(Crédit: médias arabes)

Missile syrien, mais menace iranienne

L’opération de Tsahal sur le Golan syrien qui a déclenché, dans la nuit de mercredi à jeudi, le tir d’un missile sol-air syrien qui a atteint Israël, était une fois encore destinée à contrer l’action de l’Iran. Les forces de sécurité israéliennes ne relâchent pas leur pression sur la Syrie, alors que la campagne entre les guerres qui l’opposent au régime iranien, s’étendent désormais sur plusieurs fronts simultanément.

Pourtant, et malgré les coups portés, l’Iran ne renonce pas à sa présence en Syrie, même quand cela l’oblige à déplacer ses forces plus à l’est, à l’intérieur du territoire syrien et même jusqu’à la frontière irakienne. Si Israël a effectivement réussi à éloigner les milices iraniennes de sa frontière, la menace est encore loin d’être levée. Selon des sources occidentales et israéliennes citées par l’agence Reuters, la force Quds des Gardiens de la Révolution iranienne a établi de nouvelles bases en Syrie, y compris des installations souterraines, creusées dans des zones montagneuses, et qui s’étendent parfois sur plus de 10 kilomètres, pour le stockage d’armes et de véhicules militaires. Vu leur surface, ces bases sont extrêmement difficiles à détruire, même avec des bombes perceuses de bunkers.

Tsahal a effectué plus de frappes en Syrie au cours de l’année écoulée, qu’au cours des cinq années précédentes contre des sites de production et de dépôts d’armes. En décembre dernier, le chef d’état-major israélien reconnaissait au moins 500 frappes contre des objectifs iraniens en Syrie, tout en précisant que le but était encore loin d’être atteint. Mais sans ces opérations, la puissance de feu iranienne sur le territoire syrien serait probablement dix fois supérieure à ce qu’elle est aujourd’hui, selon des experts de la sécurité israélienne.

Ces opérations de Tsahal ne sont dirigées contre l’armée syrienne que quand celle-ci intervient, comme cela a été le cas avec le tir de missile de jeudi matin. Au cours de la riposte de l’armée israélienne, ce sont cinq batteries de la défense aérienne syrienne qui ont été détruites, y compris celle d’où est parti le tir. Pour Israël, la responsabilité du régime de Bashar al Assad se limite à accueillir les activités iraniennes sur son territoire. Mais quand l’armée syrienne entre en action, Tsahal riposte systématiquement, y compris, comme hier, en profitant de l’occasion pour neutraliser des pièces supplémentaires de la défense syrienne. D’ailleurs, si le tir syrien avait été délibéré, la réponse israélienne aurait été autrement plus forte.

Quant à envisager que l’Iran choisisse de lancer une attaque de missile contre Israël, il a d’autres ressources que de l’effectuer à partir de la Syrie. Il peut notamment opter pour une action à partir du Yémen, où il dispose de missiles beaucoup plus élaborés que le S-200 ancien modèle qui s’est abattu dans le centre du Néguev. Il n’empêche que cet incident intervient dans un contexte de plus en plus tendu entre Jérusalem et Téhéran, et au moment où le gouvernement israélien doit aussi veiller à ce que les Etats-Unis n’oublient pas les intérêts sécuritaires de leur allié, alors qu’ils se rapprochent d’un accord sur le nucléaire iranien.

Pascale Zonszain