(Crédit: Knesset)

Knesset à durée indéterminée

Les chances de succès de voir un gouvernement prendre forme sont toujours difficiles à évaluer. Mais cela ne va pas empêcher la 24ème Knesset d’entamer ses activités. Pour la quatrième fois depuis 2019, les députés israéliens vont prendre séance cet après-midi à 16 heures. Après le cérémonial parfaitement rôdé, le travail parlementaire va pouvoir commencer. Et il risque d’être compliqué. D’abord, parce que la frontière entre majorité et opposition reste encore à déterminer. Et parce que cela va avoir un impact direct sur les premières décisions des parlementaires et sur le programme législatif.

On le sait, aucun des deux camps ne dispose d’une base solide de 61 députés, qui forment la majorité absolue des 120 députés de la Knesset. Et pourtant, il va leur falloir désigner celui d’entre eux qui va présider le parlement. Cette fonction est loin d’être seulement honorifique ou technique, puisque c’est le président de la Knesset qui a la haute main sur la validation de l’ordre du jour de l’assemblée. Le président sortant est le député Likoud Yariv Levine, que le parti de Netanyahou préférera maintenir en place. Car cela lui permettrait de reporter la tenue de l’élection du président de l’Etat, à laquelle doit procéder la Knesset avant le 9 juin. Le mandat de Reuven Rivlin prend fin le 9 juillet, et faute d’un nouveau chef d’Etat, c’est le président de la Knesset qui doit assurer l’intérim. Et dans l’hypothèse où Yariv Levine était ensuite élu à la tête de l’Etat, cela donnerait un appui supplémentaire au Likoud pour former le prochain gouvernement, en cas de 5ème tour de législatives.

Un autre organisme qui devrait donner lieu à une lutte entre les pro et anti-Netanyahou, sera celui de la commission de fonctionnement de la Knesset. C’est cette commission parlementaire qui fixe la composition de toutes les autres commissions de la Knesset et en organise le programme, ainsi que l’ordre du jour de l’assemblée plénière. Et elle peut commencer à agir sans attendre l’investiture définitive du gouvernement, même si son président, désigné par le candidat sélectionné par le président de l’Etat pour former le gouvernement échoue dans sa mission, obligeant le président de la commission à laisser la place en cours de route. En temps normal, l’attribution du poste de président de la commission de fonctionnement est une pure formalité. Dans le cas présent, il pourrait déclencher une course de vitesse par son détenteur pour contrer le camp adverse, sachant que les tractations pour la formation du gouvernement pourront capoter à tout moment. De plus les places autour de la table seront chères, vu le nombre de partis qui ont à peu près le même nombre de mandats.

Il ne faut toutefois pas s’attendre à une guerre législative sur les bancs de la Knesset entre partisans et adversaires du Premier ministre sortant. Il est assez peu probable que ces derniers parviennent dans les prochaines semaines à faire voter par exemple une loi qui empêche un Premier ministre mis en examen de rester en fonctions, comme le souhaite le leader d’Israel Beitenou Avigdor Liberman. Mais ce qui est certain, c’est que cette 24ème Knesset, dont personne ne peut prédire l’espérance de vie, sera particulièrement active et combative.

Pascale Zonszain