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Benyamin Netanyahou: portrait d’un premier ministre au cœur des enjeux des dernières élections israéliennes

Il est l’homme au centre de toutes les attentions et du nouvel échiquier politique. On l’apprenait mardi soir, Benyamin Netanyahou, 71 ans, conserve son poste de premier ministre, mandat confié par le président israélien Reuven Rivlin. 

Une fonction que personne d’autre désormais n’a occupé aussi longtemps en Israël. Mais même si son parti, le Likoud, est arrivé en tête lors des élections il y a maintenant une dizaine de jours, il reste maintenant le plus difficile à faire, former une coalition gouvernementale.

Mais qui est cet homme qui domine la vie politique israélienne depuis tant d’années et qu’aucun autre leader de parti n’a réussi à remplacer ?

Petit-fils d’un rabbin émigré de Lituanie en Palestine en 1920, Benyamin Netanyahou est né en 1949 à Tel Aviv. Son père, Bension Netanyahou, est professeur d’histoire, il a été le secrétaire de Vladimir Jabontinsky, dont nous parlions il y a quelques jours dans notre récit de la vie de Menahem Begin. C’est un des pères du sionisme révisionniste, anti socialiste, et dont l’un des objectifs est de faire immigrer les Juifs en masse dans le futur État d’Israël.  

Benyamin Netanyahou a une dizaine d’années quand toute sa famille part et s’installe aux États-Unis. Il est déjà très vif, on sait qu’il suivra des cours d’architecture et d’administration des affaires au sein du Massachussetts Institute of technology puis il reviendra en 1967 en Israël faire son service militaire dans l’unité d’élite Sayeret matkal. 

Un ancien militaire

Soldat dans l’armée israélienne, il est à l’origine de nombreux faits d’armes. Il participe à la bataille de Karameh en Jordanie en 1968, la même année, son commando et lui plastiquent des avions d’une compagnie libanaise à Beyrouth en représailles d’une attaque à la grenade contre un avion d’El Al à Athènes. Et puis en 1972, il participe au commando chargé de libérer près de cent otages retenus par l’organisation terroriste palestinienne Septembre noir » à bord d’un avion de la Sabena détourné à Tel Aviv. 

Après ses six années dans l’armée, Benyamin Netanyahou repart aux États-Unis où un événement marquera considérablement sa vie. En juillet 1976, son frère aîné Yonathan meurt lors du raid d’Entebbe en Ouganda. 

Le colonel Jonathan Netanyahou était à la tête du commando qui a participé à la libération des otages occidentaux d’un avion détourné par un commando composé de membres du Front populaire de libération de la Palestine et des cellules révolutionnaires. Yonathan Netanyahou est le seul soldat israélien tué lors de l’opération. Un tournant pour Benyamin Netanyahou qui va, à partir de là, s’engager en politique et défendre ses convictions pour assurer la défense et la sécurité d’Israël. 

Le début d’une carrière politique

Bibi Netanyahou entame ainsi une carrière de diplomate, d’abord comme collaborateur au sein de l’ambassade israélienne à Washington. En 1984, il devient ambassadeur d’Israël aux Nations Unies. Il occupe le poste quatre ans et revient en Israël. S’étant fait un nom, il paraît idéal comme candidat promis à un grand avenir politique. Député à la Knesset au sein du Likoud, il est nommé à 40 ans, ministre adjoint des affaires étrangères dans le gouvernement de Yitzhak Shamir. IL est conseiller spécial lors des négociations de la conférence de Madrid pour la paix en 1991, la première tentative de la communauté internationale pour engager un processus de paix au Proche-Orient et qui sera très importante en vue de la signature des accords d’Oslo deux ans plus tard. 

A partir de 1992, Benyamin Netanyahou est le leader numéro 1 de l’opposition. Il est nommé président du Likoud et fait campagne pour les législatives de 1996 contre les travaillistes. Il remporte l’élection au poste de premier ministre contre Shimon Peretz. 

A 47 ans, il devient donc le plus jeune premier ministre d’Israël et le premier né après la fondation de l’État Juif. Il garde la présidence du Likoud et cumule aussi quelques temps le portefeuille de ministre des finances. Au cours de ce premier mandat, il ne transige pas sur la sécurité d’Israël. Mais trois ans plus tard, en 1999, il est battu aux élections contre le travailliste Ehud Barak et quitte la présidence du Likoud. 

Mais sa pause est de courte durée, il revient en effet aux affaires en 2002 comme ministre des affaires étrangères du gouvernement et l’année suivante, il est nommé ministre des finances. Mais en 2005, il quitte le gouvernement d’Ariel Sharon en désaccord au plan de désengagement de la bande de Gaza. Il prend alors la tête du Likoud mais essuie une déroute électorale inédite pour le parti en 2006.

La nouvelle formation créée peu de temps auparavant par Sharon, Kadima, remporte les élections, devant le parti travailliste. Le Likoud est 4ème derrière le parti orthodoxe Shas, avec moins de 9% des voix et 26 sièges perdus par rapport à la précédente Knesset. Pour beaucoup, c’est la fin de la vie politique de Benyamin Netanyahou, et pourtant, en 2009, Benjamin Netanyahou redevient premier ministre, une fonction qu’il occupe donc depuis 12 ans à présent. Depuis juillet 2019, il est donc celui qui a exercé le plus longtemps la fonction de premier ministre, devant David Ben Gourion. 

En 2009, Benyamin Natanyahou parvient à créer in extremis un gouvernement d’union nationale, certes majoritairement de droite, mais avec des travaillistes. Il est reconduit en 2013. Ce troisième gouvernement est marqué par l’opération bordure protectrice à Gaza à l’été 2014 et aussi des relations dégradées avec Barack Obama.

En 2015 finalement, il repart pour un nouveau mandat. C’est le mandat des relations tendues avec les Nations-Unies et les résolutions anti israéliennes, même si le premier ministre s’est rapproché des États-Unis à l’investiture de Donald Trump. En parallèle, Netanyahou a aussi cumulé avec d’autres portefeuilles. Il est Ministre des affaires étrangères de 2012 à 2013 et de 2015 à 2019 et de la défense, pendant un an, de 2018 à 2019. 

Depuis deux ans les israéliens sont retournés quatre fois aux urnes, il a souvent été dit que l’heure avait sonné pour Benyamin Netanyahou de quitter ses fonctions de premier ministre mais cela n’est toujours pas le cas. Cela malgré les nombreux concurrents, la pandémie et les manifestations à répétition depuis plusieurs mois demandant son départ. Bibi Netanyahou est toujours l’homme fort d’Israël. 

Un personnage qui paraît imbattable

En effet, aucun des leaders d’opposition n’a été capable de remettre en cause le leadership de Benyamin Netanyahou. D’abord, leurs programmes se résumaient souvent qu’à être contre et à ne pas proposer grand-chose, ce qui est léger pour gouverner. D’autre part, leur manque de charisme et d’expérience face à un homme rompu à l’exercice du pouvoir comme Benyamin Netanyahou. Et puis surtout leur incapacité à discuter et à négocier avec d’autres partis en vue de former une coalition gouvernementale, ce que Netanyahou sait faire. Alors certes les coalitions sont fragiles et ne durent pas longtemps depuis deux ans mais Benyamin Netanyahou apparaît comme le seul à être capable de former un gouvernement.  

Puissant mais en cause dans plusieurs affaires de justice

Toutefois, le principal problème aujourd’hui pour Benyamin Netanyahou ce sont ses démêlés avec la justice. On rappelle qu’il est le premier chef de gouvernement israélien à avoir été inculpé pour corruption, fraude et abus de confiance. Il est aujourd’hui concerné par quatre affaires. 

Dans l’affaire 1000, il est accusé de fraude et d’abus de confiance pour avoir illégalement accepté quelque 200 000 dollars de cadeaux de deux milliardaires. Dans l’affaire 2000, qui porte également sur des accusations de fraude et d’abus de confiance, Benyamin Netanyahou est accusé d’avoir tenté d’obtenir une contrepartie auprès de l’éditeur du quotidien Yedioth Ahronoth, pour une couverture médiatique positive en échange d’une législation affaiblissant le journal concurrent Israël Hayom.

Et deux autres affaires, l’affaire 3000 d’abord qui concerne des soupçons de corruption, autour de la vente par l’Allemagne à Israël de sous-marins militaires et autres bateaux conçus par ThyssenKrupp. Là, Benyamin Netanyahou n’est pas directement impliqué mais son entourage proche. 

Et enfin, dans l’affaire 4000, Benyamin Netanyahu est accusé de corruption, d’escroquerie et d’abus de confiance. Il aurait accordé des faveurs à l’actionnaire majoritaire de Bezeq en échange d’une couverture plus positive du Premier ministre sur le site d’information Walla, propriété de Bezeq.

A noter tout de même que le premier ministre comparaissait à nouveau cette semaine pour des affaires de corruption. Benjamin Netanyahou est à nouveau au cœur des enjeux des dernières élections israéliennes. 

Christophe Dard