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Lumière sur la communauté juive d’Afghanistan

La semaine dernière, Radio J évoquait l’histoire des juifs d’Irak. Aujourd’hui, elle fait la lumière sur la communauté juive d’Afghanistan, alors que le dernier juif du pays fera bientôt son Alyah en Israël. C’est ce que rapporte le Jewish Telegraphic Agency.

Zabulon Simantov, âgé de 61 ans, Vendeur de tapis et de bijoux, né à Herat, à l’ouest de l’Afghanistan a en effet annoncé qu’il ferait son Alyah à l’automne prochain, pour rejoindre son épouse et leurs deux filles qui vivent en Israël depuis 1998. 

Lui, n’a presque jamais quitté son pays. Avec la fin de l’Union Soviétique et l’arrivée de la terreur talibane, des centaines de juifs émigrent en Israël dans les années 1990. Mais pas Zabulon qui décide, lui, de rester. Il fera d’ailleurs parti des deux derniers juifs d’Afghanistan, avec un certain Isaac Levi, de 35 ans son aîné. 

Levy et Simantov, meilleurs ennemis

C’est en 1998 que Zabulon Simantov se présente à Levy, mais, très vite, son attitude intrusive ne plait pas. Les deux hommes se détestent, chacun accusant l’autre d’avoir volé la Torah de la synagogue, des rouleaux vieux de 400 ans. Ils se dénoncent d’ailleurs réciproquement aux talibans afghans. 

A l’époque, chacun accuse l’autre de choses plus ou moins farfelues, par exemple d’avoir la main mise sur une maison close ou de pratiquer l’espionnage. Des querelles qui profitent finalement aux islamistes, puisque le jour où les deux juifs se font arrêter et emprisonner en même temps, les islamistes pillent la synagogue. Quatre clochettes et un yad (pointeur de lecture à usage liturgique) en argent seront volés.

Plus tard, Simantov voulût s’emparer des fameux rouleaux de la Torah pour les mettre en lieu sûr en Israël mais ils furent aussi confisqués par les talibans en 1999. À l’heure actuelle, ils sont toujours déclarés disparus, sûrement vendus.

Une vie reclus

Zabulon Simantov vit, depuis la mort de son collègue Levi en 2005, tout seul, dans des conditions très précaires au sein des ruines de la synagogue de Kaboul. Il a par ailleurs dû abandonné son commerce de tapis en 2001 après une attaque des talibans, au cours de laquelle il a perdu tout ce qu’il possédait. 

Une vie assez atypique qui a inspiré plusieurs auteurs de théâtres, son existence étant le sujet de deux pièces, d’abord aux États-Unis The Last Two Jews of Kabul de Josh Greenfeld, en 2002, puis en Grande-Bretagne : My Brother’s Keeper, une tragi-comédie de Michael Flexer jouée en 2006. 

Une communauté juive afghane influente

Aujourd’hui, avec le départ de Zabulon, la synagogue fermera sans nul doute ses portes, marquant la fin de la vie juive dans le pays, qui avait pourtant commencé il y a au moins 2000 ans.

Car si l’on sait finalement peu de choses précises sur son installation, il est de notoriété que la communauté juive afghane est quand même l’une des plus anciennes d’Asie centrale. Les juifs s’y sont établis à une époque vraiment lointaine, probablement dès la période de la dynastie des Achéménides, plus de 600 ans avant notre ère. Aujourd’hui les historiens pensent que ces juifs venaient des royaumes de Perse et de Médie. En tout cas, ils ont eu une influence considérable dans l’histoire de la région.

Il est raconté que sous le règne d’Alexandre le Grand, les Juifs prirent notamment une part active à la colonisation des territoires conquis. La présence des Juifs entraînera, une centaine d’années avant la destruction du Temple de Jérusalem, la conversion au Judaïsme d’une famille royale, la famille parthe d’Adiabène.

En 1080, Moïse ibn Ezra, grand philosophe juif du 11ème siècle fait ainsi mention de 40 000 Juifs dans la région. Un siècle plus tard, le rabbin Benjamin de Tudèle en décompte 80 000. Mais l’influence de la communauté dépérira, en raison de nombreuses conversions à l’Islam, après la conquête musulmane. 

Effectivement, diverses invasions auront aussi raison de ces existences. La communauté juive en sera donc réduite à des poches isolées.

En 1839, grâce à un afflux de réfugiés juifs persans, l’Afghanistan compte 40 000 juifs, vivant pour la plupart dans de grandes villes comme Kaboul, Mazar-e-Sharif ou Ghazni. 

Une communauté qui s’essouffle en Afghanistan

Un siècle plus tard, en 1948, l’Afghanistan a perdu une grande partie de sa population juive. On dénombre seulement 5 000 Juifs dans le pays. Et la communauté continuera à s’essouffler en 1951 avec l’autorisation donnée aux juifs d’émigrer en Israël. Bien que l’antisémitisme ne fût pas réellement à l’origine de ces départs, la situation politique, et le climat d’inquiétude général pour tous les afghans jouera sur cet exode massif. D’ailleurs l’Afghanistan fût un des seuls pays musulmans a autorisé les Juifs à émigrer sans révocation de citoyenneté, contrairement à l’Irak.

Mais cela ne suffira pas à faire grandir la communauté. En 1969, il ne reste donc que 300 juifs dans le pays. Enfin, 96% quitteront définitivement l’Afghanistan à l’invasion des russes en 1979. Il ne reste alors à l’époque que dix juifs, la plupart vivant à Kaboul.

Une époque révolue mais un souvenir vif

Désormais la vie juive d’Afghanistan n’est plus qu’un lointain souvenir. C’est vrai, d’anciennes synagogues sont aujourd’hui restaurées avec l’aide des habitants, notamment dans la ville d’Hérat, à l’ouest du pays, là où donc est né le fameux Zebulon Simantov. 

Une synagogue au plafond coloré recouvert de motifs persans peints à la main, un bain rituel alimenté en eau de source, un ancien cimetière. À Hérat, les traces de cette vie juive sont physiquement présentes. Certains descendants des juifs d’Afghanistan vivant en Europe ou aux États-Unis venaient d’ailleurs avant le confinement visiter ces sites restaurés. Au total, en 2019, une dizaine d’artistes et d’architectes afghans ont travaillé notamment sur la restauration d’une synagogue.

Actuellement, plus de 10 000 Juifs émigrés d’Afghanistan ou leurs descendants vivent en Israël. Le second foyer de Juifs afghans est New York, avec 200 familles vivant pour la plupart dans le quartier du Queens. D’ailleurs subsiste en Amérique la seule synagogue afghane, nommée Anshei Shalom, de rite orthodoxe. A noter que les membres de la congrégation ne viennent pas seulement d’Afghanistan, mais du monde mizrahi, c’est à dire d’Iran ou d’Irak.

Une communauté qui renferme toujours des secrets…

La communauté afghane renferme toujours des secrets, comme en témoigne ces découvertes en 2013. Des chercheurs ont en effet découvert un trésor constitué de rares documents Juifs afghans remontant au 11ème et 13ème siècle. Des documents rares trouvés dans des grottes de la province de Bamyan, dans le centre de l’Afghanistan. Au total, 250 textes afghans écrits en plusieurs langues, notamment en perse, en arabe, en judéo-perse, en judéo-arabe et en hébreu. Ils ont été rendus publics en 2016 par la Bibliothèque nationale d’Israël. 

Ilana Ferhadian