Benjamin Netanyahou (D) avec son père Benzion Netanyahou (G) (Crédit: Avi Ohayon/GPO)

PORTRAIT. Benzion Netanyahou, l’héritage du faucon israélien

Pour comprendre Benjamin Netanyahou, il faut connaître celui qui l’a mis au monde. Benzion Netanyahou dont on commémore le 30 avril l’anniversaire de sa mort. Bien que méconnu, c’est un grand homme de l’histoire d’Israël, le fruit de ce rêve sioniste né déjà au 19ème siècle.

Par Ilana Ferhadian

Aux origines de la famille Mileikowsky

Les parents de Benzion Netanyahou sont des intellectuels juifs lituaniens, immigrés en Palestine britannique en 1920. Le grand père du Premier ministre israélien n’est autre que Nathan Mileikowsky, un rabbin érudit d’un village de Lituanie. Très inspiré par les idées sionistes, il quittera son pays natal avec ses neuf enfants direction la terre sainte. L’ainé de la famille, Benzion Mileikowsky, né le 25 mars 1910 à Varsovie n’a ainsi que 10 ans lorsqu’il arrive en Israël, il est donc facile pour lui de s’intégrer à cette nouvelle terre et d’y adopter la langue. Il étudiera notamment а l’Université hébraique de Jérusalem.

Bien que son père soit rabbin, Benzion est par ailleurs lui plutôt laïc, mais n’en demeure pas moins très attaché aux valeurs du sionisme. Il prendra d’ailleurs un nom hébreu, Netanyahou, qui signifie le don de Dieu ; en fait, adopter un nom hébraïque est une pratique courante à cette époque pour les immigrants juifs. Mais « Netanyahou » n’est pas dû au hasard. C’est un nom que le rabbin Nathan Mileikowsky, le père de Benzion Netanyahou, utilise fréquemment comme nom de plume dans la presse russe à l’époque. « Netanyahou » n’étant que la simple version hébraïque de son prénom.

Un héritage sioniste paternel

Les écrits du père de Benzion ont une influence considérable sur la vie familiale. A l’époque, le rabbin Mileikowsky fonde un journal de droite sioniste baptisée Ha Yarden dont maître a penser n’est autre que Vladimir Zeev Jabotinsky, celui qui en 1925 fonde le Parti Révisionniste, principal parti de la droite sioniste, qui réclame un État juif sur les deux rives du Jourdain, intégrant aussi la Jordanie qu’on appelait autrefois Transjordanie (et qui n’est pas encore un royaume). Zeev Jabontinski est également le principal inspirateur politique de l’organisation armée sioniste l’Irgoun.

Pouour des juifs sionistes comme Jabotinski et les Netanyahou (père et fils), seule la force peut mettre fin au mandat britannique et permettre de fonder un Etat juif sur la terre du Grand Israel biblique. D’ailleurs les deux hommes vont s’opposer, entre autres, au socialiste David Ben Gourion qu’ils jugent « trop mou », tout comme les milieux sionistes socialistes de l’époque.

Le « mur de fer », le sionisme sans concessions

Benzion Netanyahou se rapproche d’autres militants plus durs, comme Abba Ahimeir, un des idéologues du sionisme révisionniste. Celui-ci considère qu’il est nécessaire qu’un « mur de fer » (un mur de fer symbolique), comme expliqué par Zeev Jabotinsky en 1923, soit instauré entre Israël et ses voisins arabes. Pour les sionistes révisionnistes, un accord entre les juifs et les Arabes en terre d’Israël n’est pas envisageable. D’ailleurs, de son côté, Benzion Netanyahou est fermement en faveur de l’idée d’un transfert arabe hors de Palestine. Il estime que la grande majorité des Arabes israéliens choisiraient, je cite « d’exterminer les juifs s’ils avaient la possibilité de le faire ».

Ces idées, il en reste fidèle jusqu’à la fin de sa vie, comme il en témoigne dans le journal israélien Maariv en 2009, alors presque âgé de cent ans : « La tendance aux conflits est l’essence de l’arabe. Il est un ennemi par essence. Sa personnalité ne lui permettra pas de faire des compromis. Peu importe le type de résistance qu’il rencontrera, le prix qu’il paiera. Son existence est une existence de guerre perpétuelle. »

Des mots durs, mais une rhétorique que l’on retrouve très concrètement dans la théorie du « Mur de fer » exploitée par Zeev Jabotinski.

Benzion Netanyahou est par ailleurs un homme de lettres. Il devient co-éditeur de Betar, un mensuel hébreu des années 1930, puis rédacteur en chef du quotidien de son père Ha-Yarden, du moins jusqu’à ce que les autorités britanniques du mandat ordonnent que le journal ne cesse de paraître. En outre, Bension Netanyahou est également rédacteur en chef de la « Zionist Political Library » de 1935 à 1940.

Le voyage aux Etats-Unis, sa rencontre avec Tsila

En 1939, Bension part pour les Etats-Unis, où il devient le secrétaire de Zeev Jabotinsky, qui cherche à renforcer le soutien américain aux sionistes. Jabotinsky mourra l’année suivante et Bension Netanyahu devient alors directeur exécutif de la Nouvelle Organisation sioniste d’Amérique, le rival politique de l’Organisation sioniste d’Amérique, plus modérée. Il en occupe le poste jusqu’en 1948. C’est à ce moment qu’il s’oppose au plan de partage de l’ONU de la Palestine, qu’il juge injuste, étant donné ses aspirations sionistes et son rêve du grand Israël.

Pendant ce temps, toujours en Amérique, il rencontre sa femme. Tsila Segal, une juive palestinienne avec qui il se marie en 1944. Leur premier fils, Yonatan, nait а New York, en 1946, avant qu’ils ne rentrent а Jérusalem. Une période durant laquelle Benzion Netanyahou tente une carrière politique, en vain. La vie de la famille en Israel n’est pas simple… ils habitent d’abord à Talpiot, un quartier pauvre de la capitale israélienne, avant de s’installer dans le quartier résidentiel de Katamon. En 1963, Benzion est esseulé, et dénonce le fait que Jérusalem lui refuse une chaire universitaire à cause de ses idées. Face à ces difficultés, toute la famille repart aux Etats-Unis, à Philadelphie en Pennsylvanie.

Une carrière universitaire brillante, une passion pour l’histoire des juifs d’Espagne

A Philadelphie, Benzion travaille, entre autres, au Dropsie College, là d’ailleurs où il fût l’élève quelques années plus tôt. Au cours de ses 10 années là bas, entre 1957 et 1966, il y deviendra professeur de langue et de littérature hébraïque, président du département puis professeur d’histoire juive médiévale et de littérature hébraïque. 

Il contribue notamment à des livres de référence, l’ »Encyclopedia Judaica » et « The World History of the Jewish People ». Puis, Benzion Netanyahou devient intervenant à l’Université de Denver en tant que professeur d’études hébraïques. Il s’intéresse particulièrement au sort des juifs d’Espagne, sujet auquel il avait consacré son doctorat quelques années auparavant.

Et ce n’est pas un point de détail ! Car Benzion Netanyahou est un fin connaisseur de l’âge d’or de la culture juive en Espagne et au Portugal. Il écrit au cours de sa vie d’ailleurs plusieurs essais sur l’Inquisition espagnole et les marranes, ces fameux juifs convertis au catholicisme. La grande oeuvre de Benzion Netanyahou reste ainsi sans nulle doute : Origines de l’inquisition dans l’Espagne du 15ème siècle, édité par son ami Jason Epstein. Livre qu’il écrit alors qu’il a déjà 85 ans, en 1995 !

Au fil de ces 1400 pages, Benzion développe plusieurs idées, et rejette notamment celles qui indiquent que les marranes avaient vécu une double vie… théorie qui selon Benzion serait issue des documents de l’Inquisition. Les idées de Netanyahou sont perçues toutefois comme farfelues, et encore à ce jour, suscitent la controverse.

En tout cas, c’est finalement à l’Université Cornell en tant que professeur d’études juives et président du département de langues et de littérature sémitiques qu’il fait définitivement sa place. Benzion Netanyahou devient un historien réputé de l’histoire juive. Nous sommes alors entre 1971 et 1975.

La mort de Yoni Netanyahou, l’héritage de Bibi

Ceci dit, un évènement dramatique vient tout chambouler : la mort de son fils ainé, Yonatan lors de l’opération de sauvetage des otages d’Entebbe en 1976. Un choc pour la famille, qui décide alors de revenir en Israël. La mort de Yoni Netanyahou marque considérablement, à la fois Benzion le père, mais aussi Benjamin Netanyahou le fils, qui n’aurait certainement jamais fait de politique sans cette tragédie.

Par conséquent, personne ne s’étonne vraiment aujourd’hui que Bibi, à la tête du gouvernement depuis 1996, s’efforce d’être fidèle а l’héritage politique de son père : le sionisme à l’état pur, ne pas donner un morceau de la terre juive aux arabes. Certes, s’il a du céder au fil des années aux pressions internationales, notamment sur des gels d’implantations, le premier ministre a depuis mis les bouchées doubles, particulièrement avec le soutien fort de Donald Trump. 

Il est bien celui qui gouverne l’Etat d’Israël d’une main de fer depuis 12 ans, à l’image de ce qu’aurait voulu son père, Benzion, le faucon. Benjamin Netanyahou garde donc un héritage puissant de celui qui s’est éteint à Jérusalem le 30 avril 2012 à l’âge de 102 ans.

Ilana Ferhadian