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200 ans de la mort de Napoléon, la chronique de Guy Konopnicki

Nous sommes le 5 mai, et les Français se disputent à propos de Napoléon, mort sur l’île de Sainte-Hélène le 5 mai 1821. Ne riez pas : cette relation des Français à l’histoire est un des fondements de la relation particulière des juifs et de la France. 

Les fêtes juives n’ont de cesse d’interroger les quarante siècles d’histoire qui, du haut des Pyramides, regardaient les soldats du général Bonaparte… A l’endroit même où les enfants d’Israël se libérèrent des chaînes de l’esclavage, le fils d’une esclave de la Dominique, le général Dumas, commanda une fameuse charge de cavalerie contre les Mameluks. Ce qui n’empêcha pas Bonaparte, devenu Premier Consul, de rétablir l’esclavage en 1802, afin de reprendre la main sur la Dominique et la Guadeloupe… Tout ça pour de la canne à sucre.

Il est évidemment impossible de célébrer le cynisme du Napoléon qui déjà perçait sous Bonaparte, ah, pardon, je ne sais si l’on apprend toujours ces vers que nous récitions, ce siècle avait deux ans, Rome remplaçait Sparte, et les épouses des généraux Hugo et Dumas nous donnèrent cette année-là les deux écrivains français les plus lus à travers le monde… 

Ceux qui polémiquent sur le bicentenaire de Sainte-Hélène gagneraient à les relire, et, pour beaucoup, à les lire. Ils percevraient, peut-être, la complexité de l’histoire d’une période qui fonda les institutions de la France moderne. Le lycée, le baccalauréat, l’école normale supérieure, l’école polytechnique, la Comédie Française, les préfets, les sous-préfets et … l’organisation du culte israélite.

Napoléon convoqua en 1807 un Grand Sanhédrin, composé de 71 rabbins et notables, auxquels il demanda de répondre à douze questions.

A la question : les juifs considèrent-ils les Français comme des étrangers ou comme des frères, les rabbins et notables répondirent à l’unanimité, les Français sont nos frères.

La même unanimité répondit à la question : les juifs nés en France acceptent-ils de servir la patrie ? Sont-ils prêts à mourir pour elle ? La réponse fut oui, sans discussion.

Et comment les juifs français auraient-ils boudé Napoléon, qui avait étendu l’émancipation à l’Italie et aux états allemands réunis en 1806 dans la confédération du Rhin ?

Citoyens depuis 1791, les juifs ont signé avec Napoléon, en 1807, un pacte, adoptant à jamais la France comme patrie.

Au même moment, Napoléon, vainqueur des Prussiens, des Autrichiens et des Russes, imposa la création du Grand Duché de Varsovie. Les juifs polonais, que les Russes traitaient en sous-hommes furent émancipés. 

Berek Josselewicz,  avait formé en 1794, une armée de 500 cavaliers juif pour soutenir la révolte des patriotes polonais contre les Russes. Josselewicz donnait ses ordres en yiddish. Après la défaite des Polonais, Berek Josselewicz rejoignit les armées de Bonaparte en Italie, il se distingua à Austerlitz et à Hohenlinden. Il revint en Pologne, en colonel de Napoléon, et participa à la bataille de Friedland, en juin 1807. Il reçut le commandement de la cavalerie du Grand Duché de Varsovie. Pour la première fois en Europe, qui plus est sur un territoire arraché à l’empire antisémite du Tsar de Russie, un juif, devenait l’un des principaux chefs militaires d’un Etat, associé à la France impériale.

Napoléon c’est aussi cela. Une part de l’histoire, qui fit de lui un libérateur et un tyran. Un ogre dévorant l’Europe, en sacrifiant des générations entières de conscrits, et, en même temps, un homme des Lumières, qui favorisa le progrès et les sciences, partout où il passa, en Italie, en Egypte, comme dans les Etats du Rhin et dans le Grand Duché de Varsovie.

Il voulut effacer la tâche du rétablissement de l’esclavage, en l’abolissant de nouveau, au retour de l’Ile d’Elbe, dans l’Acte additionnel aux Constitutions de l’Empire … Mais nul ne sait  ce qui serait advenu si les Anglais et les Prussiens ne s’étaient pas acharnés, s’il n’y avait eu Waterloo et Sainte Hélène…

Guy Konopnicki