment, d’autres vidéos sont diffusées, et créent la parfaite illusion. Sur une image, au mur occidental, on voit des juifs danser en agitant des drapeaux israéliens, alors qu’un feu semble s’embraser derrière, prétendument à la mosquée Al-Aqsa. « Comment peut-on danser pendant qu’un lieu saint de l’Islam prend feu ? », s’indigne alors David Guiraud, porte-parole jeunesse de la France Insoumise, en partageant la vidéo sur Twitter.

Et pourtant, ce n’est qu’un arbre qui a brûlé, et les israéliens ne célébraient pas l’incendie mais le Yom Yerushalayim, la journée de Jérusalem qui commémore la reprise de la ville par Tsahal en 1967. Mais trop tard, le mal était déjà fait. Plus de 2 millions de vues sur cette publication, qui sera reprise en masse par des milliers d’internautes, qui s’imaginent alors que des juifs se réjouissent de cette destruction.

Autre vidéo qui viendra mettre le feu aux poudres : celle où l’on voit un automobiliste israélien foncer sur une masse de manifestants arabes. 

Sans contexte, impossible de comprendre ce qu’il s’y passe. Et pourtant, la vidéo, prise dans sa globalité est très claire : cet israélien, qui a perdu dans la panique le contrôle de son véhicule tente d’échapper au lynchage des émeutiers, qui s’attroupent autour de lui en le frappant et lui lançant des pierres. Il sera sauvé in extremis par un policier israélien.

Des vidéos sont raccourcies, des photos coupées. La puissance des images est sans appel, et cela grâce à la rapidité de diffusion de l’information promue sur les réseaux sociaux, notamment sur le réseau prisé par les jeunes Tik Tok. Mais pas seulement. Des centaines de célébrités, comme Lena Headey, Mark Ruffalo et Roger Waters, ainsi que la lauréate pakistanaise du prix Nobel Malala Yousoufzai, affichent publiquement leur soutien aux arabes de Gaza, accusant l’État juif de «crimes contre l’humanité» et «d’apartheid» ou pire encore, de «génocide», dénaturant de fait la nature de ces mots et de leur histoire.

Tandis que des millions de téléspectateurs ont regardé les présentateurs d’émissions télévisées s’en prendre vivement à Israël, d’immenses stars en effet s’adonnent à partager des fake news incitant à la haine. Un mème Instagram, bourré d’inexactitudes historiques et indiquant en simple mots qu’Israël est le persécuteur, et les palestiniens les persécutés, a été partagé par le mannequin Bella Hadid à ses plus de 43 millions d’abonnés sur Instagram.

Capture du mème partagé sur Instagram par la mannequin Bella Hadid, très active avec sa soeur Gigi Hadid sur le conflit qui oppose Israel au Hamas

Pour Elad Ratson, ancien diplomate israélien, interviewé par le Times of Israel, les réseaux sociaux ont permis, à n’importe qui, de manipuler le système très facilement. Il y a beaucoup d’éléments qui financent la promotion de contenus anti-israéliens, Ainsi, des activistes anti-sionistes peuvent dépenser énormément d’argent pour promouvoir des milliers de tweets, et inversement dans l’autre camp.

Les partis pris semblent aussi à l’oeuvre dans les médias traditionnels. Le journal Le Monde n’est pas en reste, avec des titres plus accrocheurs les uns des autres : « A Gaza, l’intention est elle de brutaliser la population civile? » ou encore : « Dimanche à Gaza, le massacre de la rue Wehda ». Des titres qui, lus d’un oeil extérieur, semblent fortement sentimentaliser les évènements, au mépris de toute conscience objective journalistique.

Capture du site internet Le Monde.fr

Pendant ce temps, les photos et vidéos d’enfants traumatisés à Gaza se répandent sur les réseaux sociaux… on y voit tantôt un enfant heureux d’avoir pu récupérer son poisson rouge dans les gravats de sa maison détruite par Tsahal, tantôt des hommes et des femmes pleurer la perte de victimes sous les décombres. Les enfants restent une arme incroyablement riche pour le Hamas, le groupe terroriste ayant bien compris que c’était cela qui attendrirait le monde entier.

Comment ne pas s’émouvoir de telles images ? Et pourtant, Israël doit-il être tenu pleinement responsable de cette tragique situation ? Ces enfants ne sont-ils pas des victimes collatérales de la guerre ? Ne sont-ils pas utilisés par le Hamas comme boucliers humains quand le groupe terroriste se sert d’écoles et autres bâtiments éducatifs comme rampes de lancement ? Qui a, selon toute vraisemblance, sa plus grande part de responsabilité ?

D’ailleurs, au même moment Tsahal, ultra-actif sur les réseaux sociaux, tente d’imposer sa version des faits et diffuse, parmi d’autres, un document inédit : une vidéo vue du ciel, dans laquelle on voit des soldats interrompre leur mission de ciblage pour épargner des enfants.

Les frappes d’Israël sont clairement ciblées, et n’ont qu’un seul objectif : viser et détruire des infrastructures du Hamas et du Jihad Islamique. 

Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent la précision quasi chirurgicale des ripostes israéliennes. Notamment cette vidéo filmée par un homme tout près d’un bâtiment de 17 étages en train d’être détruit par l’armée israélienne. Pour atteindre l’immeuble, Tsahal envoie une salve de sommations sur son toit, puis lance plusieurs autres tirs autour des rues du bâtiment en question. Enfin, quatre avions de chasse équipés de bombes ingénieuses visent ses fondations. L’immeuble s’écroule sans faire aucun dégât à ceux d’à côté, ni faire aucune victime. L’objectif était bien de détruire la capacité terroriste que ce bâtiment pouvait abriter.

La précision d’une frappe israélienne sur un immeuble de 17 étages à Gaza, abritant du matériel militaire du Hamas

Le 15 mai dernier, un autre bâtiment s’est effondré à Gaza. Celui qui abritait les locaux de la chaîne de télévision qatarie Al-Jazeera et l’agence de presse américaine Associated Press. Un haut-lieu stratégique, et extrêmement symbolique pour le Hamas, qui y cachait d’importants équipements militaires et qui y avait établi une rampe de lancement pour tirer des roquettes sur Israël. 

La presse internationale relaie en grande hâte cet évènement, accusant à demi-mot Israël et son armée de bafouer les droits de libre expression dans l’enclave palestinienne.

Mais là encore, aucun mot en revanche sur le fait que le groupe terroriste ait pris un risque énorme : celui de mettre en danger des innocents. Sur cette vidéo, on voit notamment une journaliste s’étonner (avec le sourire ?), que le Hamas vient d’utiliser l’immeuble dans lequel elle se trouve pour tirer une roquette sur Israël.

Une journaliste découvre que le Hamas vient de tirer une roquette depuis le bâtiment de l’Associated Press où elle se trouve

Encore une fois, la précision de la frappe est impressionnante. Cette riposte ciblée n’a fait aucun mort, ni aucun blessé. Seul l’immeuble en question est touché. Pourquoi ? Car tous les journalistes ont été prévenus en amont par le Shabak, les services de renseignements israéliens. Une heure avant la frappe, une vidéo montre ainsi les journalistes entrain de s’affairer et de quitter les lieux en toute sécurité.

Des chaines arabes diffusent également cet entretien téléphonique très intéressant entre un journaliste d’Al-Jazeera et un membre de Tsahal, qui s’assure que toutes les personnes sont sorties de l’immeuble. L’homme tente de négocier encore du temps pour récupérer des affaires, en vain. De son côté, le soldat israélien redemande plusieurs fois si tout le monde est sorti. Irréel en temps de guerre.

Extrait TV de Middle East Eye

La différence entre le nombre de victimes israéliennes et gazaouies porte par ailleurs à controverse dans cette guerre des images. Étant donné le grand nombre de personnes tuées dans la bande de Gaza (254 selon les médias, qui n’indiquent pas par ailleurs combien de terroristes y sont inclus ; 200 selon Israël), qui contraste avec celui d’Israel (13), beaucoup s’interrogent sur la symétrie du conflit. Pour l’opinion publique mondiale, c’est Israël le plus fort, et les Palestiniens sont les faibles… Pourtant, c’est bien grâce au Dôme de fer, Kipat Barzel que tant de vies israéliennes ont pu être épargnées, puisque 90% des missiles du Hamas ont été interceptés.

Pendant plusieurs jours, au moins 4340 roquettes ont délibérément visé Israël et ses citoyens, dont 680 sont retombées dans la bande de Gaza, faisant de nombreuses victimes civiles. Selon le lanceur d’alerte et écrivain israélien Hen Mazzig, qui cite des ONG palestiniennes, dans la bande de Gaza, au moins une dizaine d’enfants ont été tués par ces retours de missiles, qualifiés de simples « incidents ». Pas un mot de cela dans la presse française.

La Hasbara, encore en grande difficulté

Cette bataille autour de la communication du conflit est prise très au sérieux par Israël. La Hasbara, qui signifie littéralement «explication» est ainsi un terme utilisé par l’État d’Israël pour décrire ses relations et sa diplomatie publiques. Elle a été cette année encore jugée trop lente par rapport au flux de désinformations diffusées sur internet. Pour faire face à cette problématique, mardi 25 mai 2021, la division de la diplomatie publique au sein du ministère des Affaires étrangères a créé une initiative appelée Gesher, « Pont » en hébreu, dont l’objectif est de créer des messages, coordonner les apparitions dans les médias, les activités numériques et donner des réponses aux ambassades et consulats à l’étranger. 

Le ministre des Affaires étrangères Gabi Ashkenazi s’est ainsi entretenu avec plus de 30 ministres des Affaires étrangères pendant le conflit. Israël a également pu obtenir le soutien d’un grand nombre de pays, et pour la première fois, de pays comme les Emirats Arabes Unis, qui n’ont pas réellement fait de déclaration anti-israélienne. Enfin, Tsahal s’est par ailleurs pour la première fois popularisé sur ses propres réseaux sociaux. Les comptes officiels du pays ont plus que multiplié leurs chiffres d’abonnés. 

Mais cela ne réjouit pas tout le monde. Pour beaucoup de commentateurs, Israël devrait se concentrer sur la nécessité d’apporter d’avantage de preuves rationnelles des raisons de sa légitime-défense, et non pas partager des vidéos des prouesses de l’armée israélienne. Ce qui peut être une satisfaction pour le public israélien, c’est à dire les exploits de Tsahal, peuvent ne pas forcément l’être autant en ce qui concerne les médias internationaux. Médias qui ont notamment été vexés d’avoir, semble t-il, été bernés par une ruse tactique de Tsahal affirmant que l’armée était entrée dans la bande de Gaza le 13 mai dernier.

Ilana Ferhadian